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Le blog de Bertrand Ferrier, page 22

Irakly Avaliani, Salle Cortot (Paris 17), 9 mars 2026 – 1/3

Irakly Avaliani Ă  la salle Cortot (Paris 17), le 9 mars 2026. Photo : Bertrand Ferrier.

Devant un parterre presque plein (banal pour l’artiste, pas si frĂ©quent pour la salle Cortot), Irakly Avaliani, rĂ©cemment diminuĂ© par une forte fièvre, s’avance avec un de ces coups d’Ă©clat qu’il apprĂ©cie : son copieux rĂ©cital Brahms et Chopin s’ouvre sur… les Variations op. 27 d’Anton Webern. L’Ă©criture radicale secoue l’oreille plus que le clavier tant sa logique interne est Ă  peu près imperceptible Ă  celui qui n’a pas Ă©tudiĂ© la question et compulsĂ© de lourds grimoires de musicologie après avoir Ă©tudiĂ© la musique pendant soixante-dix ans vingt-six heures par jour a minima.
Irakly Avaliani nous fait grĂ¢ce de tout mode d’emploi, Dieu merci : s’il a choisi de jouer – par cÅ“ur, ce qui ne doit pas Ăªtre une mince affaire mĂªme si l’Å“uvre est courte – cette pièce en trois mouvements, c’est sans doute qu’il croit au pouvoir expressif de sa musique. Aussi laisse-t-il l’auditeur l’apprĂ©hender telle qu’il la reçoit et, le cas Ă©chĂ©ant, l’apprivoiser.
Pourtant, ici, rien ne ressortit de l’univocitĂ©. Le musicien

  • fait frĂ©mir l’intranquillitĂ© sous la douceur,
  • prĂ©serve une part du mystère sonore dans les jaillissements,
  • esquisse par son toucher une cohĂ©rence derrière l’apparente destructuration d’un propos.

Fors toute considĂ©ration dodĂ©caphonique, rĂ©servĂ©e aux experts spĂ©cialistes sachants, l’oreille est attirĂ©e par les oxymorons que l’interprète pourrait bien suggĂ©rer : on entend

  • la suggestion dans l’assertif,
  • la tonicitĂ© dans le contraste et
  • la vigueur dans la fragmentation.

Ă€ travers cet avènement d’une musique en vitrail, l’on peut dĂ©guster la prĂ©cision

  • des durĂ©es,
  • des attaques,
  • de la pĂ©dalisation et
  • des nuances…

ainsi que l’audace d’ouvrir un rĂ©cital Radio Classique compatible par cette musique non-consonante. En effet, avant une seconde partie Chopin, qui fera l’objet des deux prochaines notules, s’annonce la solide tĂ©tralogie des Ballades op. 10 de Johannes Brahms – un cycle dit « de jeunesse », donc, que le storytelling enveloppe de rose people en rappelant que Brahms Ă©crit ces quatre pièces alors qu’il en pince pour la femme de son protecteur, madame Clara Schumann en personne, mĂªme si cela ne nous regarde pas. Bah, un peu de gossip affriolant ne fait jamais de mal… ou presque. Dans l’andante en rĂ© mineur, Irakly Avaliani sĂ©duit par sa capacitĂ© Ă 

  • poser le son pour le suspendre,
  • valoriser la couleur de chaque registre en les agençant plutĂ´t qu’en les opposant, et
  • monter un long crescendo sans se priver de l’orgasme des fortissimi puissants : subtilitĂ©, oui oui, bourrinage de l’exutoire aussi !

Dans l’andante en RĂ©, l’interprète se laisse aller – et il a bien raison, autant que nous en puissions juger – au plaisir

  • de faire miroiter les nuances de demi-teinte,
  • d’utiliser le potentiel percussif du Kawai mis Ă  sa disposition,
  • de faire grĂ©siller la dissonance qui ragaillardit l’Ă©coute, et
  • de prĂ©server tant le cĂ´tĂ© taquin car imprĂ©visible d’une ballade folĂ¢trant jusqu’Ă  friser la concatĂ©nation rhapsodique, et hop, que la capacitĂ© de surprise qui rĂ©side dans des mutations de motifs abouchĂ©es par des tuilages particulièrement soignĂ©s.

L’intermezzo en si mineur, la plus brève des quatre ballades, Ă©voque l’urgence et le dĂ©sir – les dĂ©sirs, mĂªme, ceux

  • de vivacitĂ©,
  • d’impulsivitĂ©,
  • de voltes-faces thymiques et
  • d’Ă©nergie qui se dĂ©goupille.

L’andante con moto en Si dure deux fois plus que son prĂ©dĂ©cesseur. « Con moto », cela ne veut dire ni avec un deux-roues (je sais, mais pas pu m’en empĂªcher) ni en prĂ©cipitant les choses, ce qui ne serait guère la patte avalianienne. Ă€ l’agitation, l’artiste rĂ©fère la motricitĂ© du clapotement dont il inonde le clavier. Le voici qui peint un paysage paisible puis tourne casaque et impulse une nouvelle dynamique. NĂ©anmoins, tout paraĂ®t pensĂ© autant que ressenti. Le colosse septuagĂ©naire confirme sa capacitĂ©

  • de mĂ©ditation,
  • de contemplation et
  • d’intĂ©riorisation.

Elle lui permet de rendre raison d’un Brahms

  • grave,
  • presque minimaliste et, as far as we are concerned,
  • fort mĂ©connu.

La première partie confirme la haute opinion qu’Irakly Avaliani a de la musique et de son devoir. Nulle recherche

  • de sĂ©duction,
  • de brio ni
  • de clinquant.

L’homme offre Ă  ses auditeurs d’Ă©couter de la musique, simplement. La dernière note avalĂ©e, notre voisine nous glisse que plusieurs de ses amis se prĂ©parent Ă  aller Ă©couter Ă  la Philharmonie de Berlin un pianiste dont elle a oubliĂ© le nom. Cellulaire en main, elle le retrouve : c’est Sofiane Pamart. RĂ©sumons la chose en disant qu’Irakly Avaliani est l’anti-Sofiane Pamart. Ă€ lui de le confirmer après l’entracte, lors d’une seconde partie 100 % Chopin. Ă€ suivre !


