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Le blog de Bertrand Ferrier, page 20

Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 3/2

Nicolas Horvath, lors de son précédent concert parisien, le 2 avril 2025 à la salle Gaveau (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

Le concert de Nicolas Horvath autour des nocturnes de FrĂ©dĂ©ric Chopin s’Ă©tait habilement terminĂ© en apprivoisant le silence. Il se prolonge « pour l’anniversaire d’Alain » (ni Jehan, ni Albert, juste Alain) par un bouquet d’Ă©tudes de Philip Glass, terrain souventes fois sillonnĂ© de long, en large, en travers et plus si affinitĂ©s par l’interprète. Le premier chapitre installe une rĂ©gularitĂ© qu’il s’obstine Ă  secouer en multipliant

  • dĂ©bordements,
  • ruptures et
  • accents

tout en maintenant la continuitĂ© grĂ¢ce Ă  la dynamique perpĂ©tuelle de la senestre (l’irrĂ©gularitĂ©, contrairement Ă  la rĂ©gularitĂ©, est un contraste). La synthèse vient de la dextre,

  • tantĂ´t Ă  droite,
  • tantĂ´t Ă  gauche,
  • tantĂ´t Ă  gauche et Ă  droite.

Devant son Steinway du soir, Nicolas Horvath anime cette mĂ©canique Ă  la complexitĂ© discrète jusqu’Ă  la doter d’un souffle propre. Le deuxième chapitre, enchaĂ®nĂ©, amplifie le souffle pour restituer

  • la dynamique,
  • le rythme et
  • cette profusion sonore que le musicien parvient cependant Ă  Ă©clairer

sans oublier de se lĂ¢cher, un rien foufou. Le troisième chapitre qui s’aboute bien au prĂ©cĂ©dent conclut l’affaire par – bien sĂ»r – le tube qu’est la sixième Ă©tude prise Ă  un tempo encore plus Ă©nergisant que vif.

  • Les notes rĂ©pĂ©tĂ©es façons balalaĂ¯ka,
  • l’explosivitĂ© des octaves,
  • la fougue des trilles,
  • la virulence des breaks ainsi que
  • la rugositĂ© des dissonances fugaces et fulgurantes :

voilĂ  un coquetèle revigorant Ă  souhait pour affronter la nuit de la vraie vie. Et pourtant…

 

 

Pourtant, selon une tradition très katsarienne, Nicolas Horvath n’a pas jouĂ© son dernier bis. Ă€ la flamboyance de la sixième Ă©tude, il revient proposer un nouveau bouquet – un bouquet de gnossiennes d’Erik Satie, cette fois. Devant nous, le fan d’Alcest qui headbanguait sur la transcription de « Souvenirs d’un autre monde » se rĂ©vèle dĂ©cidĂ©ment Ă©clectique. En entendant le programme, il se frotte les pognes et encourage sa compagne Ă  manifester son enthousiasme. Soucieux d’accompagner son public dans son voyage nocturne, Nicolas Horvath ouvre un premier chapitre dans le cocon duquel

  • habille la nuit qui nous attend,
  • dĂ©joue la froideur des solitudes intĂ©rieures, et
  • dĂ©tricote la rigueur de l’opposition entre son et silence,

clivage thĂ©orique, moins binaire qu’il n’y paraĂ®t, le rĂ©cital l’a joliment rappelĂ©. Au deuxième chapitre,

  • l’Ă©trangetĂ© sporadique de l’harmonie rĂ©conforte,
  • la tranquillitĂ© des arpèges Ă©grenĂ©s rassure, et
  • les appogiatures habilement distillĂ©es effacent la perspective d’une musique-tisane :

quand l’extinction des feux arrivent, la braise ne s’Ă©teint pas toujours aussi sec. Au troisième chapitre,

  • l’obscuritĂ© se dĂ©voile, comme si nos oreilles s’y habituaient pour nous aider Ă  nous y orienter ;
  • le sommeil devient chemin et non station immobile ; et,
  • retrouvant ce rĂ©flexe animal que dĂ©crivait David Hume en dĂ©plorant qu’il encapsulĂ¢t tant la capacitĂ© de rĂ©flexion de l’homme dans la limitation de l’habitude, nous nous persuadons que la fin du jour masque mal, dĂ©sormais, la venue du prochain.

