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Et si l’on danse à Saint-Marcel ?

Florilège de l’affiche

Ce mercredi, à 20 h, en l’église Saint-Marcel (Paris 13), nouvelle édition du projet « Et si l’on danse ? » dans sa grande version : avec orgue et piano et saxophone. Pourtant, danser dans une église, qui plus est en temps de Carême, sera-ce pas un blasphème ?

1.
Le concept

Imaginer cela serait contredire toute l’Écriture ou presque ! Le livre de Samuel, en son sixième chapitre, l’affirme définitivement. L’on se souvient de ces versets où David fête la bénédiction de sa maison en « tournoyant de toutes ses forces devant le Seigneur », à peine « ceint d’un éphod de lin ». À Mical, descendante de son rival, qui s’offusquait après qu’il a exhibé sa nudité, il a rétorqué que, en dansant devant l’Éternel, il avait brillé aux yeux des servantes ; et, est-il précisé, « Mical, fille de Saül, n’eut point d’enfants jusqu’au jour de sa mort », na. Ainsi ce passage vétérotestamentaire incite-t-il à danser pour saluer la vie, rendre grâce et acclamer son Dieu, même quand les ennemis agonisent encore et que les animaux sacrifiés se vident de leur sang…
Point de sang ni de nudité à craindre ou espérer, ce jour, mais une musique qui interroge ce possible : que se passe-t-il si l’on danse, pour prier Dieu ou parce que l’on sent que quelque chose de plus diffus, presque ineffable, nous habite, et que l’on souhaite l’exprimer au-delà ou en deçà des mots ? Que se passe-t-il si l’on danse sur des musiques officiellement appelées « danses » et exigeant des pas réglés par la convention afin d’unir les danseurs en général et les humains en particulier ? Que se passe-t-il si l’on danse en son cœur en entendant des musiques sacrées ou profanes qui semblent intimer au corps ou à l’âme l’ordre de se mouvoir, avec urgence ou recueillement ? Et que se passe-t-il si l’on danse vraiment, en chorégraphiant une musique joyeuse, fantasque ou évanescente ?
Face à un monde habité par des ombres inquiétantes, ce récital ne cherche pas à apporter des réponses définitives mais à poser ce genre de questions. Ouvrir des possibles, surprendre pour réveiller, réjouir pour transcender, c’est presque dissiper l’inquiétude de Madeleine Delbrêl, écrivant à Dieu que

nous oublions la musique de votre esprit et faisons de notre vie un exercice de gymnastique. Nous oublions que, dans vos bras, [la musique de votre esprit] se danse, que votre Sainte Volonté est d’une inconcevable fantaisie, et qu’il n’est de monotonie et d’ennui que pour les vieilles âmes qui font tapisserie dans le bal joyeux de votre amour.
(« Bal de l’obéissance », in : Nous autres, gens des rues, Le Seuil [1966], « Livre de vie », 1995, p. 82)

En avant pour la danse et la joie et l’amour, avec ce nouvel extrait inédit de la première du projet à Marseille !

 

[embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=KOMEwpLCXPM[/embedyt]

 

2.
Le programme

Première partie | 33’
Orgue et saxophone

Franz Schubert (1797-1828)
Deutscher mit zwei Ländler [Première danse allemande et deux trios] D 618 (1818)
Arr. : Pierre-Marie Bonafos | 6’

Pat Metheny (né en 1954)
Farmer’s Trust [La confiance de l’agriculteur] (1983) | 4’

Michel Corrette (1707-1795)
Magnificat du 5ème ton (1750) | Arr. : Pierre-Marie Bonafos et Bertrand Ferrier | 15’
Plein jeu [ouverture du bal]
Duo [menuet]
Basse de trompette [danse villageoise]
Musette
Tambourin
Grand jeu [méli-mélo final]

Maurice Faillenot (1920-2010)
Danse fantasque (2000) | 4’

Pierre-Marie Bonafos (né en 1957)
Bourdon en Do | 4’

Seconde partie | 32’
Piano et saxophone

Tylman Susato (1510-1570)
Suite de danseryes | Arr. : Pierre-Marie Bonafos | 8’

Antônio Carlos Jobim (1927-1994)
Luiza (1981) | Arr. et improvisation : Pierre-Marie Bonafos | 4’

Jean Langlais (1907-1991)
Suite de sept danses tirées des Pièces pour trompette et orgue ou piano (1987) | 20’
Ronde (n°1)
Tarentelle (n°2)
Bourrée (n°3)
Valse intranquille (n°4)
Gigue lente et son interlude (n° 6)
Farandole enfantine (n°7)
Cavalcade (n°8)

3.
L’affiche

Denis Levaillant, « Passions » (DLM) – 3/3

Première de couverture

La dernière des passions proposées par Denis Levaillant rend hommage au cash, au fric, au flouze et à la moulaga. Extrait de son opéra OPA MiaSunny Cash Passion se déploie sur un petit quart d’heure et sept mouvements (le listing des pistes finit par bégayer sur la pochette…), dont les deux premiers constituent la moitié d’une œuvre où l’électronique a son mot à dire.
Dans un brouhaha qui monte, se profile le champ lexical

  • du cash,
  • du désir qu’il éveille et
  • de la confusion qu’il suscite dans les esprits qu’il contamine voire grignote.