Pour retrouver nos 56 – oui, 56 – chroniques prĂ©cĂ©dentes sur Irakly Avaliani, c’est ici.

Et si l’on danse Ă  Saint-Marcel ?

Florilège de l’affiche

Ce mercredi, Ă  20 h, en l’Ă©glise Saint-Marcel (Paris 13), nouvelle Ă©dition du projet « Et si l’on danse ? » dans sa grande version : avec orgue et piano et saxophone. Pourtant, danser dans une Ă©glise, qui plus est en temps de CarĂªme, sera-ce pas un blasphème ?

1.
Le concept

Imaginer cela serait contredire toute l’Écriture ou presque ! Le livre de Samuel, en son sixième chapitre, l’affirme dĂ©finitivement. L’on se souvient de ces versets oĂ¹ David fĂªte la bĂ©nĂ©diction de sa maison en « tournoyant de toutes ses forces devant le Seigneur », Ă  peine « ceint d’un Ă©phod de lin ». Ă€ Mical, descendante de son rival, qui s’offusquait après qu’il a exhibĂ© sa nuditĂ©, il a rĂ©torquĂ© que, en dansant devant l’Éternel, il avait brillĂ© aux yeux des servantes ; et, est-il prĂ©cisĂ©, « Mical, fille de SaĂ¼l, n’eut point d’enfants jusqu’au jour de sa mort », na. Ainsi ce passage vĂ©tĂ©rotestamentaire incite-t-il Ă  danser pour saluer la vie, rendre grĂ¢ce et acclamer son Dieu, mĂªme quand les ennemis agonisent encore et que les animaux sacrifiĂ©s se vident de leur sang…
Point de sang ni de nuditĂ© Ă  craindre ou espĂ©rer, ce jour, mais une musique qui interroge ce possible : que se passe-t-il si l’on danse, pour prier Dieu ou parce que l’on sent que quelque chose de plus diffus, presque ineffable, nous habite, et que l’on souhaite l’exprimer au-delĂ  ou en deçà des mots ? Que se passe-t-il si l’on danse sur des musiques officiellement appelĂ©es « danses » et exigeant des pas rĂ©glĂ©s par la convention afin d’unir les danseurs en gĂ©nĂ©ral et les humains en particulier ? Que se passe-t-il si l’on danse en son cÅ“ur en entendant des musiques sacrĂ©es ou profanes qui semblent intimer au corps ou Ă  lâ€™Ă¢me l’ordre de se mouvoir, avec urgence ou recueillement ? Et que se passe-t-il si l’on danse vraiment, en chorĂ©graphiant une musique joyeuse, fantasque ou Ă©vanescente ?
Face Ă  un monde habitĂ© par des ombres inquiĂ©tantes, ce rĂ©cital ne cherche pas Ă  apporter des rĂ©ponses dĂ©finitives mais Ă  poser ce genre de questions. Ouvrir des possibles, surprendre pour rĂ©veiller, rĂ©jouir pour transcender, c’est presque dissiper l’inquiĂ©tude de Madeleine DelbrĂªl, Ă©crivant Ă  Dieu que

nous oublions la musique de votre esprit et faisons de notre vie un exercice de gymnastique. Nous oublions que, dans vos bras, [la musique de votre esprit] se danse, que votre Sainte VolontĂ© est d’une inconcevable fantaisie, et qu’il n’est de monotonie et d’ennui que pour les vieilles Ă¢mes qui font tapisserie dans le bal joyeux de votre amour.
(« Bal de l’obéissance », in : Nous autres, gens des rues, Le Seuil [1966], « Livre de vie », 1995, p. 82)

En avant pour la danse et la joie et l’amour, avec ce nouvel extrait inédit de la première du projet à Marseille !

 

 

2.
Le programme

Première partie | 33’
Orgue et saxophone

Franz Schubert (1797-1828)
Deutscher mit zwei Ländler [Première danse allemande et deux trios] D 618 (1818)
Arr. : Pierre-Marie Bonafos | 6’

Pat Metheny (né en 1954)
Farmer’s Trust [La confiance de l’agriculteur] (1983) | 4’

Michel Corrette (1707-1795)
Magnificat du 5ème ton (1750) | Arr. : Pierre-Marie Bonafos et Bertrand Ferrier | 15’
Plein jeu [ouverture du bal]
Duo [menuet]
Basse de trompette [danse villageoise]
Musette
Tambourin
Grand jeu [méli-mélo final]

Maurice Faillenot (1920-2010)
Danse fantasque (2000) | 4’

Pierre-Marie Bonafos (né en 1957)
Bourdon en Do | 4’

Seconde partie | 32’
Piano et saxophone

Tylman Susato (1510-1570)
Suite de danseryes | Arr. : Pierre-Marie Bonafos | 8’

AntĂ´nio Carlos Jobim (1927-1994)
Luiza (1981) | Arr. et improvisation : Pierre-Marie Bonafos | 4’

Jean Langlais (1907-1991)
Suite de sept danses tirées des Pièces pour trompette et orgue ou piano (1987) | 20’
Ronde (n°1)
Tarentelle (n°2)
Bourrée (n°3)
Valse intranquille (n°4)
Gigue lente et son interlude (n° 6)
Farandole enfantine (n°7)
Cavalcade (n°8)

3.
L’affiche

Denis Levaillant, « Passions » (DLM) – 3/3

Première de couverture

La dernière des passions proposĂ©es par Denis Levaillant rend hommage au cash, au fric, au flouze et Ă  la moulaga. Extrait de son opĂ©ra OPA Mia, Sunny Cash Passion se dĂ©ploie sur un petit quart d’heure et sept mouvements (le listing des pistes finit par bĂ©gayer sur la pochette…), dont les deux premiers constituent la moitiĂ© d’une Å“uvre oĂ¹ l’Ă©lectronique a son mot Ă  dire.
Dans un brouhaha qui monte, se profile le champ lexical

  • du cash,
  • du dĂ©sir qu’il Ă©veille et
  • de la confusion qu’il suscite dans les esprits qu’il contamine voire grignote.

