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Le blog de Bertrand Ferrier, page 9

Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 5/12

D’abord, le storytelling. Triple, s’il-vous-plaĂ®t, puisque la maison ne recule devant aucun sacrifice. Enfin, presque.
Premièrement, composĂ©e en 1814, la vingt-septième sonate qu’est l’opus 90 et que nous nous apprĂªtons Ă  Ă©couter avec vous, succède aux « Adieux » et prĂ©cède les cinq tubes pianistiques qui clĂ´tureront un cycle qui n’en Ă©tait pas vraiment un.
Deuxièmement, elle est en mi mineur, ce qui n’a rien d’extraordinaire, sauf que c’est la seule des trente-deux sonates Ă  Ăªtre dans cette tonalitĂ© ce qui, pour le coup, est extraordinaire au sens premier du terme (mĂªme s’il faut pour cela considĂ©rer une sonate de Beethoven comme quelque chose d’ordinaire…) et qui la rend Ă  jamais singulière aux esgourdes du mĂ©lomane curieux… d’autant que, dans ses Carnets de conversation, Beethoven a stipulĂ© qu’il Ă©tait « fermement convaincu que chaque tonalitĂ© avait ses caractĂ©ristiques Ă©motionnelles propres » (on peut lire des Ă©crits sur la tonalitĂ© chez Beethoven par exemple ici).
Dès lors, je subodore les deux questions que vous vous posez. D’une part, quelles sont les tonalitĂ©s les plus utilisĂ©es par Beethoven dans ses sonates ? D’autre part, mi mineur est-il la seule tonalitĂ© Ă  n’avoir Ă©tĂ© utilisĂ©e qu’une fois dans le corpus ? Afin de rĂ©pondre Ă  vos questions pressantes et ne maĂ®trisant pas l’intelligence artificielle, j’ai effectuĂ© en personne un double dĂ©compte. Voyons pour commencer les tonalitĂ©s utilisĂ©es par LvB dans ses sonates pour piano.

  • Do m (5, 8, 32)
  • Do M 1 (3, 21)
  • Do# m (14)
  • RĂ© m (17)
  • RĂ© M (7, 15)
  • Mib M (4, 13, 18, 26)
  • Mi m (27)
  • Mi M (9, 30)
  • Fa m (1, 23)
  • Fa M (6, 22)
  • Fa# M (24)
  • Sol m (19)
  • Sol M (10, 20, 25)
  • Lab M (12, 31)
  • La M (2, 28)
  • Sib M (11, 29)

Voyons Ă  prĂ©sent le classement des tonalitĂ©s les plus utilisĂ©es (les tonalitĂ©s sont rangĂ©es par frĂ©quence puis par ordre allant de Do Ă  Si – enfin, Ă  Si bĂ©mol car il n’y a pas de sonate pour piano en Si chez Ludwig).

  1. Mib M, 4 (4, 13, 18, 26)
  2. Do m, 3 (5, 8, 32)
  3. Sol M, 3 (10, 20, 25)
  4. Do M, 2 (3, 21)
  5. RĂ© M, 2 (7, 15)
  6. Mi M, 2 (9, 30)
  7. Fa m, 2 (1, 23)
  8. Fa M, 2 (6, 22)
  9. Lab M, 2 (12, 31)
  10. La M 2 (2, 28)
  11. Sib M, 2 (11, 29)
  12. Do# m, 1 (14)
  13. RĂ© m, 1 (17)
  14. Mi m, 1 (27)
  15. Fa# M, 1 (24)
  16. Sol m, 1 (19)

Non, pour des clampins comme nous, ça ne sert Ă  rien de savoir cela, mais il est des curiositĂ©s que l’on peut Ă©tancher presque facilement : voilĂ  qui est fait pour celle-ci. Et, donc, nous constatons que mi mineur n’est pas la seule tonalitĂ© mono-sollicitĂ©ee (ha !) par Beethoven dans le corpus qui nous intĂ©resse. Re-donc, oui, tout ce dĂ©veloppement sur la singularitĂ© tonale de la sonate relève, peu ou prou, du baratin voire du balabala. Ce nonobstant, maintenant qu’il est Ă©crit, hein…
Troisièmement, le storytelling de la vingt-septième sonate raconte qu’elle serait un court-mĂ©trage biographique fixant la passion de Moritz von Lichnowsky, Ă  qui elle est dĂ©diĂ©e, pour « une jeune actrice viennoise ». D’oĂ¹ la partition initiale entre le « combat entre la tĂªte et le cÅ“ur » et la « conversation avec la bien-aimĂ©e ». Les titres des deux Ă©pisodes ont depuis Ă©voluĂ©. Tout commence par un mouvement Ă  trois temps qu’il faut jouer « avec vivacitĂ© et, d’un bout Ă  l’autre, avec sentiment et expression ». HĂ©las, pour en savoir davantage, il faudra attendre la prochaine notule Ă  suivre !


Pour écouter gratuitement l’intégralité de ce quatrième volume, c’est ici.
Pour retrouver le grand entretien que Pierre Réach nous a accordé en 2022, c’est là.

Utopie, 1er août 2026

Utopie du Paradis des edelweiss Ă  la tribune de l’Ă©glise Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8), le 1er aout 2026. Photo : Bertrand Ferrier.

« Tout va trop vite, c’est dingue, tout va trop vite ! » Ă©tait un leitmotiv de Redouane Harjane. Ce n’est pas complètement faux, sauf sur la ligne 13 du mĂ©tro parisien, ligne dont la capacitĂ© Ă  s’arrĂªter entre les stations est manière de slow life dont l’on se passerait volontiers.
Bref, aujourd’hui, le lecteur qui veut faire une pause le peut, ainsi qu’il le peut Ă  la mi-parcours de Quel petit vĂ©lo Ă  guidon chromĂ© au fond de la cour ?. Il peut mĂªme regarder une malinoise qui assiste Ă  la messe et s’Ă©tonne en dĂ©couvrant que les lectures lues ce jour ne sont pas les lectures du jour. Certes, c’est un peu technique mais, comme aujourd’hui on prend le temps, on devrait plus ou moins dĂ©crypter le message sans guère de difficultĂ©s.
Et, après, hop, une pièce dans l’bousin, et c’est r’parti !


Pour retrouver d’anciennes nouvelles (si) du monstre et d’autres, c’est ici.

Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 4/12

Pierre RĂ©ach – IntgĂ©rale Beethoven, volume 4 – Première de couverture

Avec la sonate opus 27 n°1 en Mi bĂ©mol, Pierre RĂ©ach dĂ©gaine une sonate pas comme les autres. Il l’avait gardĂ©e sous le coude malgrĂ©, sans doute, la crainte de ne pas aller au bout de l’aventure qu’est l’enregistrement d’une intĂ©grale. L’andante de cette pièce indiquĂ©e comme Ă©tant « quasi una fantasia » est gorgĂ© de reprises, donc exige un sens de la narration particulier. Rien n’effraye l’interprète :

  • ni le chromatisme osĂ©,
  • ni les modulations saugrenues,
  • ni le cahot provoquĂ© par un allegro ternaire dans une nouvelle tonalitĂ©

dont le surgissement est presque imprĂ©visible, n’eussent Ă©tĂ© les signaux « de basse intensité » liĂ©s aux modulations Ă©tonnantes (et Ă  la proximitĂ© entre do mineur et Mi bĂ©mol, certes) qui Ă©voquent a posteriori l’existence d’une tension pouvant aller jusqu’Ă  la dĂ©chirure. Principalement, pourtant,

  • c’est lĂ©ger,
  • ça bondit,
  • ça jaillit.