Il n’y a point de hasard si Nicolas Horvath dĂ©cide d’ajouter un codicille Ă  ce testament musical, codicille monumental signĂ© Alexandre Scriabine qui s’appelle « Vers la flamme ». Le morceau est pĂ©rilleux, et pas que techniquement : le compositeur a pĂ©ri peu après y avoir mis une double barre finale, et Vladimir Horowitz est lui aussi dĂ©cĂ©dĂ© peu après l’avoir interprĂ©tĂ©. Le pianiste du soir prend donc ses prĂ©cautions. Il explique n’avoir « pas du tout prĂ©paré » cette pièce mais sentir la nĂ©cessitĂ© de la jouer en souvenance de ses annĂ©es de formation. En effet, avant de l’emporter avec lui un peu partout, « Vers la flamme » est la dernière Å“uvre qu’il a interprĂ©tĂ©e en concert ici en tant qu’Ă©tudiant Ă  l’École normale de musique, donc quand il jouait Ă  domicile.

 

 

Quelques grossiers personnages s’enfuient le plus bruyamment et lentement possible. Sur notre gauche, une connasse continue de faire clapoter son eau dans sa gourde de bobo en buvant Ă  petites gorgĂ©es sonores, puis entreprend de racler le bouchon, façon trigger d’ASMR pour trouducula infatuĂ©e d’elle-mĂªme. Pas le temps d’aller lui foutre sa saloperie lĂ  oĂ¹ l’idĂ©e nous vient de l’introduire, juste de s’irriter car ces impolitesses troublent l’essence mĂªme de la musique qui point. En effet, le 9/8 part du silence ou presque, pas des bruits de pas Ă©lĂ©phantesques ou de la manifestation sans-gĂªne d’une sous-Ă©colo ayant assez ratĂ© sa vie pour tĂ¢cher de gĂ¢cher celle des autres. Ici, le moteur scriabinien est

  • hĂ©sitation,
  • bĂ©gaiement minimal et
  • retenue d’un feu qui couve.

La musique quĂªte son devenir et froufroute comme un lamento ambigu.

  • Attente ou acceptation d’une lĂ©thargie trouble ?
  • Contemplation d’un vide intranquille ou mise en action du feu crĂ©ateur ?
  • Envasement dans la nuit ou prĂ©paration Ă  se saisir des rais du soleil pour en faire ce que le philosophe Jean-Jacques Goldman appelait « un rĂªve plus loin » ?

Peu Ă  peu,

  • la tessiture s’Ă©largit,
  • l’intensitĂ© augmente, et
  • les attaques commencent Ă  pilonner le clavier.

C’est parti !

  • Des escarbilles pĂ©taradent ;
  • le schprountz s’amplifie ;
  • le feu prend ; et
  • la magie opère.

Par-delĂ  le vaste crescendo efficace mais convenu, Nicolas Horvath joue les pyromanes avertis. Il

  • Ă©tage les explosions,
  • organise le chaos et
  • embrase le rythme en sculptant les clusters de rĂ©sonance qui superposent jusqu’Ă  huit notes tenues.

La première heure est arrivĂ©e. La lumière a incendiĂ© les nuits chopiniennes. Le public se lève et offre un triomphe mĂ©ritĂ© Ă  l’homme dans la lumière. Encore une victoire de la musique sur le bruit du monde !


Prochaines dates parisiennes mais pas que à découvrir en bas de page ici.

Petits papiers – 7

Ă€ une Ă©poque (1881), on osait commencer un roman par une histoire de pantoufles et de robe de chambre (incipit du Crime de Sylvestre Bonnard d’Anatole France). Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde oĂ¹ se mĂªleront arithmĂ©tique, capillaritĂ©, Å“nologie, friperie, senteurs, secte, marathon, eau mouillĂ©e, ski bronzĂ©, impunitĂ©, Dallas ou presque, comptabilitĂ©, onomastique, scolarisation des bovins et mĂªme parties communes. Avec, pour commencer sans plus tarder, une question de mathĂ©matique artistique : combien ça fait, « la plupart de nombreux » ?

 

Je crois qu’il faudrait enquĂªter sur la personnalitĂ© de cette enquĂªtrice de personnalitĂ©. Au moins sur ses ch’veux, ça, incontestablement. Il s’est passĂ© quelque chose. Faisons des prĂ©lèvements et envoyons-les au labo, ce s’ra mieux ainsi.

 

J’imagine la rĂ©union de rĂ©dac et ce cri du patron : « Pour toi, coco, j’ai un sujet en or. / – L’Iran ? Le procès de la djihadiste ? Le nouveau scandale de… / – En or, je t’ai dit, ma poule, en or. Tiens, prends ça, tu vas adorer. / – AĂ¯e. »

 

Il manque juste le prix. Du décolleté, de la robe blanche, de la publicité ou du grand reportage. Le prix, en tout cas.