La musique est

  • explosion,
  • registres extrêmes,
  • expressivité plutôt que linéarité.

Nulle dynamique diégétique, ici, mais l’universalité étale de l’attractivité du pognon et de la folie que ce délicieux petit diable peut inspirer.

  • Tenues éclatantes,
  • échos déformés,
  • bribes monosyllabiques et
  • loops obsessionnelles

peignent sur les murs de nos oreilles donc de notre esprit le sang de l’argent qui danse, danse, danse (le prédicat concluait la passion des Pierres noires).

 

 

Même confusion dans le deuxième épisode chantant « Le soleil ». Du brouhaha n’émergent pas les voix, cette fois : elles restent empêtrées dans un brouillard mental que traversent de ces fusées insignifiantes mais pétries du besoin de comprendre l’argent comme on en peut ouïr voire jouir en sélectionnant BFM Business sur quelque poste à galène. Denis Levaillant travaille

  • l’étagement des plans sonores,
  • la déréliction du sens et
  • l’éclatement des outils classiques de communication
    • (verbe,
    • grammaire,
    • mélodie et
    • harmonie),

submergés par

  • le flux choral,
  • la science péremptoire des ignorants et
  • l’atmosphère cauchemardesque – digne des montres molles de Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech – qui apparaît, liquide et gouttelante, quand brouhaha et fusées sachantes se dissolvent.

Dans ce creuset sombre,

  • fondus,
  • à-plats,
  • contrastes et
  • microdécalages

ondulent et animent l’étonnante tempête solaire.

 

 

Le troisième mouvement, très bref, s’empare d’un continuum entre le parlando et le chant grâce auquel le chœur s’étonne : « Vous ne savez pas que ? Ah ! » Nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas, sinon que nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas – autrement dit, nous ne savons pas, bien vu ! Nous saisit le vertige

  • de la spécularité,
  • de la parole vidée de sa fonction figuratrice, et
  • du pouvoir fascinant du fragment qui
    • réveille l’attention,
    • évite le procédé et
    • replonge l’auditeur dans le suspense de l’énigme.

Le quatrième mouvement mime « la rumeur » à bouche plus ou moins fermée. Des bruits épars (pages qui se tournent ou effet implémenté, peu importe)  pimentent le mystère qui transforme le chœur en instrument malléable à merci. Cinquième chapitre, « Grand Central » poursuit l’exploration

  • des hachures,
  • des demi-teintes et
  • de la non-communication non-verbale

pour laquelle l’auditeur doit abandonner toute velléité de décryptage afin de se laisser envelopper et secouer par le son en général et les mutations de sonorités en particulier.

 

 

Le sixième mouvement, intitulé « Les opérateurs »,

  • fond les sons les uns dans les autres,
  • les fige,
  • les malaxe voire
  • les réinvente.

On s’y délecte

  • des frottements harmoniques,
  • de la large palette des registres exigés et
  • du sens de l’équilibre que l’ensemble Musicatreize trouve sous la direction de Roland Hayrabedian.

Tout finit en commençant (si, si) pianissimo sur non pas une invitation à la danse mais un commandement de danse qui contraste avec la torpeur dans laquelle nous plonge la vraie vie ici – peut-être – symbolisée par les tenues mouvantes grâce auxquelles compositeur et interprètes nous hypnotisent. Sunny Cash Passion apparaît ainsi d’autant plus prenant que cette Passion putative demeure énigmatique et s’appuie sur une science de l’écriture chorale assez habile pour paraître

  • moins démonstrative qu’intériorisée,
  • moins savante qu’ébouriffante, et
  • moins sombre que piquante.

Dès lors, d’autres chroniques recensant notre découverte du catalogue de Denis Levaillant sont envisagées. À suivre !


Pour entendre l’intégralité du disque gratuitement, c’est ici.
Pour découvrir nos dix notules sur le compositeur, c’est çà.

Pour commander le disque contre 15 €, port compris, c’est .