Autrement dit,

  • la prĂ©cision,
  • l’exigence du texte et
  • le sens du phrasĂ©

 font presque tout.

 

 

  • Le toucher,
  • les variations d’intensitĂ© et
  • l’Ă©nergie vibrante du tempo

font le reste. Le retour (prĂ©parĂ©) Ă  la formule liminaire ouvre la voie au calme dont le charme paisible rend d’autant plus croustillant l’attaque du molto allegro e vivace Ă  trois temps qui enquille. Dans cette marmite qui semble bouillonner de l’intĂ©rieur sous l’apparence simple d’un duo,

  • mouvements parallèles ou contraires,
  • legato et staccato,
  • grondements et secousses

animent avec vigueur un discours tourné vers

  • l’itĂ©ration,
  • la mutation d’intensitĂ©s et bientĂ´t
  • les microdĂ©calages formant un dĂ©sĂ©quilibre plein d’allant.

En La bĂ©mol mais toujours Ă  trois temps, l’adagio con espressione affiche une gravitĂ© solennelle martelĂ©e par les octaves graves.

 

 

Pierre Réach lui donne

  • un soyeux qui s’abstient de mièvrerie
    • (accents,
    • nuances,
    • Ă©tagement lumineux des diffĂ©rentes voix),
  • une poĂ©sie qui sait s’Ă©lectriser
    • (variĂ©tĂ© des ornements,
    • pertinence de l’agogique,
    • Ă©lĂ©gance du trait de quadruples croches), et
  • une douceur qui s’habille de libertĂ©
    • (inventivitĂ© harmonique,
    • contretemps presque facĂ©tieux,
    • rubato final qui glisse vers le dernier mouvement).

L’ample allegro vivace qui conclut cette sonate kalĂ©idoscopique rĂ©ussit Ă  nouveau Ă  contraster par

  • son tempo,
  • sa mesure et
  • sa tonicitĂ© motorique voire explosive.

Jouant sur les différents

  • registres,
  • touchers et
  • effets d’Ă©cho

convoquĂ©s par la partition, l’interprète s’amuse

  • ici de la dentelle en doubles croches rigoureuses,
  • çà du pĂ©tillement du bariolage lĂ©ger,
  • lĂ  de la jubilation d’octaves tĂªtues.

 

 

Le compositeur associe

  • rĂ©pĂ©titions,
  • retournements et
  • foucades

pour diffuser une Ă©nergie qui circule d’une main Ă  l’autre et dont la diversitĂ© donne l’impression ou l’espĂ©rance, par-delĂ  les vagues musicales, de devoir Ăªtre inextinguible. Des moments de suspense font nĂ©anmoins respirer l’auditeur avant que

  • sforzendi,
  • dialogue et
  • cavalcade,

irrésistibles,

  • ne reviennent faire rutiler leur fougue,
  • ne se souviennent du calme initial puis
  • ne glissent vers la pyrotechnie finale incluant
    • quintuples croches et trilles (c’Ă©tait bien la peine d’Ă©crire un mouvement lent !),
    • doublement du tempo et
    • crescendo avec fortissimo Ă  l’arrivĂ©e.

La lecture de Pierre Réach rend à la fois

  • la vitalitĂ©,
  • les foucades et
  • l’originalitĂ© de la sonate.

VoilĂ  bien une astucieuse mise en bouche avant la sonate opus 90 en mi mineur qui conclut le premier disque de ce quatrième volume ! Ă€ suivre, donc…


Pour écouter gratuitement l’intégralité de ce quatrième volume, c’est ici.
Pour retrouver le grand entretien que Pierre Réach nous a accordé en 2022, c’est là.

Jann Halexander chante, et il a bien raison

Affiche officielle – DĂ©tail

Ce 7 aoĂ»t, aux 19 h tintinnabulantes, j’accompagnerai Jann Halexander au piano (Ă  queue, s’il-vous-plaĂ®t) du thĂ©Ă¢tre de l’Ă®le Saint-Louis, donc au cÅ“ur du Paris chic.
C’est un concert presque impromptu pour celui qui se dĂ©crit comme « le petit mouton noir et frisĂ© de la chanson française ». Entre

  • classiques de son rĂ©pertoire,
  • raretĂ©s du catalogue,
  • inĂ©dit (en l’espèce un GROS titre qu’il vient d’enregistrer sous la houlette de SĂ©bastyĂ©n Defiolle et qui devrait rejoindre ses hits incessamment), et
  • reprises de chansons puissantes,

le gars a décidé de fomenter au pied levé un récital

  • foufou,
  • audacieux et
  • roboratif,

dans une formule intimiste piano-voix qu’il n’a plus utilisĂ©e depuis long de temps, mais qui s’annonce parfaitement adaptĂ©e Ă  la salle du soir.

 

Un peu de Jann Halexander fugace en répétition le 26 juillet 2026 au studio Pianos International (Paris 8). Photo instantanée : Bertrand Ferrier.

 

Au programme, 1 h 15 de fredonneries joyeuses, entĂªtantes et envolantes avec du texte et de la musique dedans. Le tout est quasi offert pour 11 €, au frais de l’Ă©tĂ©. On peut rĂ©server ici.

Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 3/12

Pierre RĂ©ach – IntgĂ©rale Beethoven, volume 4 – Première de couverture

Environ onze minutes : c’est la durĂ©e totale de la sixième sonate en Fa, opus 10 n°2, soit moins que le plus bref mouvement de la Hammerklavier qui clĂ´turera l’intĂ©grale. Cela raconte pour partie la plasticitĂ© de cette notion de « sonate pour piano de Beethoven », plus complexe Ă  cerner que ce que ce label unifiant laisserait subodorer.
Le premier des trois mouvements est un allegro Ă  deux temps et jaillit d’une anacrouse staccato. En clair ou presque, ça commence avant que ça ne commence. Plus encore, ça n’attend pas, ça bondit, loin de ec que pourrait laisser subodorer la première de couverture du coffret oĂ¹ l’artiste semble raide et distant. Certes, suffit de l’Ă©couter pour savoir que non mais, admettons-le,

  • l’image très figĂ©e,
  • les signes archĂ©typaux choisis pour prĂ©senter le disque et
  • la typo peu engageante

peuvent induire en erreur. La musique contredit pleinement cette intuition. D’emblĂ©e, elle se rĂ©vèle

  • Ă©nergique,
  • Ă©lĂ©gante,
  • balancĂ©e.

