
De quoi l’ayahuasca est-elle le nom, en Europe ? Cette plante hallucinatoire attire en Amazonie de plus en plus d’EuropĂ©ens dans ses rets.
- Signe d’un malaise social grave et gĂ©nĂ©ralisĂ© ?
- Expression presque extrĂªme d’un vide intĂ©rieur que seule peut remplir une expĂ©dition expĂ©rimentale ?
- Objet marketing habilement dĂ©veloppĂ© par les autochtones et ceux qui exploitent l’imagerie fantasmagorique de hashtags tels que
- « sagesse ancestrale »,
- « retour à la vérité naturelle »,
- « reconnexion avec un monde des esprits oubliĂ© fors l’Amazonie » ?
- Ou manipulation mentale destinĂ©e Ă des esprits faibles, un peu paumĂ©s, qu’une « emprise mentale », concept fourre-tout et contestĂ© par David Dupuis, permettrait de manipuler de manière très profitable, Ă©conomiquement et humainement ?
Avec L’Épreuve de l’invisible. Carnets d’anthropologie psychĂ©dĂ©lique (Le Seuil), David Dupuis propose
- une expérience,
- une enquĂªte et
- une critique
visant Ă cerner
- les enjeux,
- la réalité et
- les limites
d’une anthropologie d’un phĂ©nomène au croisement entre
- spiritualité,
- psychologie et
- recherche d’ailleurs forcĂ©ment au pluriel.
Son livre s’ouvre par l’exemple : en anthropologie participante, l’enquĂªteur doit se (p)lier aux processus qu’il observe. Aussi le prologue est-il consacrĂ© à « la plante qui fait voir » et qu’il expĂ©rimente, dans ce chapitre, au « centre Takiwasi », Takiwasi signifiant en quechua comme chacun ou presque sait « la maison qui chante ». Ici, sous la direction du « docteur Jacques Mabit, prĂ©sident exĂ©cutif », l’on
- « traite les problèmes de toxicomanie » et de « stress post-traumatique »,
- promeut des recherches « en médecines traditionnelles » et
- vend, entre autres, des « retraites avec plantes maĂ®tresses » visant à « guĂ©rir des blessures Ă©motionnelles et psychologiques » et à « rĂ©aliser un travail d’introspection et de dĂ©veloppement personnel ».
Il est connu que tout l’monde s’aime, mais pas pareil. Dès 2005, la Miviludes a alertĂ© au sujet de cette entreprise contre les « pratiques chamaniques Ă la validitĂ© thĂ©rapeutique contestable » qui « conjuguent risque d’escroquerie et danger rĂ©el pour la santĂ© physique et mentale de ceux qui s’y prĂªtent » (voir ici, pp. 47 sqq), on y reviendra.
De son cĂ´tĂ©, Jacques Mabit, qui attendait sans doute un panĂ©gyrique monolithique en Ă©change de sa bonne volontĂ© devant les demandes de David Dupuis, s’est senti trahi par l’auteur. En mai 2022, il s’est donc fendu d’un long article, tout Ă fait intĂ©ressant, pour dĂ©noncer le doctorat dont est issu L’Épreuve de l’invisible. Dans ce travail universitaire, il voit un « procès instruit Ă charge » tĂ©moignant d’une « unilatĂ©ralitĂ© grotesque ». Pour lui, la thèse de David Dupuis se contente d’aligner les preuves d’une « posture de dĂ©nigrement
- systématique,
- rationaliste,
- positiviste,
- progressiste et
- laĂ¯ciste »,
fermez le ban. Pour lui, ce texte synthĂ©tise ce qui est devenu « l’unique travail de terrain et le fonds de commerce » du nĂ©o-docteur. On retrouvera avec profit son plaidoyer virulent ici.
C’est dans ce contexte bouillonnant d’accusations et de sentiment de traĂ®trise rĂ©ciproques que pousse la question de l’ayahuasca.
- MĂªme si – Jacques Mabit le lui reprochera – David Dupuis n’a pas autant ingurgitĂ© d’ayahuasca qu’il conviendrait pour complĂ©ter une cure,
- mĂªme s’il a testĂ© – Jacques Mabit lui en fera itou grief – le produit dans d’autres usines Ă touristes fĂ©rus de « mĂ©decine traditionnelle », ce qui l’amènera Ă interroger l’approche jusque-lĂ très louangĂ©e du French doctor,
- mĂªme s’il a assistĂ© – Jacques Mabit le lui a accordĂ© mais semblera se reprocher ce qu’il appelle un « privilège », rien que ça – Ă des sĂ©ances de sirotage d’ayahuasca sans lui-mĂªme absorber le breuvage,
l’anthropologue commence par raconter comment il a vĂ©cu son expĂ©rimentation du produit (le « quand » est peu clair, ses enquĂªtes de terrain ne semblant pas toujours avoir Ă©tĂ© linĂ©aires et l’auteur est Ă©tonnamment discret sur ces cahots). Car, par le mildiou et le diable, comment cela se passe-t-il concrètement ? VoilĂ ce que nous dĂ©couvrirons dès la prochaine notule Ă ce sujet. Ă€ suivre ou Ă dĂ©couvrir en lisant le livre en question ! Oh, certes, ce cut n’est pas encore le cliffhanger de la saison mais, en ajoutant
- drogue,
- soupçon de sectitude, et
- polémiques étatiques,
l’on fit ce que l’on put, sans faute d’orthographe, pour obtenir un maximum de clics déçus qui ne nous rapporteront rien mais trouveront peut-Ăªtre satisfaction dans une prochaine publication… (En vrai, ici, tout est gratuit, aucun cookie ne fiche personne, on partage juste
- des rencontres,
- des émotions,
- des curiosités,
- des brava et
- des questions.
C’est pas si pire, je crois.)