Yann Guillarme, « Libre », L’Européen (Paris 17), 6 mars 2026

Florilège de l’affiche

Yann Guillarme ne le sait pas, mais il va affronter sinon le plus gros défi de sa carrière, du moins le plus con. Naguère, j’ai acheté mon billet pour le voir afin de rire alors que, pour des raisons qui n’ont pas à être exposées ici comme on étale ses lettres au Scrabble, ce 6 mars 2026, pas du tout envie de marrade. Vas-y, mon pote, débrouille-toi avec ça ! Autant dire que cette chronique est biaisée, un peu comme si tu invites quelqu’un à tenter de battre le record du monde du 100 mètres avec Gérard Larcher (et ses fauteuils à 40 000 balluches, l’enflure) sur le dos. Mais c’est notre liberté à nous de placer la barre très haut, ne serait-ce que pour passer dessous plus aisément – non, elle est pas de nous, celle-là, elle est piquée à Barthélémy Saurel.
La liberté de Yann Guillarme – vu jadis à l’Apollo 90, lui qui blinde aujourd’hui une nouvelle fois un théâtre de 350 places où le stand-up, ultra rentable, a balayé la tradition chanson qui y vibrait jadis – ne va pas jusqu’à tatouer sur son front « les terroristes de Daesh sont des petites pédales », peut-être parce qu’il n’a pas encore le front assez grand ou parce qu’il serait nul à la bagarre, surtout face à une Kalash. Elle consiste plutôt, entre autres facettes,

  • à revendiquer une grosse dose de vulgarité dans un monde prude,
  • à marteler qu’il a été bisexuel avant de se mettre en couple avec « la même nana » depuis vingt ans (voire après),
  • à faire de la fellation le principal sujet ou, du moins, gimmick de la soirée, jusqu’au : « Brad Pitt, s’il arrive torse nu, toutes les femmes veulent le sucer. Moi aussi. Même s’il n’est pas torse nu. Même si c’est pas Brad Pitt »,
  • à admettre, selon son sketch bien rentabilisé, qu’il est mi-gros vu qu’il aime bien bouffer (mais c’est plus facile d’inciter à sucer, assure-t-il, en foutant de la chantilly sur son zguègue qu’en l’agrémentant d’un céleri, même quand tu as choisi une vegan comme aspiratrice),
  • à expliquer qu’il DÉTESTE LES CYCLISTES tout en coursant les keufs grillant un feu rouge sur sa trottinette électrique (« c’est pas moi qui l’ai achetée ») alors même que son échelle de Richter à lui, c’est l’Argus,
  • à affirmer qu’il est surtout de gauche mais parfois de droite, ça dépend s’il faut manger du bœuf de Kobé ou de Lidl,
  • à reconnaître qu’il déteste les fêtes foraines à la fois parce qu’il n’aime pas les manèges à sensation aux conditions de sécurité douteuses à cause de Jojo Lopez et des siens, et parce qu’il y découvre que son fils, sa bataille, est trop con pour appuyer sur un bouton qui permettrait à son avion de décoller et à lui d’attraper la queue de Mickey (le père, lui, finira avec, dans la bouche la queue de Mickey, le patron du manège),
  • à inculquer la politesse à son gamin tout en lui offrant l’image d’un connard sanguin qui connaît les codes de survie à Paris,
  • à adoooorer l’impro tout en revendiquant être nul dans l’exercice (« par exemple, tu t’appelles comment ? Fred ? Voilà »),
  • à claironner que, pour maigrir, faudrait lever le pied et non le coude sur l’alcool, « mais rien que de dire ça, j’suis en manque »,
  • à vouloir rester avec sa femme mais pas au point de ne pas chier en public à cinq heures du matin malgré les menaces de séparation immmmmmmédiate,
  • à respecter le consentement et la liberté du beau sexe mais à reconnaître être habité par Jean-Marc dit Juan Marco, l’animal affamé de chair qui demande à être nourri ou à nourrir « au moins de temps en temps »,
  • à se sentir bien vivant tout en percevant l’haleine d’Alzheimer pas très loin devant lui (« je voudrais que mon fils se souvienne de moi comme celui qui, dans un éclair de lucidité, alors qu’il était alzheimerisé, mettait des low kicks sur le pif des requins de Marineland avec son zguègue »), ou
  • à être audacieux tout en rappelant que CNews, c’est vilain, et le Moyen Âge, c’était chaud pour accoucher ou se faire soigner une dent, même si l’époque avait un avantage : Michel Sardou n’existait pas.

La tension est palpable (belle expression de merde, mais, déjà, on a évité les épithètes façon « ciselé », « jubilatoire » ou « coruscant », alors bon) entre, d’un côté, la pulsion de lâchage qui sied au comédien et à ses multiples voix caractéristiques quand le texte libère l’artiste pour friser l’absurde quitte à défriser les gentils petits censeurs, et, de l’autre côté, la prudence qui l’oblige à rappeler qu’il est du bon côté et connaît les codes

  • (le consentement,
  • les médias autorisés selon les gens de gauche,
  • les épisodes sur la déconstruction des stéréotypes de rôles genrés, etc.).