Sans ostentation mais avec efficacité,

  • palpitent les ornements qui, parfois, se cumulent
    • (appogiatures,
    • trilles,
    • mordants,
    • triolets de doubles croches Ă  la main droite…) ;
  • swinguent les va-et-vient rythmiques (accompagnement passant
    • du binaire au ternaire,
    • de la double croche Ă  la triple,
    • des arpèges au silence…) ; et
  • s’articulent
    • legato,
    • staccato et
    • sforzendo, comme autant d’Ă©lĂ©ments d’un mĂªme langage aux multiples atours.

 

 

Gracieuses, les mains se croisent pour un joli effet de dialogue entre aigus et graves sur son lit d’arpèges arythmiques avant que la reprise ne soit subtilement esquivĂ©e pour basculer plus vite en mineur. Soudain, c’est

  • presque un french-cancan qui se dĂ©chaĂ®ne ;
  • une dĂ©licate cavalcade enfantine qui lui succède ;
  • un duel plus irritĂ© qui oppose dextre et senestre… et
  • une brusque suspension qui prĂ©cipite plus qu’elle ne mĂ©nage le bref passage en RĂ©.

Pierre Réach rend ces tournoiements aussi

  • palpitants que naturels,
  • surprenants que fluides,
  • Ă©vidents qu’inattendus.

Son Steinway fort bien rĂ©glĂ© dĂ©voile une mĂªme capacitĂ© Ă  faire musique sur l’ensemble des registres et des intensitĂ©s, permettant Ă  l’interprète de dĂ©clamer son texte avec

  • assurance,
  • allant et
  • finesse.

L’allegretto ternaire qui enquille Ă©tonne d’emblĂ©e par sa tonalitĂ© de La bĂ©mol, dont le contraste avec le Fa prĂ©cĂ©dent suscite l’Ă©tonnement et attire l’attention. L’unisson grave semble faire sortir la musique des tĂ©nèbres avant que le piano n’en rĂ©vèle les diaprures bigarrĂ©es et presque fantasques en Ă©tendant le domaine du son dans l’aigu.

 

 

Alors que nous nous installons dans un confort agréable, une nouvelle volte change la donne et secoue nos certitudes et nos anticipations.

  • La tonalitĂ© de RĂ© bĂ©mol,
  • la solennitĂ© de l’oscillation rythmique,
  • les cahots
    • (variĂ©tĂ© des attaques,
    • silences interrogatifs,
    • ruptures de motifs) puis
  • le retour au motif et Ă  la tonalitĂ© liminaires

s’attachent – et parviennent – Ă  emporter l’auditeur dans une Ă©coute sans cesse en Ă©veil. Le presto final troque le trois temps et le fa mineur conclusif pour le deux temps et le Fa majeur du premier mouvement. Un fugato sautillant engage avec

  • une lĂ©gèretĂ© Ă©moustillante,
  • un sens du groove joliment manifestĂ© par des accents bien sentis, et
  • un art du dialogue polyphonique Ă©clairĂ© par des doigts d’une apprĂ©ciable agilitĂ©.

 

 

Guilleret, il court, il court, le furet que semble Ăªtre devenu le sujet du mouvement. Un soin particulier apportĂ©

  • au toucher,
  • au phrasĂ© et
  • Ă  la pĂ©dalisation osĂ©e par petites touches

contribue Ă  rendre ces trois petites minutes beaucoup trop courtes – et l’on ne sait, in fine, si l’on apprĂ©cie davantage la pĂ©tillance de la musique ou la frustration de sa brièvetĂ©, ce qui est un compliment rare que l’on est heureux de partager entre le compositeur et son porte-voix. Ă€ suivre !


Pour écouter gratuitement l’intégralité de ce quatrième volume, c’est ici.
Pour retrouver le grand entretien que Pierre Réach nous a accordé en 2022, c’est là.

Hommage Ă  Marie-Paule Belle (et Ă  la Sacem) – 4

Quand la SACEM oublie comment s’Ă©crit Marie-Paule Belle (capture d’Ă©cran).


J’ai toujours payĂ© mon dĂ» Ă  la SACEM, aussi exorbitant voire dĂ©bile soit-il. J’ai toujours demandĂ© – parfois de façon trrrrès insistante – aux organisateurs qui m’invitaient pour ploum-ploumer de dĂ©clarer non pas mon travail mais, le cas Ă©chĂ©ant, le travail des autres que je recousais. Il m’est arrivĂ© que cette attitude me supprime des dates. No regret. Enfin, si, regret, mais un peu de dignitĂ© quand mĂªme.
En revanche, parfois, je reconnais que, devant l’arnaque qu’est cette sociĂ©tĂ© (dĂ©jĂ ) tant elle pompe aux artistes pour se rĂ©munĂ©rer et son irrespect des auteurs au profit des patrons et administrateurs, mon cĂ´tĂ© syndicaliste « on dĂ©fend les collègues qui ont rĂ©ussi » faiblit. TĂ©moin cet extrait d’une passionnante confession filmĂ©e d’Isabelle Mayereau, Ă  retrouver ici pour l’Ă©cran joint. Deux fautes d’orthographe dans une vidĂ©o que tu produis sur une nana qui – si, Marie-Paule Belle, c’est pas rien – a dĂ» te rapporter des centaines de milliers : pas de doute, c’est un dĂ©tail, mais il en dit long sur le respect des artistes.

Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 2/12

Pierre RĂ©ach – IntĂ©grale Beethoven, volume 4 – Première de couverture

Malin comme un singe, Pierre Réach entame le quatrième volume de son intégrale avec une sonate qui, pardon pour elle, ne paye guère de mine.

  • Sans titre infusĂ© par un Ă©diteur en quĂªte de sexytude (ce n’Ă©tait que la troisième de Louis de BĂ©tove, comme stipuleraient les dĂ©biles qui, encore aujourd’hui, Ă©voquent avec dĂ©votion Jean-SĂ©bastien Bach),
  • sans rĂ©putation grandiloquente,
  • sans originalitĂ© formelle,

l’Å“uvre claque pourtant deux premiers mouvements originaux et punchy. Ses deux derniers Ă©pisodes seront-ils Ă  la hauteur ? (Bah, je sais, mais, parfois, le teasing est joyeusement lĂ©ger, parfois, c’est moyen et, pour cette notule, je l’admets, tout laisse Ă  supputer que l’on Ă©tait dans la mauvaise moyenne.)
Le troisième mouvement, allegro, est un scherzo oĂ¹ la lĂ©gèretĂ© du toucher de Pierre RĂ©ach fait merveille. Dans une posture tonale indĂ©cise, la tune ose

  • le pĂ©tillement,
  • l’irritation et mĂªme
  • la fureur.

 

 

Le trio double l’Ă©nergie ternaire, la mesure Ă  3/4 passant officieusement Ă  9/8. En presque clair : y a toujours trois temps, mais y a trois croches par temps au lieu de deux dans la logique du 3/4, ce qui veut dire que les saucisses s’agitent plus et le swing tinte davantage.

  • L’aisance digitale de l’interprète,
  • son sens de la respiration,
  • son art de l’articulation,
  • sa science de la pĂ©dalisation

saisissent l’esgourde de l’Ă©coutant et ne la lĂ¢chent plus. Le grondement de la coda conduit Ă  un allegro assai toujours ternaire (en 6/8, cette fois). Pierre RĂ©ach l’attaque avec une forme d’Ă©briĂ©tĂ© – lui que nous n’avons jamais connu que sobre – tant

  • ses accords volent sur le clavier,
  • ses doubles croches s’amusent,
  • ses nuances Ă©clairent avec un naturel confondant,
  • ses contrastes semblent sourdre du texte et non de la volontĂ© de l’interprète.