La musique est

  • explosion,
  • registres extrĂªmes,
  • expressivitĂ© plutĂ´t que linĂ©aritĂ©.

Nulle dynamique diĂ©gĂ©tique, ici, mais l’universalitĂ© Ă©tale de l’attractivitĂ© du pognon et de la folie que ce dĂ©licieux petit diable peut inspirer.

  • Tenues Ă©clatantes,
  • Ă©chos dĂ©formĂ©s,
  • bribes monosyllabiques et
  • loops obsessionnelles

peignent sur les murs de nos oreilles donc de notre esprit le sang de l’argent qui danse, danse, danse (le prĂ©dicat concluait la passion des Pierres noires).

 

 

MĂªme confusion dans le deuxième Ă©pisode chantant « Le soleil ». Du brouhaha n’Ă©mergent pas les voix, cette fois : elles restent empĂªtrĂ©es dans un brouillard mental que traversent de ces fusĂ©es insignifiantes mais pĂ©tries du besoin de comprendre l’argent comme on en peut ouĂ¯r voire jouir en sĂ©lectionnant BFM Business sur quelque poste Ă  galène. Denis Levaillant travaille

  • l’Ă©tagement des plans sonores,
  • la dĂ©rĂ©liction du sens et
  • l’Ă©clatement des outils classiques de communication
    • (verbe,
    • grammaire,
    • mĂ©lodie et
    • harmonie),

submergés par

  • le flux choral,
  • la science pĂ©remptoire des ignorants et
  • l’atmosphère cauchemardesque – digne des montres molles de Salvador Domingo Felipe Jacinto DalĂ­ i Domènech – qui apparaĂ®t, liquide et gouttelante, quand brouhaha et fusĂ©es sachantes se dissolvent.

Dans ce creuset sombre,

  • fondus,
  • Ă -plats,
  • contrastes et
  • microdĂ©calages

ondulent et animent l’Ă©tonnante tempĂªte solaire.

 

 

Le troisième mouvement, très bref, s’empare d’un continuum entre le parlando et le chant grĂ¢ce auquel le chÅ“ur s’Ă©tonne : « Vous ne savez pas que ? Ah ! » Nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas, sinon que nous ne saurons pas ce que nous ne savons pas – autrement dit, nous ne savons pas, bien vu ! Nous saisit le vertige

  • de la spĂ©cularitĂ©,
  • de la parole vidĂ©e de sa fonction figuratrice, et
  • du pouvoir fascinant du fragment qui
    • rĂ©veille l’attention,
    • Ă©vite le procĂ©dĂ© et
    • replonge l’auditeur dans le suspense de l’Ă©nigme.

Le quatrième mouvement mime « la rumeur » Ă  bouche plus ou moins fermĂ©e. Des bruits Ă©pars (pages qui se tournent ou effet implĂ©mentĂ©, peu importe)  pimentent le mystère qui transforme le chÅ“ur en instrument mallĂ©able Ă  merci. Cinquième chapitre, « Grand Central » poursuit l’exploration

  • des hachures,
  • des demi-teintes et
  • de la non-communication non-verbale

pour laquelle l’auditeur doit abandonner toute vellĂ©itĂ© de dĂ©cryptage afin de se laisser envelopper et secouer par le son en gĂ©nĂ©ral et les mutations de sonoritĂ©s en particulier.

 

 

Le sixième mouvement, intitulé « Les opérateurs »,

  • fond les sons les uns dans les autres,
  • les fige,
  • les malaxe voire
  • les rĂ©invente.

On s’y dĂ©lecte

  • des frottements harmoniques,
  • de la large palette des registres exigĂ©s et
  • du sens de l’Ă©quilibre que l’ensemble Musicatreize trouve sous la direction de Roland Hayrabedian.

Tout finit en commençant (si, si) pianissimo sur non pas une invitation Ă  la danse mais un commandement de danse qui contraste avec la torpeur dans laquelle nous plonge la vraie vie ici – peut-Ăªtre – symbolisĂ©e par les tenues mouvantes grĂ¢ce auxquelles compositeur et interprètes nous hypnotisent. Sunny Cash Passion apparaĂ®t ainsi d’autant plus prenant que cette Passion putative demeure Ă©nigmatique et s’appuie sur une science de l’Ă©criture chorale assez habile pour paraĂ®tre

  • moins dĂ©monstrative qu’intĂ©riorisĂ©e,
  • moins savante qu’Ă©bouriffante, et
  • moins sombre que piquante.

Dès lors, d’autres chroniques recensant notre dĂ©couverte du catalogue de Denis Levaillant sont envisagĂ©es. Ă€ suivre !


Pour entendre l’intégralité du disque gratuitement, c’est ici.
Pour dĂ©couvrir nos dix notules sur le compositeur, c’est çà.

Pour commander le disque contre 15 €, port compris, c’est là.