La peur d’être désigné comme un facho – lui qui émarge pourtant à Canal, gage d’une capacité à se conformer au conformisme, eh oui, à peine dépassé par le totem France Inter – lui impose des gnangnanteries assez attristantes pour quelqu’un qui revendique sa liberté. Ajoutons que le format d’1 h 20 hors bis semble parfois un peu longuet à cause de passages à vide où

  • les blancs s’allongent,
  • les mots de liaison ou de ponctuation du type « voilà » saturent,
  • les gags de la bouteille avec applauses lassent (peut-être faudrait-il introduire plus tard ce pacte de complicité avec le public pour éviter l’impression de rrrrrépétition),
  • les séquences muettes dites « mimées » semblent tenter de dilater le sablier, et
  • les récurrences (la nullité en impro, la succion de teub ou la bisexualité, par exemple) finissent par moins amuser que ffffatiguer – on l’avait dit, le défi de faire hurler de rire un mec qui n’est pas dans le mood était chaud de night.

Néanmoins, prédomine l’évidence

  • d’un savoir-faire dans la façon dont le bonhomme tient son personnage de scène,
  • de l’audace physique dans le choix d’un tout schuss de près de quatre-vingt-dix minutes, encore compris,
  • de la virtuosité vocale dans les différences
    • d’intonation,
    • d’intensité et
    • d’identité proposées (sans compter que le bougre chante très bien, comme il l’avait laissé entendre grâce à l’hymne breton parfois corsifié), et
  • d’une association assumée entre la volonté de faire frémir les belles âmes et le désir impérieux d’être ultra consensuel afin de gagner plus de fric, autre obsession du spectacle qui devrait lui permettre de s’offrir une Rolex afin de remplacer sa Rulex achetée dans un souk.

Cela fonctionne : le gars reste à l’Européen « jusqu’à la rentrée », va passer à deux dates par semaine, et investira la Cigale – presque 1500 spectateurs – le 24 mai. Un dimanche, certes, date moins prestigieuse sauf pour André Rieu et Franck Michael, mais cela correspond bien à son personnage

  • plus rondelet que radioactif, ce qui est bien sa liberté,
  • moins rentre-dedans qu’un Dieudonné quand il avait du talent (et dont on jurerait que Yann Guillarme l’a bien regardé, ce qui ne serait certes pas une infamie),
  • moins inventeur de personnages qu’un Jérôme Commandeur, avec lequel il a d’évidentes similitudes, ce qui est fort réjouissant, et
  • assurément reconnaissable comme, fermement, Yann Guillarme, ce qui est heureux – signalons que le zozo est assez aimable pour venir à la rencontre des spectateurs sitôt le show fini, selon une tradition désormais bien établie par Arnaud Tsamère mais fort impressionnante quand on subodore l’énergie dépensée juste avant donc, en l’espèce, et c’est bien sain, l’urgence d’aller suçoter une verveine menthe à la Clichy’s Tavern.

L’autre envol du bourdon

Bertrand Ferrier et Pierre-Marie Bonafos à Notre-Dame de Compassion (Paris 17) pour la première parisienne de « Et si l’on danse ? », le 15 février 2026. Photo : Marcelle Martin.

Il est fréquent que, entre musiciens, on se challenge plutôt qu’on ne se défie, cherchant la faille de l’autre donc le moment ad hoc pour lâcher : « Alors je sais pas si c’est toi ou moi, mais j’ai l’impression que l’on n’était pas ensemble entre les mesures 2 et 1756, on peut reprendre à la mesure 252 ? » Mesure 252 où, tout à fait par hasard, l’adversaire-partenaire a un trait monstrueux à mettre en place (donc celui qui ne doit jouer qu’un gros ploum lâche doucereusement : « On peut reprendre ? Toi, c’était très bien, je crois, mais j’ai l’impression que peut-être je n’étais pas très, très net »).
J’ai vécu une telle expérience avec Pierre-Marie Bonafos, qui n’a pas hésité à me soumettre une partition où la virtuosité organistique le disputait à l’excellence artistique pendant que le sax se la coulait douce. Qu’importe ! N’en déplaise au monsieur avec un bonnet, je ne crois pas m’en être si mal sorti que ça.

 

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Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 7/10

Première de couverture

La dernière partie du premier disque construisant un florilège de Lucie Vellère rassemble onze mélodies enfantines avec piano. Les Petites histoires, composées en 1949, intercalent des textes de stars de la poésie et des quasi inconnus par le truchement d’un chœur de femmes durant entre trente-cinq et cent soixante-dix-neuf secondes.
À l’unisson, « Simone, allons au verger » invite via Rémy de Gourmont à dire aux pommiers, avec une équivoque coquinement post-édénique, « voici la saison des pommes », autrement dit : en voiture, Simone. Toujours unissonnée, « La neige tombe », sur un texte de Jean Richepin, se demande qui, cette nuit, plume la lune sur un piano concentré dans les aigus. S’ouvrant à plusieurs voix, « Cavalier à la fontaine », sur un texte de Jean Moréas, raconte ce « noir cheval blanc » de poussière qui, avec son maître, s’arrête boire un coup.
De Paul Verlaine, la compositrice choisit « Dame souris »  pour inciter les paresseux (pas forcément les mammifères arboricoles) à se lever avec le petit jour, au rythme d’un piano dynamique. « Petite fée » de Gabriel Vicaire narre la micro-histoire d’une fée « légère comme une bergère » car « toute jeune encore » mais, déjà, la robe « entr’ouverte ». Enfin, « Odelette » de Madeleine Ley chante une toile d’araignée, cette « échelle exquise » qui « tremble dans le vent ». S’il est difficile de s’extasier devant le résultat dans le cadre de l’écoute d’un disque, ce snobisme n’obère pas l’évidence :