 

 

Sans doute Ă  force de frĂ©quenter une Å“uvre sourd-il non pas une familiaritĂ© mais une forme de libertĂ© intĂ©rieure qui donne de l’air Ă  la poussière, de l’aisance au respect, du naturel aux foucades du compositeur.

On est saisi par la fluidité que trouve Pierre Réach dans le tortueux.

  • Il ne suave pas le rugueux, il le rend perceptible.
  • Il ne lisse pas le rocailleux, il astuce un chemin.
  • Il n’aplanit pas le pentu, il le rend dĂ©sirable.

Il y a

  • du naturel dans sa restitution,
  • du vivant dans cette exĂ©cution,
  • de l’envie dans cette restitution.

Loin d’une proposition engoncĂ©e dans une idĂ©e componctueuse de l’IntĂ©grale Des Sonates De Beethoven,

  • ça va de l’avant,
  • ça a de l’allant, bref,
  • ça groove et on headbangue volontiers sur ces octaves qui pulsent (Ă  notre Ă©chelle, headbanguer est un compliment physique adressĂ© Ă  l’interprète et, Ă©ventuellement, au compositeur).

Une proposition

  • virtuose,
  • musicale et
  • pensĂ©e

qui donne hĂ¢te de vous retrouver pour raconter la sonate opus 10 n°2. Ă€ suivre !


Pour écouter gratuitement l’intégralité de ce quatrième volume, c’est ici.
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Hommage à Marie-Paule Belle – 3

Le 4 janvier 2024, au thĂ©Ă¢tre de Passy. Photo : Rozenn Douerin.

Avant d’aller Ă©couter MPB et d’en rendre compte alors, je me souviens de ma colère quand Marie-Paule Belle, comme Anne Sylvestre, avait fini par Ăªtre recouverte de consensualisme. L’idĂ©e : MPB Ă©tait la chanteuse des LGBTQIA+, des militants pro-euthanasie, etc. Alors que, juste, la nana exprimait son ressenti, son vĂ©cu, mais ne cherchait point Ă  Ăªtre Ă  la remorque des machins qui font que nul ne peut contester ton tĂ©moignage car telle est la doxa qu’il sied d’exprimer.
Des journalistes soumis peuvent tenter d’Ă©craser une artiste sous la chape de gnangnantise qui leur vaudront un satisfecit du big boss, quelques artistes savent Ă©chapper Ă  ces compressions. AllĂ©luia, sÅ“ur Marie-Paule Ă©tait de ceux-lĂ .


Marie-Paule Belle au thĂ©Ă¢tre de Passy, 4 janvier 2024 -2/2

La première mi-temps contĂ©e ici s’achevait sur une bonne nouvelle : si, depuis Guy BĂ©art en gĂ©nĂ©ral et la mort de l’aimĂ©e en particulier, il n’y a dĂ©finitivement plus d’après Ă  Saint-Germain des PrĂ©s, il y fait beau temps comme Ă  Saint-RaphaĂ«l. Se poursuivait ainsi la dĂ©claration posthume d’amour Ă  Françoise Mallet-Joris, racontĂ©e par ailleurs – prĂ©cise la chanteuse avec son humour consubstantiel, rien que ça – dans « un livre sorti huit jours avant la fermeture des librairies pour le confinement, donc qui a connu un immense succès ». Marie-Paule Belle y met une belle Ă©nergie, avec talon qui claque et modulations qui passent bien. C’est que son rĂ©cital revendique de raconter son histoire Ă  sa façon. Histoires d’amours humaines, donc, d’amitiĂ©s artistiques et d’influences, l’artiste se revendiquant de Jacques Brel et Barbara.
L’illustre « Une petite cantate » rappelant son excellent spectacle autour de la dame Soulages. La pĂ©dale est gĂ©nĂ©reuse, comme pour garder un zeste de prudence dans les mutations harmoniques de la chanson, mais l’on apprĂ©cie la fragilitĂ© assumĂ©e de la voix, qui sonne juste et vrai. Subtilement, la chanteuse embraye sur « La petite Ă©criture grise », pilier de son rĂ©pertoire Ă©voquant l’effacement donc le souvenir – on pense Ă  l’autre effacement (lui, dans un bel archipel, sĂ»r’ment)  Ă©voquĂ© dans le « Duvet gris » d’Isabelle Mayereau, dont elle a racontĂ© l’origine dans un entretien wow. Mais assez d’Ă©motion contenue, il est temps de rire ou presque.
Pour cela, Marie-Paule Belle propose de concilier la mode du slam et son amour de la chanson rĂ©aliste « à la Berthe Sylva ». InspirĂ©e par une conversation tĂ©lĂ©phonique un soir de grande fatigue, Isabelle Mayereau lui a donc cousu un texte expliquant que l’on fait comme on peut, tant pis si « on peut peu ». Pas de « Nous nous plĂ»mes » pour embrayer, bien qu’on n’s’y plĂ»t plus, mais « Les p’tits patelins », cavalcade rendant hommage aux chefs-lieux de canton et Ă  ce qu’il s’y passe quand on s’y amuse, ce qui ne doit pas Ăªtre si frĂ©quent, surtout Ă  – ne nous brouillons avec personne, les invitations Ă  chanter en province (pardon, dans les territoires) sont si rares de nos jours !
En miroir, se dresse un extrait gĂ©ographique et mental du dernier disque, « Pays natal » oĂ¹ « le mot maison, lĂ -bas, rime avec prison / et les voisins en sont les gardiens », issu d’un texte inĂ©dit de Françoise Mallet-Joris.

 

 

As de l’agencement d’une set-list, la chanteuse revient Ă  la chanson rĂ©aliste drĂ´le dont elle a su faire une partie de son succès avec, dĂ©vastatrice « La biaiseuse ». Cette fois, pas d’interaction dans la salle avec l’ouvrier plisseur de passage qui va s’Ă©tablir bien vite avec elle : une version plus sobre et très rĂ©ussie cependant. C’est l’occasion pour l’artiste de se souvenir de tous ces endroits oĂ¹, comme Serge Lama qu’elle invoque, elle est allĂ©e biaiser pendant que d’autres plissaient debout, avec une spĂ©ciale dĂ©dicace pour Longwy, une ville oĂ¹, lors des galas, « les vieilles amenaient leur tricot » car « elles pensaient que c’Ă©tait une veillĂ©e ».
Après avoir partagĂ© sa vision du public, Marie-Paule Belle expose ce temps oĂ¹ elle Ă©tait public, contrainte, avec Françoise Mallet-Joris, Ă  assister Ă  des dĂ©monstrations circassiennes aussi gĂªnantes que pitoyables, voire « très pathĂ©tiques et très touchantes ». Françoise Mallet-Joris « rĂ©pondant Ă  toutes les questions que je me pose », ainsi qu’elle expliquait jadis pour lancer « Mais oĂ¹ est-ce qu’on les enterre ? », ces souvenirs affligĂ©s ont rĂ©vĂ©lĂ© que « ces gens-là » (bisou Ă  toi, Jacques) vivent « d’un peu amour et de café » mĂªme les soirs oĂ¹ « on applaudit Ă  peine ». Histoire de secouer l’affliction habitant cette chanson devant la nullitĂ© honnĂªte et ravageuse de certains, et devant l’absence sans appel de FMJ, MPB enquille avec « Les amis de monsieur », un tube de Harry Fragson.