Yann Guillarme, « Libre », L’EuropĂ©en (Paris 17), 6 mars 2026

Florilège de l’affiche

Yann Guillarme ne le sait pas, mais il va affronter sinon le plus gros dĂ©fi de sa carrière, du moins le plus con. Naguère, j’ai achetĂ© mon billet pour le voir afin de rire alors que, pour des raisons qui n’ont pas Ă  Ăªtre exposĂ©es ici comme on Ă©tale ses lettres au Scrabble, ce 6 mars 2026, pas du tout envie de marrade. Vas-y, mon pote, dĂ©brouille-toi avec ça ! Autant dire que cette chronique est biaisĂ©e, un peu comme si tu invites quelqu’un Ă  tenter de battre le record du monde du 100 mètres avec GĂ©rard Larcher (et ses fauteuils Ă  40 000 balluches, l’enflure) sur le dos. Mais c’est notre libertĂ© Ă  nous de placer la barre très haut, ne serait-ce que pour passer dessous plus aisĂ©ment – non, elle est pas de nous, celle-lĂ , elle est piquĂ©e Ă  BarthĂ©lĂ©my Saurel.
La libertĂ© de Yann Guillarme – vu jadis Ă  l’Apollo 90, lui qui blinde aujourd’hui une nouvelle fois un thĂ©Ă¢tre de 350 places oĂ¹ le stand-up, ultra rentable, a balayĂ© la tradition chanson qui y vibrait jadis – ne va pas jusqu’Ă  tatouer sur son front « les terroristes de Daesh sont des petites pĂ©dales », peut-Ăªtre parce qu’il n’a pas encore le front assez grand ou parce qu’il serait nul Ă  la bagarre, surtout face Ă  une Kalash. Elle consiste plutĂ´t, entre autres facettes,

  • Ă  revendiquer une grosse dose de vulgaritĂ© dans un monde prude,
  • Ă  marteler qu’il a Ă©tĂ© bisexuel avant de se mettre en couple avec « la mĂªme nana » depuis vingt ans (voire après),
  • Ă  faire de la fellation le principal sujet ou, du moins, gimmick de la soirĂ©e, jusqu’au : « Brad Pitt, s’il arrive torse nu, toutes les femmes veulent le sucer. Moi aussi. MĂªme s’il n’est pas torse nu. MĂªme si c’est pas Brad Pitt »,
  • Ă  admettre, selon son sketch bien rentabilisĂ©, qu’il est mi-gros vu qu’il aime bien bouffer (mais c’est plus facile d’inciter Ă  sucer, assure-t-il, en foutant de la chantilly sur son zguègue qu’en l’agrĂ©mentant d’un cĂ©leri, mĂªme quand tu as choisi une vegan comme aspiratrice),
  • Ă  expliquer qu’il DÉTESTE LES CYCLISTES tout en coursant les keufs grillant un feu rouge sur sa trottinette Ă©lectrique (« c’est pas moi qui l’ai achetĂ©e ») alors mĂªme que son Ă©chelle de Richter Ă  lui, c’est l’Argus,
  • Ă  affirmer qu’il est surtout de gauche mais parfois de droite, ça dĂ©pend s’il faut manger du bÅ“uf de KobĂ© ou de Lidl,
  • Ă  reconnaĂ®tre qu’il dĂ©teste les fĂªtes foraines Ă  la fois parce qu’il n’aime pas les manèges Ă  sensation aux conditions de sĂ©curitĂ© douteuses Ă  cause de Jojo Lopez et des siens, et parce qu’il y dĂ©couvre que son fils, sa bataille, est trop con pour appuyer sur un bouton qui permettrait Ă  son avion de dĂ©coller et Ă  lui d’attraper la queue de Mickey (le père, lui, finira avec, dans la bouche la queue de Mickey, le patron du manège),
  • Ă  inculquer la politesse Ă  son gamin tout en lui offrant l’image d’un connard sanguin qui connaĂ®t les codes de survie Ă  Paris,
  • Ă  adoooorer l’impro tout en revendiquant Ăªtre nul dans l’exercice (« par exemple, tu t’appelles comment ? Fred ? Voilà »),
  • Ă  claironner que, pour maigrir, faudrait lever le pied et non le coude sur l’alcool, « mais rien que de dire ça, j’suis en manque »,
  • Ă  vouloir rester avec sa femme mais pas au point de ne pas chier en public Ă  cinq heures du matin malgrĂ© les menaces de sĂ©paration immmmmmmĂ©diate,
  • Ă  respecter le consentement et la libertĂ© du beau sexe mais Ă  reconnaĂ®tre Ăªtre habitĂ© par Jean-Marc dit Juan Marco, l’animal affamĂ© de chair qui demande Ă  Ăªtre nourri ou Ă  nourrir « au moins de temps en temps »,
  • Ă  se sentir bien vivant tout en percevant l’haleine d’Alzheimer pas très loin devant lui (« je voudrais que mon fils se souvienne de moi comme celui qui, dans un Ă©clair de luciditĂ©, alors qu’il Ă©tait alzheimerisĂ©, mettait des low kicks sur le pif des requins de Marineland avec son zguègue »), ou
  • Ă  Ăªtre audacieux tout en rappelant que CNews, c’est vilain, et le Moyen Ă‚ge, c’Ă©tait chaud pour accoucher ou se faire soigner une dent, mĂªme si l’Ă©poque avait un avantage : Michel Sardou n’existait pas.

La tension est palpable (belle expression de merde, mais, dĂ©jĂ , on a Ă©vitĂ© les Ă©pithètes façon « ciselé », « jubilatoire » ou « coruscant », alors bon) entre, d’un cĂ´tĂ©, la pulsion de lĂ¢chage qui sied au comĂ©dien et Ă  ses multiples voix caractĂ©ristiques quand le texte libère l’artiste pour friser l’absurde quitte Ă  dĂ©friser les gentils petits censeurs, et, de l’autre cĂ´tĂ©, la prudence qui l’oblige Ă  rappeler qu’il est du bon cĂ´tĂ© et connaĂ®t les codes

  • (le consentement,
  • les mĂ©dias autorisĂ©s selon les gens de gauche,
  • les Ă©pisodes sur la dĂ©construction des stĂ©rĂ©otypes de rĂ´les genrĂ©s, etc.).