  • l’écriture est fine,
  • l’exécution est délicate,
  • l’accompagnement est attentionné,
  • les harmonies sont joliment tournées, bref,
  • l’ensemble est charmant,

et l’on apprécie que le mixage de Manuel Mohino laisse la place aux points d’orgue et aux silences musicaux qui prolongent la musique.

 

 

Dernier cycle, les Chansons enfantines musiquent, entre 1959 et 1964, soit quand la mort s’approche à pas de loup de la compositrice, cinq poèmes de Maurice Carême. Sur une musique martiale, « Les soldats du roi » confond avec amusement soldats de plomb et jeu de domino pouvant entraîner la chute du monarque. Dans un contexte circassien donc triste, « L’éléphant » laisse entendre sur une walking bass l’étonnement d’un enfant voyant un pachyderme sans roulettes contrairement à celui que saint Nicolas lui a offert. « On ne danse plus en rond » remotive les chansons traditionnelles, façon « La route des quatre chansons » de Georges Brassens (enregistrée six ans après la publication des poèmes).

  • La marjolaine est remplacée par la verveine,
  • l’on rêve des « singapours lointaines »,
  • les poissons finissent par rire à perdre haleine, et
  • la musique légère incite à l’insouciance.

Par opposition, « L’orphelin » est l’histoire triste d’un canard que seul « le bon brouillard prend dans son foulard ». À raison, les riches harmonies vellériennes n’incitent pas à s’en réjouir en dépit de l’optimiste tierce picarde finale. « Comme ça » raconte la certitude du poète d’être plus léger que

  • l’écureuil,
  • le vent et
  • le soleil,

au point de pouvoir attacher aux étoiles son hamac pour se balancer « jusqu’au-dessus de la France / comme ça ».

 

 

La musique

  • balance,
  • tangue,
  • s’alanguit doucement,

puis la reprise fragmente l’unisson pour donner de l’ampleur à cette rêverie. Les femmes du chœur de Namur, placées sous la direction de Thibaut Lenaerts et fort bien serties dans le piano de Philippe Riga, chantent

  • juste,
  • frais et
  • pimpant.

Un pédant jugerait que tout ce que contient ce passionnant premier disque n’est pas essentiel. Qu’il se réjouisse de sa sottise : la musique n’est pas que l’essentiel, quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme. Elle est surtout ce qui permet à l’auditeur

  • de s’envoler,
  • d’élargir son esprit fût-ce l’espace d’un vertige, et
  • de se libérer par petits fragments et pour une illusion aussi microscopique qu’enivrante de la pesanteur du monde.

Le talent de Lucie Vellère et la capacité de son florilège à brasser large et qualitatif convainquent que la compositrice ne vaut pas seulement de susciter l’intérêt parce qu’elle est femme (haaaaa ! le créneau des compositrices, haaaaa !) et wallonne, carrément pas. Sa musique pour piano, confiée à Thérèse Malengreau, abondera-t-elle cette intuition ? Nous le questionnerons dans de prochaines notules. À suivre, donc !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple .

Denis Levaillant, « Passions » (DLM) – 2/3

Première de couverture

Inventé en 1984, « Les pierres noires » est le deuxième des cycles proposés par Denis Levaillant dans le cadre de son disque rassemblant trois « œuvres vocales de concert ». Le texte se revendique

  • escarpé,
  • polyglotte et
  • fondé sur des effets
    • d’écho,
    • de collage et
    • de décalage,

entre ciel jaune et pierres noires. En une grosse dizaine de minutes, Denis Levaillant propose sept explosions qui interrogent

  • le regard,
  • la parole et
  • l’intelligibilité du monde.

Émergeant d’une syllabe grave, la pièce mêle

  • les vers,
  • les langues et
  • les registres.

Dans cette ébullition intriguée,

  • les consonnes fusent,
  • les voyelles se diffractent,
  • le verbe se tord et
  • la musique, par-delà un bruit parasite assumé, interroge les contours
    • de l’harmonie,
    • du sens et
    • des possibles.

Un « pâle enfant d’inquiète aurore » peine à se raccrocher aux épithètes.

  • L’italien,
  • l’allemand,
  • l’anglais,
  • le français et
  • un mélange
    • de chuchotement,
    • de chant et
    • de cri

malaxent les idiolectes de l’imaginaire en fragmentant l’évidence de la grammaire. La pâte musicale abandonne toute espérance de sérier le réel pour l’ordonner et le rendre perceptible. Dans l’écriture de Denis Levaillant, il semble que la sensation et l’émotion sans médiation priment.