 

 

Après une chanson quasi fĂ©ministe dont Barbara floutait le plus joli mot de la chanson, une chanson carrĂ©ment pas fĂ©ministe sur une femme au foyer. « Les petits dieux de la maison » travaillent la veine intimiste qui est aussi un champ d’exploration prisĂ©e par la musicienne. On y goĂ»te notamment un piano Ă  la fois

  • maĂ®trisĂ©,
  • sans fioriture et
  • juste.

Marie-Paule Belle joue (toujours) bien, d’autant qu’elle Ă©vite l’extravagance, fixant le piano dans un rĂ´le de partenaire prĂ©cieux qui n’est pas lĂ  pour mettre en valeur celle qui chante et s’accompagne. Les gourmands de performances plus virtuoses pourront toujours Ă©couter Dans mon piano noir de Romain Didier et singulièrement son arrangement extravagant de « Et maintenant ».

 

 

Versant souriant de la disparition, « Mais oĂ¹ est-ce qu’on les enterre ? » claque alors comme la juste question qu’elle est. Si depuis tonton Georges, est dĂ©finitivement admis que les morts sont tous de braves types, n’oublions pas tous les trĂ©passĂ©s qui Ă©taient, eux, des sales types ou juste ces gens que l’on pourrait appeler des « ha, nan ! », comme ce que l’on pense quand on les aperçoit, fĂ»t-ce quand nous nous regardons dans notre miroir. Le nouveau retournement d’ambiance intervient avec le toujours bouleversant tube de Barbara, « Dis, quand reviendras-tu ? ». Comme l’on s’approche hĂ©las sensiblement de la fin du spectacle, Marie-Paule Belle incite le public Ă  prendre toute sa place au refrain – pas forcĂ©ment ce que nous prĂ©fĂ©rons : chanter ensemble est une joie que nous revendiquons, mais quand il y a Marie-Paule au piano, c’est pas le mĂªme saucisson, on prĂ©fère Ă©couter Marie-Paule, quitte Ă  fredonner en arrière-fond, Ă©videmment.
Voici venu le temps des remerciements en forme de gĂ©nĂ©rique (on apprend Ă  cette occasion que Jacques Rouveyrollis, complice coutumier de la chanteuse, est l’auteur des Ă©clairages qui l’ont accompagnĂ©e – fonctionnels, mais, probablement contraints par un budget spĂ©cifique limitĂ©, pas Ă  la hauteur de cette lĂ©gende des thĂ©Ă¢tres). Certes, ils peuvent paraĂ®tre un peu plus qu’un peu trop gĂ©nĂ©reux. Par exemple, que des cĂ©lĂ©britĂ©s soient remerciĂ©es pour avoir radinĂ© leur fraise me chiffonne : les p’tites gens qui ont payĂ© leur place n’ont, euphĂ©misme, pas moins d’importance pour le spectacle que ces privilĂ©giĂ©s. Reste que la longueur de l’action de grĂ¢ces tĂ©moigne de l’Ă©motion de l’artiste, et exprimer ainsi sa vibration en se tournant vers les autres est une manière Ă©mouvante de parler de ce dont on ne parle pas :

  • le temps qui passe et ne se rattrape pas,
  • la maladie qui grommelle,
  • la mort qui gratte Ă  la porte et
  • l’idĂ©e taboue que c’est peut-Ăªtre une dernière fois que nous partageons en direct ce qu’Anne Sylvestre aurait presque appelĂ© « la tendresse effarante qui va de nous Ă  l’artiste ».

 

 

Pour se remettre du balabala, rien de mieux que la chanson pour toujours prĂ©cĂ©dĂ©e d’un : « Alors, pour ceux qui ne sont venus que pour celle-lĂ … » Donc, près d’un demi-siècle après l’avoir créée, Marie-Paule Belle n’est toujours pas et ne sera jamais « La Parisienne », bien qu’elle le soit pour l’Ă©ternitĂ© et, probablement, un chouĂ¯a au-delĂ . En tout cas, elle ne l’est pas ce « soir entre mille » qu’Ă©voque la chanson-titre du dernier disque (dĂ©sormais disponible en vinyle, trait d’union bobo entre modernitĂ© et tradition s’il en est), sur des paroles de Françoise Mallet-Joris. L’Ă©motion est trop forte pour l’artiste, cette fois, qui mĂ©lange un peu les crayons de cette nouvelle trousse avant d’annoncer : « Je vais reprendre. » MalgrĂ© l’antisèche ou Ă  cause d’elle, la peinture de « Vive le sport » est elle aussi un peu fraĂ®che, mais qu’importe ? On est heureux que l’artiste dĂ©cide de ne pas terminer sur du golden hit afin de privilĂ©gier

  • le rĂ©cent,
  • le vivant,
  • le fringant.

Oui, l’on aurait parfois aimĂ© Ăªtre bousculĂ© par la dĂ©couverte de titres rarement voire jamais chantĂ©s sur scène. Difficile de ne pas comprendre qu’entre

  • les titres obligatoires,
  • ceux du dernier disque un rien obligĂ©s aussi et
  • ceux qui rĂ©sonnent Ă  l’oreille de l’artiste,

impossible de glisser des surprises ! Après tout, retrouver cette lĂ©gende de la chanson intelligente, drĂ´le, persistante, diverse, joliment dĂ©nudĂ©e dans l’option piano-voix, ce n’est pas une surprise, non, c’est pire : de la joie que l’on se promettait et qui est nĂ©anmoins advenue.

 

 

 

Hommage à Marie-Paule Belle – 2

Marie-Paule Belle, le 4 janvier 2024, au thĂ©Ă¢tre de Passy (Paris 16). Photo : Rozenn Douerin.

Il y avait ce concert de sa tournĂ©e autour de Barbara. Dans mon souvenir dĂ©sormais lointain, c’Ă©tait dans manière de salle de fĂªte de banlieue, mais peut-Ăªtre Ă©tait-ce juste dans un thĂ©Ă¢tre au-delĂ  du pĂ©riphĂ©rique, ce qui choque le Parisien (qui n’est pas plus Parisien que la chanteuse, ayant lui-mĂªme fleuri et vĂ©cu de l’autre cĂ´tĂ© de la Frontière). Un concert oĂ¹ je viens sans enthousiasme : Marie-Paule Belle qui s’abaisse Ă  des covers alors que la scène française regorge de propositions grotesques de « reprises de Barbara », quel dommage !
MĂªme si tu admires Barbara (ou parce que tu l’admires), tu viens vraiment parce que c’est Marie-Paule Belle. Puis tu sors du concert et tu te dis : « La vache ! Dire que j’ai failli louper ça parce que je suis intĂ©griste et snob ! » De cela, il ne reste que des souvenirs vibrants mais plus ou moins enfouis. En revanche, du dernier concert oĂ¹ l’on a applaudi la nouvelle morte, restent quelques notes Ă©crites – Ă  commencer par celles initialement publiĂ©es ici – et tout ce qui ne s’Ă©crit pas. Hommage, donc.


