
Avec la sonate opus 27 n°1 en Mi bémol, Pierre Réach dégaine une sonate pas comme les autres. Il l’avait gardée sous le coude malgré, sans doute, la crainte de ne pas aller au bout de l’aventure qu’est l’enregistrement d’une intégrale. L’andante de cette pièce indiquée comme étant « quasi una fantasia » est gorgé de reprises, donc exige un sens de la narration particulier. Rien n’effraye l’interprète :
- ni le chromatisme osé,
- ni les modulations saugrenues,
- ni le cahot provoqué par un allegro ternaire dans une nouvelle tonalité
dont le surgissement est presque imprévisible, n’eussent été les signaux « de basse intensité » liés aux modulations étonnantes (et à la proximité entre do mineur et Mi bémol, certes) qui évoquent a posteriori l’existence d’une tension pouvant aller jusqu’à la déchirure. Principalement, pourtant,
- c’est léger,
- ça bondit,
- ça jaillit.
Autrement dit,
- la précision,
- l’exigence du texte et
- le sens du phrasé
font presque tout.
- Le toucher,
- les variations d’intensité et
- l’énergie vibrante du tempo
font le reste. Le retour (préparé) à la formule liminaire ouvre la voie au calme dont le charme paisible rend d’autant plus croustillant l’attaque du molto allegro e vivace à trois temps qui enquille. Dans cette marmite qui semble bouillonner de l’intérieur sous l’apparence simple d’un duo,
- mouvements parallèles ou contraires,
- legato et staccato,
- grondements et secousses
animent avec vigueur un discours tourné vers
- l’itération,
- la mutation d’intensités et bientôt
- les microdécalages formant un déséquilibre plein d’allant.
En La bémol mais toujours à trois temps, l’adagio con espressione affiche une gravité solennelle martelée par les octaves graves.
Pierre Réach lui donne
- un soyeux qui s’abstient de mièvrerie
- (accents,
- nuances,
- étagement lumineux des différentes voix),
- une poésie qui sait s’électriser
- (variété des ornements,
- pertinence de l’agogique,
- élégance du trait de quadruples croches), et
- une douceur qui s’habille de liberté
- (inventivité harmonique,
- contretemps presque facétieux,
- rubato final qui glisse vers le dernier mouvement).
L’ample allegro vivace qui conclut cette sonate kaléidoscopique réussit à nouveau à contraster par
- son tempo,
- sa mesure et
- sa tonicité motorique voire explosive.
Jouant sur les différents
- registres,
- touchers et
- effets d’écho
convoqués par la partition, l’interprète s’amuse
- ici de la dentelle en doubles croches rigoureuses,
- çà du pétillement du bariolage léger,
- là de la jubilation d’octaves têtues.
Le compositeur associe
- répétitions,
- retournements et
- foucades
pour diffuser une énergie qui circule d’une main à l’autre et dont la diversité donne l’impression ou l’espérance, par-delà les vagues musicales, de devoir être inextinguible. Des moments de suspense font néanmoins respirer l’auditeur avant que
- sforzendi,
- dialogue et
- cavalcade,
irrésistibles,
- ne reviennent faire rutiler leur fougue,
- ne se souviennent du calme initial puis
- ne glissent vers la pyrotechnie finale incluant
- quintuples croches et trilles (c’était bien la peine d’écrire un mouvement lent !),
- doublement du tempo et
- crescendo avec fortissimo à l’arrivée.
La lecture de Pierre Réach rend à la fois
- la vitalité,
- les foucades et
- l’originalité de la sonate.
Voilà bien une astucieuse mise en bouche avant la sonate opus 90 en mi mineur qui conclut le premier disque de ce quatrième volume ! À suivre, donc…
Pour écouter gratuitement l’intégralité de ce quatrième volume, c’est ici.
Pour retrouver le grand entretien que Pierre Réach nous a accordé en 2022, c’est là.

















