 

 

Le compositeur semble nous inviter à un lâcher-prise que « D’un temps lointain » encourage également.

  • Itérations,
  • confusions des langues et
  • libération des phonèmes sur un spectre de registres maximal

libèrent la musique de la gangue sclérosante de la linguistique, chantant un nouveau « beginning » sans que l’on sache in fine « qui parle » des pierres noires en particulier, mais qui parle en général itou. Par

  • sa précision,
  • son expressivité et
  • la virtuosité technique de ses registres extrêmes (on ignore pourquoi la première soprano est nommée… et non le dernier des basses profondes !),

le chœur de Radio-France placé sous la direction de Michel Tranchant et capté par Madeleine Sola il y a quarante-deux ans semble particulièrement investi voire motivé par l’énigmaticité d’une partition bien plus vibrante qu’abstraite. « Qui parle d’elles » entame le retour vers

  • l’essentiel donc
  • l’insaisissable et
  • le désir aiguillonné de saisir,

avec quatre pièces dont la durée se rétracte au fur et à mesure. Le langage se dissout dans une musicalité

  • irradiée,
  • parlante malgré la dissolution des sèmes,
  • glissante et
  • contrastée.

 

 

« Un jour la liesse »

  • interroge l’unisson,
  • le dilapide,
  • en déploie les restes éclatés, et
  • s’épuise dans de longs sifflements abandonnés.

« In my dreams » où une mystérieuse personnagette « sings in my dreams »

  • refuse le confort d’une harmonie planante,
  • secoue l’iridescence des sons qui s’épanouissent puis s’effacent, et
  • laisse apparaître puis disparaître une joie inquiétante de Pierrot qu’un suraigu dissipe définitivement.

Par la magie de l’onirisme, la langue aussi requiescat in pace dans une dernière danse de « Peace », mouvement extatique et suspendu, précieux pour nous mettre en attente du troisième et dernier volet, « Sunny Cash Passion », qui fera l’objet d’une notule presque bientôt, peut-être.

 


Pour entendre l’intégralité du disque gratuitement, c’est ici.
Pour commander le disque contre 15 €, port compris, c’est .

Petits papiers – 3

« Non, le macronisme n’est pas une gerbance », niveau expert.

Je, petite princesse, souffre sans vergogne, niveau élite.

 

Ah, merde, on n’y avait pas pensé, niveau je-sers-à-rien helvétique.

 

Aïe. La guigne, en somme.

 

Pleurons. Les farceurs de l’amour habitent un plus de 100 mètres carrés, dit l’article.

 

10 millions d’euros par an pour sponsoriser cette merde qu’est Le Figaro et ses grands reporters engagés.

 

Ha, d’accord. Mais bon, c’est ce que je pensais.

 

Coupons la télévision publique. Et les subventions aux médias complices.

 

Parler français, niveau 2026 by La Machine du Moulin rouge.

 

Les grands groupes de mon cul délivrant du lait chinois au prix exorbitant sont innocents, Bernard l’était pas dans la voiture !

 

Jamais j’aurais pu être entrepreneur. Pas assez sensible à l’attrait de l’art de la prostipute, en tout cas sous ce tuyau.

 

Ah, Patrick.

 

Le mondes est merveilleux, mais Le Figaro, pardon, c’est autre chose.

 

Ah, la diversité du 100 %…

 

Le vivre-ensemble va trop loin.

 

Putain ! C’est la crise ! Arrêtons avec le salaire minimum ! Aucune entreprise européenne ne peut plus employer qui que ce soit ! Vous voulez qu’elles aillent toutes en Chine ou bien ?

 

La femme Le Figaro, une leçon de vie, sans doute, si cet immondice n’était pas financé par nos impôts.

 

L’info, la classe, l’âgisme.

 

L’expertise non experte des experts, c’est foufou et non-foufou.

 

Merde chiée par la bouche, niveau CIO.

 

Quand le chauvinisme fake est un moyen de faire du fric et de récupérer des subventions, niveau L’Équipe.

 

Quand t’es une pauvre merde de privilégiée qui chougne pour passer pour une victime et vendre, par la grâce d’un média soumis, un livre que personne n’achètera.

 

Quand, à force, tu te rends même plus compte de ce que t’écris en érigeant les ultrapollueurs en protecteurs de l’environnement déconfits.

 

Dont c’est un sujet. Mais oui. Changez le stagiaire IA de vague francophonisme.

 

« Faut vraiment qu’on mette un non ? »

 

Fallait-il que papa eût des doss pour qu’il imposât une série Arte avec un pitch de cette envergure.

 

Contrat à la française. Juste une question : combien de subventions et de frais pour cet exploit ?

 

Le monde d’amour autour de nous est sourd, bien entendu.

 

J’ai versé une larmichette. Puis je me suis souvenu pourquoi l’article était réservé aux abonnés du Dassault Système.