RĂ©servĂ© depuis mai 2023 après avoir rĂ©servĂ© bien avant, ça ne change rien ! Ce 4 janvier 2024, voilĂ  neuf ans presque jour pour jour que nous n’avions vu, de nos yeux vu, Marie-Paule Belle en vrai, depuis cette soirĂ©e de janvier 2015 Ă  la Nouvelle Ăˆve. Les invitĂ©es du chobiz qui ont le malheur de nous jouxter peuvent bien essayer de nous toucher l’Ă©paule – dĂ©jĂ , fais gaffe, c’est propre, ça, c’est moche mais c’est Ă  moi – pour nous intimer – nous intimer, les folles – d’applaudir moins fort, Ă  part risquer un applaudissement avec leur tĂªte entre nos mains et un « t’as qu’Ă  Ă©couter le CD studio, en plus, chuis sĂ»r, tu l’as reçu gratos, arrive juste pour le coquetèle, foutriquette », aucune chance de modĂ©rer

  • notre enthousiasme,
  • notre joie et
  • notre impatience.

Un prĂ©cĂ©dent rendez-vous avait Ă©tĂ© reportĂ© pour des « raisons de santé » restĂ©es pudiquement sous silence, mĂªme si certains mĂ©dias ont rĂ©vĂ©lĂ© que la dame souffrait d’une rĂ©cidive d’un cancer du sein l’obligeant Ă  subir des traitements redoutables.

  • L’attente,
  • le soulagement et
  • la joie

Ă©taient donc en trouple, ce jeudi 4 janvier, pour la première de la sĂ©rie de dix reprĂ©sentations reprogrammĂ©e au thĂ©Ă¢tre de Passy. Dans la salle,

  • des vedettes du temps jadis (Anny Duperey, Serge Lama, Isabelle Mayereau…),
  • des semi-vedettes (Alex Vizorek, Eva Darlan…) et
  • des anonymes.

Parmi les derniers nommĂ©s, essentiellement des tĂªtes chenues que cĂ´toient quelques rares personnes moins antiques, dont une partie ressortit fièrement de la communautĂ© homosexuelle. Sur scène, un piano d’oĂ¹ Ă©merge une rose (« je suis sĂ»re qu’elle est en plastique », souffle derrière nous une permanentĂ©e d’un ton de connaisseuse, ratĂ©). La chanteuse lance son spectacle avec « J’ai les clefs », parolĂ©e – et hop – par Pierre Jolivet et Françoise Mallet-Joris. L’esprit facĂ©tieux de la fredonnerie n’empĂªche pas l’Ă©motion de poindre dans les applaudissements nourris : la voix n’est peut-Ăªtre pas encore chauffĂ©e, l’artiste paraĂ®t peut-Ăªtre un brin fatiguĂ©e, mais peu importe !

  • La prĂ©sence,
  • la personnalitĂ© et
  • la proximitĂ© – idĂ©ale pour le rĂ©pertoire – facilitĂ©e par le piano-voix que Marie-Paule Belle maĂ®trise si bien

rayonnent au point que la musicienne demande grĂ¢ce en soufflant, amusĂ©e : « Si vous commencez Ă  applaudir comme Ă  la fin… » Puis elle annonce

  • le contexte (« il y a onze mois et un jour que j’attends ce moment-là »),
  • l’enjeu (« je fĂªte mes 54 ans de scène ») et
  • le projet : parcourir les Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents.

 

 

De son premier disque (affirme-t-elle : c’est inexact puisqu’elle vient de mettre sur les plateformes Mon premier album, oĂ¹ les chansons « rĂ©alistes » sur les filles de joie se taillent la part du lion – on y dĂ©couvrira notamment « Émilienne », croquignolesque Ă  souhait – mais sans la chanson en question), elle extrait ce qui fut longtemps un de ses chevaux de bataille, « L’Ă¢me Ă  la vague », oĂ¹ le public a plaisir Ă  murmurer les parophonies du refrain (« J’ai l’Ă¢me Ă  la vague / J’ai l’Ă¢me qui vogue / Avide, elle drague / C’est comme une drogue »). L’artiste veut-elle dĂ©miner toute complaisance dans la nostalgie ? AussitĂ´t, « Amour allergie », sorti du dernier album, rappelle que, « quand on est amoureuse, ça pose certains problèmes ». Le fil rouge commence Ă  apparaĂ®tre : l’amour, forcĂ©ment, donc le voyage, l’un et l’autre ne faisant qu’un. Par consĂ©quent, la chanteuse emprunte le « Trans Europ Express » ou la version rĂªvĂ©e du train bleu grĂ¢ce auquel on partirait loin, sollicitant avec mĂ©tier la participation d’un public qui n’attend que ça.
Chansons nouvelles, chansons d’antan, la problĂ©matique est connue des chanteurs qui durent. Anne Sylvestre l’a vĂ©cue, qui refusait farouchement de revenir Ă  ses chansons Ă  guitare du dĂ©but. Le dĂ©fi de Marie-Paule Belle semble d’Ăªtre de dispatcher dans sa set-list trois types de chansons dont les caractĂ©ristiques se chevauchent parfois :

  • les anciennes,
  • les neuves et
  • les tubesques.

Voici donc venu le temps, finement pensĂ©, de « Wolfgang et moi ». Passage obligĂ© d’un rĂ©cital de MPB, cette chanson est prĂ©sentĂ©e comme un hommage Ă  la sÅ“ur de WAM qui, en rĂ©clamant ses royalties, devient « la première fĂ©ministe ». L’humour sauve cette prĂ©sentation de la tarte Ă  la crème tendant Ă  rĂ©duire la valeur des artistes du beau sexe Ă  l’aune de leur « fĂ©minisme ». Anne Sylvestre est un bon exemple de cette tendance assez salissante, elle qui a connu un regain de popularitĂ© quand les mĂ©dias ont dĂ©cidĂ© de ne la considĂ©rer que comme une militante de l’Ă©galitĂ© entre les genres, ce qui revient Ă  regarder son Å“uvre par le trou de la meurtrière alors qu’une grande fenĂªtre, juste Ă  cĂ´tĂ©, permet d’embrasser son travail d’un coup d’Å“il autrement plus juste et enthousiasmant. Ce soir-lĂ ,

  • l’urgence,
  • l’attente et
  • la pression qu’elles engendrent

font chalouper les paroles du premier couplet mozartien. Cela rappelle aux plus fervents bellomanes que cette bĂªte de scène est aussi un Ăªtre vivant, et ça fait du bien de le savoir ! Ici, rien d’automatique, mĂªme si « Wolfgang et moi » colle Ă  la peau de l’artiste. Marie-Paule Belle ne rĂ©cite pas sa chanson, elle l’interprète avec cÅ“ur. Si un cahot de concentration ou de mĂ©moire peut rĂ©veiller le voyageur, il personnalise aussi le trajet et humanise l’artiste impressionnant qui se produit sur scène. En plus, ça rassure le petit chanteur qui se morfond en rentrant chez lui après qu’il a bafouillĂ© ou carrĂ©ment avalĂ© un couplet quand il Ă©tait derrière son micro : merci, Marie-Paule !