La peur d’Ăªtre dĂ©signĂ© comme un facho – lui qui Ă©marge pourtant Ă  Canal, gage d’une capacitĂ© Ă  se conformer au conformisme, eh oui, Ă  peine dĂ©passĂ© par le totem France Inter – lui impose des gnangnanteries assez attristantes pour quelqu’un qui revendique sa libertĂ©. Ajoutons que le format d’1 h 20 hors bis semble parfois un peu longuet Ă  cause de passages Ă  vide oĂ¹

  • les blancs s’allongent,
  • les mots de liaison ou de ponctuation du type « voilà » saturent,
  • les gags de la bouteille avec applauses lassent (peut-Ăªtre faudrait-il introduire plus tard ce pacte de complicitĂ© avec le public pour Ă©viter l’impression de rrrrrĂ©pĂ©tition),
  • les sĂ©quences muettes dites « mimĂ©es » semblent tenter de dilater le sablier, et
  • les rĂ©currences (la nullitĂ© en impro, la succion de teub ou la bisexualitĂ©, par exemple) finissent par moins amuser que ffffatiguer – on l’avait dit, le dĂ©fi de faire hurler de rire un mec qui n’est pas dans le mood Ă©tait chaud de night.

NĂ©anmoins, prĂ©domine l’Ă©vidence

  • d’un savoir-faire dans la façon dont le bonhomme tient son personnage de scène,
  • de l’audace physique dans le choix d’un tout schuss de près de quatre-vingt-dix minutes, encore compris,
  • de la virtuositĂ© vocale dans les diffĂ©rences
    • d’intonation,
    • d’intensitĂ© et
    • d’identitĂ© proposĂ©es (sans compter que le bougre chante très bien, comme il l’avait laissĂ© entendre grĂ¢ce Ă  l’hymne breton parfois corsifiĂ©), et
  • d’une association assumĂ©e entre la volontĂ© de faire frĂ©mir les belles Ă¢mes et le dĂ©sir impĂ©rieux d’Ăªtre ultra consensuel afin de gagner plus de fric, autre obsession du spectacle qui devrait lui permettre de s’offrir une Rolex afin de remplacer sa Rulex achetĂ©e dans un souk.

Cela fonctionne : le gars reste Ă  l’EuropĂ©en « jusqu’Ă  la rentrĂ©e », va passer Ă  deux dates par semaine, et investira la Cigale – presque 1500 spectateurs – le 24 mai. Un dimanche, certes, date moins prestigieuse sauf pour AndrĂ© Rieu et Franck Michael, mais cela correspond bien Ă  son personnage

  • plus rondelet que radioactif, ce qui est bien sa libertĂ©,
  • moins rentre-dedans qu’un DieudonnĂ© quand il avait du talent (et dont on jurerait que Yann Guillarme l’a bien regardĂ©, ce qui ne serait certes pas une infamie),
  • moins inventeur de personnages qu’un JĂ©rĂ´me Commandeur, avec lequel il a d’Ă©videntes similitudes, ce qui est fort rĂ©jouissant, et
  • assurĂ©ment reconnaissable comme, fermement, Yann Guillarme, ce qui est heureux – signalons que le zozo est assez aimable pour venir Ă  la rencontre des spectateurs sitĂ´t le show fini, selon une tradition dĂ©sormais bien Ă©tablie par Arnaud Tsamère mais fort impressionnante quand on subodore l’Ă©nergie dĂ©pensĂ©e juste avant donc, en l’espèce, et c’est bien sain, l’urgence d’aller suçoter une verveine menthe Ă  la Clichy’s Tavern.

L’autre envol du bourdon

Bertrand Ferrier et Pierre-Marie Bonafos Ă  Notre-Dame de Compassion (Paris 17) pour la première parisienne de « Et si l’on danse ? », le 15 fĂ©vrier 2026. Photo : Marcelle Martin.

Il est frĂ©quent que, entre musiciens, on se challenge plutĂ´t qu’on ne se dĂ©fie, cherchant la faille de l’autre donc le moment ad hoc pour lĂ¢cher : « Alors je sais pas si c’est toi ou moi, mais j’ai l’impression que l’on n’Ă©tait pas ensemble entre les mesures 2 et 1756, on peut reprendre Ă  la mesure 252 ? » Mesure 252 oĂ¹, tout Ă  fait par hasard, l’adversaire-partenaire a un trait monstrueux Ă  mettre en place (donc celui qui ne doit jouer qu’un gros ploum lĂ¢che doucereusement : « On peut reprendre ? Toi, c’Ă©tait très bien, je crois, mais j’ai l’impression que peut-Ăªtre je n’Ă©tais pas très, très net »).
J’ai vĂ©cu une telle expĂ©rience avec Pierre-Marie Bonafos, qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  me soumettre une partition oĂ¹ la virtuositĂ© organistique le disputait Ă  l’excellence artistique pendant que le sax se la coulait douce. Qu’importe ! N’en dĂ©plaise au monsieur avec un bonnet, je ne crois pas m’en Ăªtre si mal sorti que ça.

 

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 7/10

Première de couverture

La dernière partie du premier disque construisant un florilège de Lucie Vellère rassemble onze mĂ©lodies enfantines avec piano. Les Petites histoires, composĂ©es en 1949, intercalent des textes de stars de la poĂ©sie et des quasi inconnus par le truchement d’un chÅ“ur de femmes durant entre trente-cinq et cent soixante-dix-neuf secondes.
Ă€ l’unisson, « Simone, allons au verger » invite via RĂ©my de Gourmont Ă  dire aux pommiers, avec une Ă©quivoque coquinement post-Ă©dĂ©nique, « voici la saison des pommes », autrement dit : en voiture, Simone. Toujours unissonnĂ©e, « La neige tombe », sur un texte de Jean Richepin, se demande qui, cette nuit, plume la lune sur un piano concentrĂ© dans les aigus. S’ouvrant Ă  plusieurs voix, « Cavalier Ă  la fontaine », sur un texte de Jean MorĂ©as, raconte ce « noir cheval blanc » de poussière qui, avec son maĂ®tre, s’arrĂªte boire un coup.
De Paul Verlaine, la compositrice choisit « Dame souris »  pour inciter les paresseux (pas forcĂ©ment les mammifères arboricoles) Ă  se lever avec le petit jour, au rythme d’un piano dynamique. « Petite fĂ©e » de Gabriel Vicaire narre la micro-histoire d’une fĂ©e « lĂ©gère comme une bergère » car « toute jeune encore » mais, dĂ©jĂ , la robe « entr’ouverte ». Enfin, « Odelette » de Madeleine Ley chante une toile d’araignĂ©e, cette « échelle exquise » qui « tremble dans le vent ». S’il est difficile de s’extasier devant le rĂ©sultat dans le cadre de l’Ă©coute d’un disque, ce snobisme n’obère pas l’Ă©vidence :