 

Aïe, Dassault n’est pas content. On en est plutôt heureux, mais pas lui, je crois.

 

Il ne faudra jamais oublier cette ordure qui n’utilisera tout autant jamais le 49.3.

 

Tout va trop vite, selon la hiérarchisation de l’actualité du Figaro.

 

Un remboursement exemplaire, jeune mais imminent, on imagine (chez les hypocrites).

 

C’est vrai que je cherche à ce que les gens achètent des billets pour mon prochain concert. Mais j’arrive trop tard dans l’indignité, je le crains.

 

La modernité selon Le Figaro. Achetée par un notable au cul bordé de nouilles parce que ses ascendants ont exploité le peuple, ignorante des réalités du pays puisque vivant loin des problèmes, bref, parfaite pour diriger un monde dont, concrètement, elle ne connaît rien. Même pas honte, la presse française, c’est ça ce qui est beau.

 

Pourquoi il faut arrêter de dépenser des sous dans cette farce qu’est l’ONU. Et pas que pour l’écriture débile qu’utilise cette déjection qu’est Le Figaro, évidemment.

 

À suivre, hélas.

Charlotte Grenat aime le bon

Charlotte Grenat le 6 février 2026 au théâtre Stéphane Gildas (Paris 13). Photo : Rozenn Douerin.

Elle souhaite vivre « l’instant présent », titre de son nouveau disque, disponible sous pas mal de formats, c’est dire sa modernité, avec un objectif : savourer ce qui est sapide et partager ses salivations avec les curieux.

  • Chanteuse de rue vestimentairement,
  • vocaliste capable d’être virtuose sous sa casquette prolo – mais pimpée – de Titi,
  • ACI blanchie sous le harnais,

celle qui se laisse parfois posséder par son personnage de mademoiselle Maya, comme ce sera le cas cet été à Avignon, avait convoqué presque le grand plumier pour le concert qui lançait son album au théâtre souterrain mais convivial Stéphane Gildas (Paris 13). Pour ce titre d’incipit, en sus de votre serviteur, obligé de jouer des accords pathologiques du type Ebm7, Sébastyén Defiolle et Yvan Sarfati étaient de l’aventure et se retrouvaient chargés d’envoyer le pâté. Selon certains, ils auraient lâché : « Ah, c’qu’c’était bon ! »

 

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 6/10

Quatrième de couverture

« Vif » est le dernier mouvement du quatrième quatuor à cordes de Lucie Vellère, dont nous avons entamé l’écoute ici. Composée en mai 1962, l’œuvre est restituée par le Sonoro Quartet et insérée dans le florilège proposé par Musique en Wallonie.

  • Violon 1 virevoltant sur des pulsations pizzicato,
  • dialogues rythmés par le violoncelle,
  • délicates transitions vers des sections plus langoureuses mais non moins susceptibles de changements d’intensité :

on redécolle avec plaisir sur les ailes de la découverte, d’autant que la compositrice maîtrise l’association entre cyclothymie ravivant l’intérêt et cohérence du propos grâce à des structures reconnaissables, telle l’alternance motorique entre violon 1 et violoncelle. Le Sonoro Quartet soigne

  • les contrastes,
  • les caractérisations et
  • les dynamiques.

Lucie Vellère pimente son récit par

  • des harmonies réjouissantes,
  • des suspensions habiles et
  • une capacité à transformer le ressassement en ressort créatif sur presque sept minutes,

laissant circuler la parole entre les quatre instruments jusqu’à donner l’impression d’une conversation avec

  • ses unanimités,
  • ses moments d’écoute et
  • ses controverses

jusqu’à l’au revoir amusant qui clôt la partition.

 

 

Le florilège confronte ce quatuor çà un « Air de Syrinx pour chœur a cappella de quatre voix de femmes » sur un texte de Paul Claudel, griffonné en 1957 par Lucie Vellère. On connaît l’histoire :

  • Syrinx, la nymphe, s’est transformée en roseaux pour fuir le dieu Pan qu’elle ne cessait d’aguicher ;
  • celui-ci, frustré, a défoncé les roseaux puis découvert leurs propriétés musicales ;
  • ainsi naquit la flûte sans laquelle le condor passerait moins bien : d’une nymphe ratiboisée.

Dans le poème de Paul Claudel, Syrinx se goberge de la nature et en profite pour reprendre son jeu préféré – appeler le vieux Pan pour lui échapper. La compositrice se sert des vers libres à sa disposition pour lier en bottes

  • balancement rythmique,
  • cahots syncopés et
  • surgissements expressifs souvent attendus
    • (graves pour évoquer « l’ombre »,
    • aigus pour évoquer « l’aigu »,
    • montant ou descendant selon les mouvements décrits par la narratrice, etc.).

Les douze artistes du Chœur de Namur réunies pour cette aventure sont à leur affaire. Elles veillent sur

  • l’intensité de l’interprétation,
  • l’intelligibilité du mot et
  • la cohérence de leur ensemble.