 

 

L’enthousiasme suscitĂ© par le tube ne retombe pas avec le classique suivant, le vintage et toujours poignant « Quand nous serons amis », oĂ¹ l’artisane continue de dĂ©montrer le mĂ©tier en usant des multiples manières de recevoir les applaudissements parmi lesquels on peut citer, en sus de l’habitude qui est un mĂ©tier,

  • le sirotage modeste d’un verre d’eau,
  • l’attente patiente devant le clavier puis le pivotage face public,
  • le petit sourire qui remet un coin dans le juke-box,
  • plus tard la position debout avec son bonus qu’est le salut,
  • la sortie de scène et l’attente du bon tempo pour revenir, etc.

L’amour – ici dĂ©diĂ© Ă  Serge Lama – bat aussi dans « Celui » (en gros, celui qui ne m’a pas parlĂ© d’amour m’a plus donnĂ© que celui qui m’a aimĂ© mais mal), chanson gnangnan mais Ă  laquelle tient l’artiste. Elle l’a intĂ©grĂ©e dans maints tours de chant, y compris dans la sĂ©rie de chansons interprĂ©tĂ©es sur YT au piano blanc pendant le confinement. Or, c’est pas mal que, en glissant des chansons variĂ©es dont certaines risquent de moins emballer a priori l’auditeur, l’artiste oblige ses fans Ă  la suivre dans son parcours tel qu’elle le perçoit, le conçoit et le vit, pas juste lĂ  oĂ¹ ils prĂ©fèrent la retrouver. Après tout, la diversitĂ© d’un rĂ©pertoire contribue Ă  sa profondeur, par-delĂ  les inclinations particulières de chacun.
D’autant que, finaude et rouĂ©e, Marie-Paule Belle est soucieuse de contraster ses titres afin de ne pas perdre les bellophiles, quelles que soient leurs prĂ©fĂ©rences. Aussi enchaĂ®ne-t-elle avec une chanson dont elle disait ailleurs que Michel Grisolia et elle-mĂªme l’avaient Ă©crite quand ils Ă©taient ados. « Cinquante ans après, confie-t-elle le soir mĂªme, je la trouve d’actualitĂ© car c’est une chanson sur les curĂ©s, l’Église, tout ça ! » L’anticatholicisme est un topos de la chanson française. Évidemment et heureusement, nul ne s’en formalise, mĂªme si on attendrait les courageux sur les terrains d’autres religions encore plus strictes – si, si, c’est possible – quant au rĂ´le dĂ©volu aux moukères…
« L’Å“uf » fait un effet bÅ“uf et se frotte avec bonheur au contraste qui arrive avec la chanson habillant un texte d’Isabelle Mayereau. « Beaux jours Ă  Saint-Germain » ouvre le dernier disque et, avec les modulations attendues, Ă©voque un moment (celui de la rencontre avec Françoise Mallet-Joris) autant qu’un lieu perdu – d’oĂ¹, peut-Ăªtre, les cinq premières notes qui semblent sampler « Auprès de mon arbre » de Georges Brassens, oĂ¹ lĂ  aussi le parolier se souvenait avec nostalgie d’un moment et d’un lieu disparus…

 

 

… et pour la suite du concert, il faudra aller au prochain post sur le sujet, a priori le 10 janvier [dĂ©sormais le 27 juillet] !

 

Hommage Ă  Marie-Paule Belle – 1

Montmorency, parvis de la collégiale (95). Photo : Bertrand Ferrier

Cet article, publiĂ© jadis ici, ne dit rien de la fois oĂ¹ l’on alla voir la dame Ă  trois reprises au thĂ©Ă¢tre de Dix-heures – avant que ce lieu, rachetĂ© par un faquin, ne programmĂ¢t, comme tant de ses semblables, que de la caguade de stand-upers mĂ©diocrement communautaristes – parce que, pianiste-chanteur mal dĂ©grossi, on ne comprenait pas « comment elle fait la dame ». Mais il raconte quand mĂªme que, des annĂ©es plus tard, la nouvelle morte alors encore vivante avait de quoi rĂ©-Ă©baubir les adeptes et les petits cons dont nous fĂ»mes et sommes, parfois, encore, heureusement.


Marie-Paule Belle, La Nouvelle Ăˆve, 26 janvier 2015

MPBCAB

Le concept : après quarante-cinq ans de carrière, les artistes survivants ont parfois l’Ă©lĂ©gance d’avoir la peur de s’enfermer dans un musĂ©e chantant, sorte de juke-box dĂ©versant leurs succès en chevrotant. Marie-Paule Belle, elle, prend le problème Ă  bras-le-corps – pas celui du chevrotage, laissons cela Ă  Charles Aznavour, momie consternante dont seule la tĂ©lĂ©vision publique s’obstine Ă  ne pas constater le dĂ©cès. Quatre ans après son dernier disque produit en crowdfunding, « MPB » Ă©tait sur la scène du cabaret protĂ©iforme La Nouvelle Eve, qui associe revues et spectacles du dĂ©sormais mĂ©diocre Élie Semoun, par ex. Elle y donnait trois reprĂ©sentations d’un nouveau spectacle piano-voix intitulĂ© « comme au cabaret ». La deuxième date Ă©tait bien remplie sans Ăªtre, Ă´ surprise, complète en dĂ©pit de soldes de dernière minute. Le prix abusif des billets, 38 € en placement libre, peut sans doute expliquer pour partie cette incongruitĂ©.
LĂ  qu’on sert : pour une fois, avant d’Ă©voquer le concert, signalons l’excellent accueil rĂ©servĂ© aux spectateurs par le cabaret au dĂ©cor aguichant avec

  • Ă©toiles et angelots au plafond,
  • tentures,
  • tables et chaises rouges Ă  souhait, et
  • scène lumineuse.

De fait, nous avons apprécié

  • l’ouverture des portes trente-cinq minutes avant le spectacle (juste quand il commençait Ă  pleuvoir sur des fans dĂ©jĂ  au taquet),
  • le sourire au contrĂ´le,
  • l’absence de pantalonnade sĂ©curitaire sur le thème « montrez-moi vos sacs non je regarde pas c’est juste pour faire semblant », et
  • la non-traque de nourriture voire de boisson

alors que le cabaret commercialise du liquide Ă  des prix prohibitifs – si, 8 € pour un Coca, ça commence Ă  fleurer sec le prohibitif. Cet accueil accueillant, inattendu au vu de la concurrence, offre une image conviviale et positive de cette salle de spectacles.