 

– Justement, je vous rappelle rapport au produit offert. C’est combien ?

 

Le parquet Ă©voque quoi ? Mais non, je ne vais pas te frapper, rĂ©pète, j’te dis ! Ha si, peut-Ăªtre je vais te frapper, tu as raison.

 

Je ne dis pas que, malgrĂ© qu’on en ait, chez les Chinois, y a des tarĂ©s aussi. En tout cas, je ne le dis pas fort – c’est inutile, il suffit de les regarder courir un marathon.

 

Le Figaro invente l’eau mouillĂ©e.

 

Les grandes interviouves de L’Équipe.

 

En toute impunité, je crains que ta maîtrise du verbe reste perfectible, jeune péronnelle.

 

La classe Ă  Dallas. Enfin, Ă  Bordeaux, mais bon.

 

De 599 € à 899 €, on a déjà affaire à cent très belles bouboules.

 

Le tueur de la semaine.

 

Moi, ça va, chacun sache que je suis parfaitement normalse, voire plus. Mais les ruraux, pardon, hein.

 

Et sinon, je rĂ©flĂ©chis au mec qui vitupère fĂ©rocement dans les parties communes de l’immeuble. Il doit s’appeler Gilles de la Courette. VoilĂ , c’est tout pour moi, Montreux, merci pour tout et Ă  suivre !

Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 2/2

Retour dans l’univers de Nicolas Horvath, l’homme qui a conçu ce 27 mars un rĂ©cital non-stop tuilant Chopin version tardive et musique contemporaine (sans la caricature qui nous plaĂ®t mais Ă©crase parfois ce syntagme). Ainsi surgissent deux pièces de Denis Levaillant, compositeur avec lequel il entretient une profonde intimitĂ© je prĂ©cise musicale. La première pièce expĂ©die l’auditeur dans le monde du compositeur qui correspond si bien Ă  l’interprète :

  • atmosphère contemplative,
  • tonalitĂ© oscillante,
  • variation de registres et
  • suspensions qui sont autant de suspense

sont au programme. De quoi prĂ©parer l’oreille avant la « Barque sur le Niger », dont le pianiste a annoncĂ© avec humour qu’elle ne lui Ă©tait pas dĂ©diĂ©e mais qu’il la considĂ©rait comme une Å“uvre majeure d’un compositeur prolifique que nous avons grand plaisir Ă  Ă©couter (et c’est pas fini). Pas parce qu’on doit lĂ©cher des pommes, c’est pas le genre de la maison. Juste parce que, simplement, on trouve ça ben correc’, comme diraient nos cousins encore francophones, eux. Ici, l’on savoure l’amusant jeu entre musique programmatique (j’annonce ce que je vais Ă©voquer) et libertĂ© crĂ©ative. GuidĂ©e par l’intitulĂ©, l’oreille savoure

  • le balancement aquatique,
  • la souplesse d’une dextre qui croise volontiers avec la senestre autrement obstinĂ©e, et
  • les sautes thymiques virant au fil de l’eau vers des trilles presque guillerettes.

C’est

  • habile,
  • subtil et
  • diablement malin.

 

Hommage sĂ©rieux Ă  Denis Levaillant, Nicolas Horvath tuile le trajet de la barque avec l’opus 37 n°1 du sieur Chopin qu’il emballe Ă  sa façon :

  • densitĂ© du propos,
  • Ă©nergie puisĂ©e dans les ornements
    • (trilles,
    • appogiatures,
    • mordants),
  • volontĂ© d’avancer qui diffĂ©rencie l’Ă©motion de la mièvrerie.

L’homme qui a abandonnĂ© la veste Ă  paillettes grĂ¢ce Ă  laquelle nous avions pris langue pour un sobre sous-pull noir (mais sa femme, qui avait promu la vĂªture disco, n’est pas lĂ  ce soir, cela peut jouer) claque une partie centrale d’un recueillement Ă  couper le souffle, mĂªme pour ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, ne sont pas hyper, hyper fans de la recueillade. Le nocturne post-chopinique suivant pĂ©tille.