  • l’Ă©criture est fine,
  • l’exĂ©cution est dĂ©licate,
  • l’accompagnement est attentionnĂ©,
  • les harmonies sont joliment tournĂ©es, bref,
  • l’ensemble est charmant,

et l’on apprĂ©cie que le mixage de Manuel Mohino laisse la place aux points d’orgue et aux silences musicaux qui prolongent la musique.

 

 

Dernier cycle, les Chansons enfantines musiquent, entre 1959 et 1964, soit quand la mort s’approche Ă  pas de loup de la compositrice, cinq poèmes de Maurice CarĂªme. Sur une musique martiale, « Les soldats du roi » confond avec amusement soldats de plomb et jeu de domino pouvant entraĂ®ner la chute du monarque. Dans un contexte circassien donc triste, « L’Ă©lĂ©phant » laisse entendre sur une walking bass l’Ă©tonnement d’un enfant voyant un pachyderme sans roulettes contrairement Ă  celui que saint Nicolas lui a offert. « On ne danse plus en rond » remotive les chansons traditionnelles, façon « La route des quatre chansons » de Georges Brassens (enregistrĂ©e six ans après la publication des poèmes).

  • La marjolaine est remplacĂ©e par la verveine,
  • l’on rĂªve des « singapours lointaines »,
  • les poissons finissent par rire Ă  perdre haleine, et
  • la musique lĂ©gère incite Ă  l’insouciance.

Par opposition, « L’orphelin » est l’histoire triste d’un canard que seul « le bon brouillard prend dans son foulard ». Ă€ raison, les riches harmonies vellĂ©riennes n’incitent pas Ă  s’en rĂ©jouir en dĂ©pit de l’optimiste tierce picarde finale. « Comme ça » raconte la certitude du poète d’Ăªtre plus lĂ©ger que

  • l’Ă©cureuil,
  • le vent et
  • le soleil,

au point de pouvoir attacher aux Ă©toiles son hamac pour se balancer « jusqu’au-dessus de la France / comme ça ».

 

 

La musique

  • balance,
  • tangue,
  • s’alanguit doucement,

puis la reprise fragmente l’unisson pour donner de l’ampleur Ă  cette rĂªverie. Les femmes du chÅ“ur de Namur, placĂ©es sous la direction de Thibaut Lenaerts et fort bien serties dans le piano de Philippe Riga, chantent

  • juste,
  • frais et
  • pimpant.

Un pĂ©dant jugerait que tout ce que contient ce passionnant premier disque n’est pas essentiel. Qu’il se rĂ©jouisse de sa sottise : la musique n’est pas que l’essentiel, quelle que soit la dĂ©finition que l’on donne Ă  ce terme. Elle est surtout ce qui permet Ă  l’auditeur

  • de s’envoler,
  • d’Ă©largir son esprit fĂ»t-ce l’espace d’un vertige, et
  • de se libĂ©rer par petits fragments et pour une illusion aussi microscopique qu’enivrante de la pesanteur du monde.

Le talent de Lucie Vellère et la capacitĂ© de son florilège Ă  brasser large et qualitatif convainquent que la compositrice ne vaut pas seulement de susciter l’intĂ©rĂªt parce qu’elle est femme (haaaaa ! le crĂ©neau des compositrices, haaaaa !) et wallonne, carrĂ©ment pas. Sa musique pour piano, confiĂ©e Ă  ThĂ©rèse Malengreau, abondera-t-elle cette intuition ? Nous le questionnerons dans de prochaines notules. Ă€ suivre, donc !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple là.

Denis Levaillant, « Passions » (DLM) – 2/3

Première de couverture

InventĂ© en 1984, « Les pierres noires » est le deuxième des cycles proposĂ©s par Denis Levaillant dans le cadre de son disque rassemblant trois « œuvres vocales de concert ». Le texte se revendique

  • escarpĂ©,
  • polyglotte et
  • fondĂ© sur des effets
    • d’Ă©cho,
    • de collage et
    • de dĂ©calage,

entre ciel jaune et pierres noires. En une grosse dizaine de minutes, Denis Levaillant propose sept explosions qui interrogent

  • le regard,
  • la parole et
  • l’intelligibilitĂ© du monde.

Émergeant d’une syllabe grave, la pièce mĂªle

  • les vers,
  • les langues et
  • les registres.

Dans cette ébullition intriguée,

  • les consonnes fusent,
  • les voyelles se diffractent,
  • le verbe se tord et
  • la musique, par-delĂ  un bruit parasite assumĂ©, interroge les contours
    • de l’harmonie,
    • du sens et
    • des possibles.

Un « pĂ¢le enfant d’inquiète aurore » peine Ă  se raccrocher aux Ă©pithètes.

  • L’italien,
  • l’allemand,
  • l’anglais,
  • le français et
  • un mĂ©lange
    • de chuchotement,
    • de chant et
    • de cri

malaxent les idiolectes de l’imaginaire en fragmentant l’Ă©vidence de la grammaire. La pĂ¢te musicale abandonne toute espĂ©rance de sĂ©rier le rĂ©el pour l’ordonner et le rendre perceptible. Dans l’Ă©criture de Denis Levaillant, il semble que la sensation et l’Ă©motion sans mĂ©diation priment.