Marie-Paule Belle vue par Josée Novicz.
Marie-Paule Belle vue par Josée Novicz

Le concert : encadrĂ© par un incipit et un envoi chantĂ©s, joliment tournĂ©s pour l’occasion – ce seront quasi les seuls inĂ©dits du tour de chant –, le rĂ©cital s’appuie sur trois piliers – les chansons « obligatoires car trop connues », les reprises moins attendues, et de petits intermèdes parlĂ©s qui tissent un fil rouge narratif. Ainsi la chanteuse joue-t-elle la carte du mĂ©tatexte et du concert en miroir : « comme au cabaret », elle

  • s’adresse au public,
  • l’invite sporadiquement Ă  chanter avec elle,
  • explicite ses rares sautes de mĂ©moire,
  • associe chansons de son rĂ©pertoire et covers d’illustres anciens ;

mais, Ă  l’image de son domicile faisant face Ă  ses dĂ©buts (« j’habite 7, rue Jacob, en face de lĂ  oĂ¹ Ă©tait le cabaret de l’Échelle, vous pourrez venir en pèlerinage »), elle revient aussi sur ce qu’est, selon elle, un spectacle « comme au cabaret ». Cette explicitation du concert est l’occasion de narrer son Ă©popĂ©e par petites touches, de dĂ©cliner ses prĂ©fĂ©rences chansonnistologiques et de faire glousser la salle. De la sorte, elle crĂ©e un spectacle original, alors que l’on pouvait craindre la simple resucĂ©e d’une set-list connue de tous (ce qui n’aurait dĂ©jĂ  pas Ă©tĂ© si mal). La finesse de cette rĂ©alisation, faussement « à la bonne franquette », est un des signes du talent Ă©clatant de Marie-Paule Belle.

Le rĂ©pertoire qu’elle interprète est un autre signe de ce talent. Dans la tradition des cabarets de la rive gauche, Marie-Paule Belle associe trois types de chansons :

  • les chansons d’antan
    • (comique troupier façon
      • Gaston Ouvrard,
      • Yvette Guilbert,
      • Harry Fragson…),
  • les chansons de collègues
    • (Jacques Brel et ses chansons pas-toutes-si-cĂ©lèbres,
    • Jean Arnulf et son « Point de vue »,
    • Barbara et son « Dis, quand reviendras-tu » pris avec un optimisme inattendu,
    • Marcel Mouloudji et son « Un jour, tu verras »,
    • Guy BĂ©art et son grĂ©ciste « Il n’y a plus d’après Ă  Saint-Germain-des-PrĂ©s ») et
  • les crĂ©ations dont elle a Ă©crit
    • texte,
    • partie de texte ou, au moins,
    • musique.

Dans cette dernière catĂ©gorie, le choix est Ă  la fois large et limitĂ©. Large puisque longue carrière jalonnĂ©e de disques originaux. LimitĂ© car, en sus des reprises, souhait de ne pas frustrer le public qui « n’est venu que pour celles-là » :

  • « La Parisienne »,
  • « Nosferatu »,
  • Wolfgang et moi »,

qu’elle rĂ©ussit Ă  chaque fois Ă  chanter comme si elle cherchait Ă  remotiver ces hits d’une mimique ou d’une intonation nouvelle… Pourtant, la chanteuse parvient Ă  glisser un Ă©tonnant « Chopin en jazz », savoureux et inĂ©dit Ă  souhait, et des chansons de son dernier album, signĂ©es en l’espèce de la nullissime parolière Dominique Walls, incluant

  • « Celles qui aiment elles », la moins pire des gnangnans grĂ¢ce Ă  la dĂ©licatesse de la mĂ©lodie, très simple, dĂ©nichĂ©e par l’artiste ;
  • « Les asphodèles », qui copie-colle les codes des Brinvilliers ou de l’après-midi d’Ă©tĂ© chaud, très chaud, pour parler de jardinage donc de masturbation (quel dommage que pas de vraie chute puisque retour du refrain non modifiĂ© !) ; et
  • « Assez », lamentable chougnerie contre les violences conjugales et la lapidation (faire rimer « CĂ©cile » et « ses cils », pfff).

Quel contraste avec les qualitĂ©s qui irradient du reste du rĂ©pertoire ! D’autant que l’art de mĂ©langer les chansons pour chanter Ă  la fois ce que le public veut et ce qu’elle-mĂªme veut est un troisième signe du talent sempervirens de Marie-Paule Belle…

La représentation :

  • bateleuse hors pair,
  • interprète sans Ă©gal,
  • vocaliste sĂ©duisante (mĂªme si, Ă  force de craindre pour ses aigus, elle finit par les fragiliser, alors qu’elle possède une large tessiture très assurĂ©e),

l’artiste fait passer la faiblesse de certaines chansons par le plaisir de la nouveautĂ© (après tout, le dernier album de Ricet Barrier ou celui d’Anne Sylvestre n’Ă©tait guère justifiable que par ce petit plaisir-lĂ ) et, surtout, par l’Ă©nergie qui se dĂ©gage de sa set-list. Devant tant de maĂ®trise, on apprĂ©cie mĂªme son authenticitĂ©, absente des rĂ©citals trop mĂ©caniques, quand les premiers « trous » apparaissent. Or, quiconque a un peu fredonnĂ© en public sait que, le plus difficile, ce n’est pas la gestion du blanc, puisque l’on peut en parler et en plaisanter ; non, le pire, c’est la pression que cette saute de concentration met pour les chansons suivantes.

  • Ne plus oublier,
  • ne pas trop bĂ©gayer,
  • ne pas s’emmĂªler sur les prochains « gros passages »…

Marie-Paule Belle affronte elle aussi ces dĂ©fis, avec le mĂ©tier et l’aisance que permettent une rouerie consommĂ©e et un public extatique, mĂªme si la gestion des admirateurs n’est pas si aisĂ©e. En effet, les spectateurs associent Ă  la fois des rĂ©actions d’amateurs de chansons (applauses qui savent se taire au bon moment, interpellations limitĂ©es, Ă©coute attentive) et des meuglements de fans Ă©cervelĂ©s semblant rĂªver de se reconnaĂ®tre sur un disque live. LĂ  encore, Marie-Paule Belle parvient Ă  mĂªler bienveillance et ironie pour « tenir » sa salle… et finir, fait rare pour une chanteuse « à textes », mĂªme star Ă©mouvant les nostalgiques, par toucher les mains des spectateurs, entre vieux et folles, lors du dernier salut.
En conclusion, malgrĂ© les attentes très Ă©levĂ©es que suscite tout rĂ©cital piano-voix de Marie-Paule Belle, l’artiste sĂ©duit une fois de plus.

  • Voix sĂ»re,
  • spectacle original oĂ¹ son rĂ©pertoire de crĂ©ation est expulsĂ© en pĂ©riphĂ©rie comme un sublime prĂ©texte,
  • savoir-faire hors pair,
  • styles variĂ©s,
  • humours protĂ©iformes,
  • libertĂ© de choix et
  • Ă©lan musical intact :

on dirait bien « chapeau », si la chanteuse n’avait expliquĂ© qu’elle avait gagnĂ© une Ă©mission ainsi nommĂ©e, oĂ¹ l’on coiffait d’un chapeau les interprètes que n’apprĂ©ciaient pas les tĂ©lĂ©spectateurs. Alors, soyons simples et estimons que « bien ouèj, MPB » fera l’affaire.