On goûte

  • l’insaisissabilité de la partition mimant l’insaisissabilité de la nymphe,
  • la justesse des voix claires et assurées, ainsi que
  • les astuces harmoniques qui paillettent le récit de cette fuite provocante.

De quoi mettre en appétit avant la dernière partie du premier disque, constituée de miniatures pour voix et piano. À suivre !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple .

Yves Henry, musée Jacquemart-André (Paris 8), 15 février 2026 – 3/3

Yves Henry au musée Jacquemart-André (Paris 8), le 15 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.

« Couleur et polyphonie » : c’est presque le thème de la dernière partie du récital d’Yves Henry présentant quelques œuvres-phares des « années Nohant » de Frédéric Chopin. En scène, deux nocturnes et deux valses.
Les nocturnes opus 62 s’ouvrent sur un andante qui, avec un peu d’imagination, marche à tâtons. Le musicien semble d’ailleurs en jouer car il parvient à donner l’impression d’interpréter au gré de son ressenti une musique qui se cherche et se crée en direct. Sa familiarité avec le répertoire pourrait être relâchement ou habitude snob. Au contraire, dans son jeu, on savoure la concaténation de divergences, et hop. Il y a

  • de la souplesse dans son exigence,
  • de la curiosité dans sa maîtrise, et
  • de l’onctuosité dans sa rigueur.

Le second nocturne est un lento qui s’esquisse comme une méditation incertaine. En dépit de l’intériorité de la pièce et, reconnaissons-le, d’une journée précédant le concert qui fut chargée (on jouait deux heures plus tôt un récital d’orgue dans une église presque proche), on s’émoustille devant une interprétation qui rend

  • le rythme habilement indéchiffrable,
  • la perpétuelle reconstitution d’un énoncé souple et, surtout, qualité indispensable pour bien jouer Chopin,
  • l’art étourdissant du piano pour la main gauche accompagnante.

Alors que, au gré d’un regard, l’on s’étonne de l’inconséquence de l’organisateur (le piano, aux sonorités guère ébaubissantes, est doté d’un couvercle entièrement empoussiéré), Yves Henry claque deux valses opus 64 pour saluer son auditoire. Lequel sait que, avec ce professeur pénétré de l’intégrité nécessaire à l’interprète d’icônes de la musique savante, point ne faut s’attendre à

  • des folies,
  • des mouvements d’épaule ou à
  • d’autres rodomontades en plastique.

Comme – révérence parler – Jean-Jacques Goldman quand il a sa guitare à la main, Yves Henry, près de son piano, paraît à l’aise en toutes circonstances publiques, si bien qu’il se fiche comme de colin-tampon – c’est ça, il n’en a rien à battre, mais nous tentâmes de proposer une formulation alternative susceptible de correspondre au registre attendu d’une notule musicale, bien que, par habitude et goût, sans doute, nous ne respections qu’avec circonspection l’horizon d’idiolecte attendu, il nous appartient de le reconnaître tant nous l’assumons – de flanquer le frisson par

  • un tempo improbable,
  • une mine pathétique ou
  • une pédalisation entre floutante et spectaculaire.

Le gars – pardon, le maître – n’a pas besoin de surjouer Chopin, et ça le libère autant que ça libère l’auditoire. Le premier numéro de l’opus se révèle

  • rétif aux caricatures,
  • soucieux de justesse,
  • fondamentalement libre
    • de filer,
    • de se presque stopper et
    • de tourner casaque.

Le second numéro ne se dérobe pas davantage à cette dynamique que permet la fréquentation

  • longue,
  • scientifique,
  • artistique et
  • humaine

d’un catalogue. Avec une énergie que le concert n’a pas entamée, ça

  • tournoie,
  • rebondit et
  • piaffe.

De quoi alimenter un triomphe mérité et méritant, c’est la règle du jeu, un bis – en l’espèce le nocturne posthume en Ut dièse mineur.

  • Méthodique,
  • intelligent et
  • rayonnant,

le récital Chopin d’Yves Henry parvient à séduire les curieux comme les presque-habitués qui savent que ça va être wow mais qui repartent en s’étonnant que ce fût autant wow.
La capacité de l’artiste (qui ne cherche pourtant pas à vendre ses disques, ce qui serait au demeurant fort respectable) à sortir des coulisses pour saluer les spectateurs comme si ce qu’il venait de réaliser était normal n’enlève rien à l’impression formidable qu’il vient de laisser, au contraire. Il semble, et ce sera le scoop de cette dernière notule sur l’événement, qu’Yves Henry soit à la fois un artiste et un humain. Serait-ce possible, alors, ainsi que s’interrogeait une femme richissime aux multiples partenaires médiatiques dont un homme à verticalité réduite en dépit de ses talonnettes ?


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Pour retrouver notre chronique sur 
Les Années Nohant, c’est çà.
Pour retrouver notre entretien avec l’artiste sur les valses de Chopin, c’est .