 

 

Le compositeur semble nous inviter Ă  un lĂ¢cher-prise que « D’un temps lointain » encourage Ă©galement.

  • ItĂ©rations,
  • confusions des langues et
  • libĂ©ration des phonèmes sur un spectre de registres maximal

libèrent la musique de la gangue sclĂ©rosante de la linguistique, chantant un nouveau « beginning » sans que l’on sache in fine « qui parle » des pierres noires en particulier, mais qui parle en gĂ©nĂ©ral itou. Par

  • sa prĂ©cision,
  • son expressivitĂ© et
  • la virtuositĂ© technique de ses registres extrĂªmes (on ignore pourquoi la première soprano est nommĂ©e… et non le dernier des basses profondes !),

le chÅ“ur de Radio-France placĂ© sous la direction de Michel Tranchant et captĂ© par Madeleine Sola il y a quarante-deux ans semble particulièrement investi voire motivĂ© par l’Ă©nigmaticitĂ© d’une partition bien plus vibrante qu’abstraite. « Qui parle d’elles » entame le retour vers

  • l’essentiel donc
  • l’insaisissable et
  • le dĂ©sir aiguillonnĂ© de saisir,

avec quatre pièces dont la durée se rétracte au fur et à mesure. Le langage se dissout dans une musicalité

  • irradiĂ©e,
  • parlante malgrĂ© la dissolution des sèmes,
  • glissante et
  • contrastĂ©e.

 

 

« Un jour la liesse »

  • interroge l’unisson,
  • le dilapide,
  • en dĂ©ploie les restes Ă©clatĂ©s, et
  • s’Ă©puise dans de longs sifflements abandonnĂ©s.

« In my dreams » oĂ¹ une mystĂ©rieuse personnagette « sings in my dreams »

  • refuse le confort d’une harmonie planante,
  • secoue l’iridescence des sons qui s’Ă©panouissent puis s’effacent, et
  • laisse apparaĂ®tre puis disparaĂ®tre une joie inquiĂ©tante de Pierrot qu’un suraigu dissipe dĂ©finitivement.

Par la magie de l’onirisme, la langue aussi requiescat in pace dans une dernière danse de « Peace », mouvement extatique et suspendu, prĂ©cieux pour nous mettre en attente du troisième et dernier volet, « Sunny Cash Passion », qui fera l’objet d’une notule presque bientĂ´t, peut-Ăªtre.

 


Pour entendre l’intégralité du disque gratuitement, c’est ici.
Pour commander le disque contre 15 €, port compris, c’est là.

Petits papiers – 3

« Non, le macronisme n’est pas une gerbance », niveau expert.

Je, petite princesse, souffre sans vergogne, niveau élite.

 

Ah, merde, on n’y avait pas pensĂ©, niveau je-sers-Ă -rien helvĂ©tique.

 

AĂ¯e. La guigne, en somme.

 

Pleurons. Les farceurs de l’amour habitent un plus de 100 mètres carrĂ©s, dit l’article.

 

10 millions d’euros par an pour sponsoriser cette merde qu’est Le Figaro et ses grands reporters engagĂ©s.

 

Ha, d’accord. Mais bon, c’est ce que je pensais.

 

Coupons la télévision publique. Et les subventions aux médias complices.

 

Parler français, niveau 2026 by La Machine du Moulin rouge.

 

Les grands groupes de mon cul dĂ©livrant du lait chinois au prix exorbitant sont innocents, Bernard l’Ă©tait pas dans la voiture !

 

Jamais j’aurais pu Ăªtre entrepreneur. Pas assez sensible Ă  l’attrait de l’art de la prostipute, en tout cas sous ce tuyau.

 

Ah, Patrick.

 

Le mondes est merveilleux, mais Le Figaro, pardon, c’est autre chose.

 

Ah, la diversitĂ© du 100 %…

 

Le vivre-ensemble va trop loin.

 

Putain ! C’est la crise ! ArrĂªtons avec le salaire minimum ! Aucune entreprise europĂ©enne ne peut plus employer qui que ce soit ! Vous voulez qu’elles aillent toutes en Chine ou bien ?

 

La femme Le Figaro, une leçon de vie, sans doute, si cet immondice n’Ă©tait pas financĂ© par nos impĂ´ts.

 

L’info, la classe, l’Ă¢gisme.

 

L’expertise non experte des experts, c’est foufou et non-foufou.

 

Merde chiée par la bouche, niveau CIO.

 

Quand le chauvinisme fake est un moyen de faire du fric et de rĂ©cupĂ©rer des subventions, niveau L’Équipe.

 

Quand t’es une pauvre merde de privilĂ©giĂ©e qui chougne pour passer pour une victime et vendre, par la grĂ¢ce d’un mĂ©dia soumis, un livre que personne n’achètera.

 

Quand, Ă  force, tu te rends mĂªme plus compte de ce que t’Ă©cris en Ă©rigeant les ultrapollueurs en protecteurs de l’environnement dĂ©confits.

 

Dont c’est un sujet. Mais oui. Changez le stagiaire IA de vague francophonisme.

 

« Faut vraiment qu’on mette un non ? »

 

Fallait-il que papa eĂ»t des doss pour qu’il imposĂ¢t une sĂ©rie Arte avec un pitch de cette envergure.

 

Contrat à la française. Juste une question : combien de subventions et de frais pour cet exploit ?

 

Le monde d’amour autour de nous est sourd, bien entendu.

 

J’ai versĂ© une larmichette. Puis je me suis souvenu pourquoi l’article Ă©tait rĂ©servĂ© aux abonnĂ©s du Dassault Système.

 

AĂ¯e, Dassault n’est pas content. On en est plutĂ´t heureux, mais pas lui, je crois.

 

Il ne faudra jamais oublier cette ordure qui n’utilisera tout autant jamais le 49.3.

 

Tout va trop vite, selon la hiĂ©rarchisation de l’actualitĂ© du Figaro.

 

Un remboursement exemplaire, jeune mais imminent, on imagine (chez les hypocrites).

 

C’est vrai que je cherche Ă  ce que les gens achètent des billets pour mon prochain concert. Mais j’arrive trop tard dans l’indignitĂ©, je le crains.

 

La modernitĂ© selon Le Figaro. AchetĂ©e par un notable au cul bordĂ© de nouilles parce que ses ascendants ont exploitĂ© le peuple, ignorante des rĂ©alitĂ©s du pays puisque vivant loin des problèmes, bref, parfaite pour diriger un monde dont, concrètement, elle ne connaĂ®t rien. MĂªme pas honte, la presse française, c’est ça ce qui est beau.

 

Pourquoi il faut arrĂªter de dĂ©penser des sous dans cette farce qu’est l’ONU. Et pas que pour l’Ă©criture dĂ©bile qu’utilise cette dĂ©jection qu’est Le Figaro, Ă©videmment.

 

À suivre, hélas.

Charlotte Grenat aime le bon

Charlotte Grenat le 6 fĂ©vrier 2026 au thĂ©Ă¢tre StĂ©phane Gildas (Paris 13). Photo : Rozenn Douerin.

Elle souhaite vivre « l’instant prĂ©sent », titre de son nouveau disque, disponible sous pas mal de formats, c’est dire sa modernitĂ©, avec un objectif : savourer ce qui est sapide et partager ses salivations avec les curieux.

  • Chanteuse de rue vestimentairement,
  • vocaliste capable d’Ăªtre virtuose sous sa casquette prolo – mais pimpĂ©e – de Titi,
  • ACI blanchie sous le harnais,

celle qui se laisse parfois possĂ©der par son personnage de mademoiselle Maya, comme ce sera le cas cet Ă©tĂ© Ă  Avignon, avait convoquĂ© presque le grand plumier pour le concert qui lançait son album au thĂ©Ă¢tre souterrain mais convivial StĂ©phane Gildas (Paris 13). Pour ce titre d’incipit, en sus de votre serviteur, obligĂ© de jouer des accords pathologiques du type Ebm7, SĂ©bastyĂ©n Defiolle et Yvan Sarfati Ă©taient de l’aventure et se retrouvaient chargĂ©s d’envoyer le pĂ¢tĂ©. Selon certains, ils auraient lĂ¢chĂ© : « Ah, c’qu’c’Ă©tait bon ! »

 

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 6/10

Quatrième de couverture

« Vif » est le dernier mouvement du quatrième quatuor Ă  cordes de Lucie Vellère, dont nous avons entamĂ© l’Ă©coute ici. ComposĂ©e en mai 1962, l’Å“uvre est restituĂ©e par le Sonoro Quartet et insĂ©rĂ©e dans le florilège proposĂ© par Musique en Wallonie.

  • Violon 1 virevoltant sur des pulsations pizzicato,
  • dialogues rythmĂ©s par le violoncelle,
  • dĂ©licates transitions vers des sections plus langoureuses mais non moins susceptibles de changements d’intensitĂ© :

on redĂ©colle avec plaisir sur les ailes de la dĂ©couverte, d’autant que la compositrice maĂ®trise l’association entre cyclothymie ravivant l’intĂ©rĂªt et cohĂ©rence du propos grĂ¢ce Ă  des structures reconnaissables, telle l’alternance motorique entre violon 1 et violoncelle. Le Sonoro Quartet soigne

  • les contrastes,
  • les caractĂ©risations et
  • les dynamiques.

Lucie Vellère pimente son récit par

  • des harmonies rĂ©jouissantes,
  • des suspensions habiles et
  • une capacitĂ© Ă  transformer le ressassement en ressort crĂ©atif sur presque sept minutes,

laissant circuler la parole entre les quatre instruments jusqu’Ă  donner l’impression d’une conversation avec

  • ses unanimitĂ©s,
  • ses moments d’Ă©coute et
  • ses controverses

jusqu’Ă  l’au revoir amusant qui clĂ´t la partition.

 

 

Le florilège confronte ce quatuor çà un « Air de Syrinx pour chÅ“ur a cappella de quatre voix de femmes » sur un texte de Paul Claudel, griffonnĂ© en 1957 par Lucie Vellère. On connaĂ®t l’histoire :

  • Syrinx, la nymphe, s’est transformĂ©e en roseaux pour fuir le dieu Pan qu’elle ne cessait d’aguicher ;
  • celui-ci, frustrĂ©, a dĂ©foncĂ© les roseaux puis dĂ©couvert leurs propriĂ©tĂ©s musicales ;
  • ainsi naquit la flĂ»te sans laquelle le condor passerait moins bien : d’une nymphe ratiboisĂ©e.

Dans le poème de Paul Claudel, Syrinx se goberge de la nature et en profite pour reprendre son jeu prĂ©fĂ©rĂ© – appeler le vieux Pan pour lui Ă©chapper. La compositrice se sert des vers libres Ă  sa disposition pour lier en bottes

  • balancement rythmique,
  • cahots syncopĂ©s et
  • surgissements expressifs souvent attendus
    • (graves pour Ă©voquer « l’ombre »,
    • aigus pour Ă©voquer « l’aigu »,
    • montant ou descendant selon les mouvements dĂ©crits par la narratrice, etc.).

Les douze artistes du ChÅ“ur de Namur rĂ©unies pour cette aventure sont Ă  leur affaire. Elles veillent sur

  • l’intensitĂ© de l’interprĂ©tation,
  • l’intelligibilitĂ© du mot et
  • la cohĂ©rence de leur ensemble.

On goûte

  • l’insaisissabilitĂ© de la partition mimant l’insaisissabilitĂ© de la nymphe,
  • la justesse des voix claires et assurĂ©es, ainsi que
  • les astuces harmoniques qui paillettent le rĂ©cit de cette fuite provocante.

De quoi mettre en appétit avant la dernière partie du premier disque, constituée de miniatures pour voix et piano. À suivre !


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