  • Intervalles sautillants,
  • aisance technique qui donne du souffle,
  • respiration centrale qui ouvre l’espace du possible
    • musical,
    • imaginaire et
    • mental

dĂ©gagent Chopin de la poussière qui l’Ă©touffe si souvent. Surgit la spĂ©ciale horvathique qui le lie Ă  la musique dark et spĂ©cifiquement Ă  Alcest, lien de sang musical scellĂ© tantĂ´t Ă  Gaveau, l’Olympia des classicos avant qu’il ne soit repris par des financiers dont il se murmure pis que pendre. La première pièce, Ă©crite pour piano par le chef du groupe, StĂ©phane Paut, propose sans forfanterie une mĂ©lodie Ă  droite sur un balancement rythmique Ă  gauche. C’est inodore comme de la musak de lobby d’hĂ´tel 2,5 Ă©toiles, flux inutile voire agaçant malgrĂ© les efforts

  • de nuance,
  • de phrasĂ© et
  • d’agogique.

Aucun intĂ©rĂªt. La transcription de « Souvenirs d’un autre monde » par l’interprète est d’une autre eau. L’Ă©criture devient vraiment pianistique. Elle

  • investit le clavier,
  • le laisse envahir par la fougue alla Glass quand Philip est inspirĂ©,
  • le secoue de nuances polymorphes.

Autour de nous, deux rĂ©actions radicales. Un rang devant, le quinqua se met quasi à headbanguer et Ă  inciter sa compagne Ă  en faire autant. Notre voisin direct, arrivĂ© avec un joint collĂ© dans ses cheveux (authentique) et tout content qu’une autre spectatrice lui remette entre les pognes, n’est pas loin d’imiter cette excitation naissante. En revanche, au premier rang Ă  jardin, un monsieur très chic en profite pour consulter ses messages et commencer d’y rĂ©pondre. Que voulez-vous, mĂªme avec un beau costume, un gros con reste un gros con. En vrai,

  • les contretemps,
  • les breaks,
  • les changements de couleurs et
  • l’habiletĂ© technique de l’interprète-arrangeur

sĂ©duisent. D’autant que, juste après, le concertiste joue un Chopin (peut-Ăªtre l’opus 48 n°2) plus pensif que mĂ©lancolique. Après l’inflammade, il y a de la demi-teinte et du clair-obscur. L’art mĂ©lodique et le souffle du rĂ©cit en retrait, l’inspiration se cherche avec acuitĂ©.

  • Modulations,
  • brisures et
  • brièvetĂ© des motifs

reconstruisent une musique de l’attente oĂ¹ la tentation des fortissimi frictionne avec les sables noirs de la nuit ensuquante – et finissent par cĂ©der. Le dernier nocturne (l’opus 48 n°1 ?) semble promettre, dans sa version alternative, un brin d’extraversion. Erreur.

  • On entre dans l’intimitĂ© de la nuit.
  • On entend monter le silence.
  • On sent que le monde recule.

Les ombres virtuoses de la seconde partie n’y changent rien. Le silence gagne toujours. Vous vivez, vous mourrez. Un rĂ©cital commence, il finit. Ă€ moins que Nicolas Horvath offre un bis. Oui, Ă  moins que. Mais vous y croyez, vraiment, Ă  la vie après la vie ? Ă€ suivre. Peut-Ăªtre. Qui sait ?

Petits papiers – 6

Une pub pour arrĂªter la pub : bienvenue dans la logique parisienne. Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, des nouvelles du monde. Par exemple, comment essayer de vendre un disque quand tu as perdu toute dignité.

 

Pire pitch ever.

 

Moi, ça va, mais le beau sexe selon Le Monde, pardon, hein.

 

La joie selon Le Figaro.

 

La menace, niveau RN vue par le stagiaire Le Figaro il parle le français presque.

 

Toute autre légende que celle-ci serait superfétatoire, je suppute.

 

Bonne fin de CarĂªme anti-obĂ©sitĂ© Ă  tous.tes.x.y.z. Et, surtout, mangezbougez point freuh.

 

Et, soudain, c’Ă©tait le drame.

 

 

Des lèche-culs léchant Lèchecure en parlant une novlangue inconnue : gloire au Figaro !

 

Justement, je me demandais que faire de ma confortable forte thune. Heureusement que l’État verse 10 millions de bouboules, et pas de neige, chaque annĂ©e, pour qu’un torche-cul m’aide Ă  m’orienter (si je m’y abonne) !

 

Cette fameuse accusation desperate qui, alléluia, a fait tchoufa.

 

Le fameux talent qui fait bande, hé !

 

Oui, quelles alternatives existent-elles, Le Figarelles ?

 

L’enfer selon les connards qui partent en vacances en sachant que les routes seront bondĂ©es mais chougnent quand mĂªme. Meurs, meurs, meurs bien !

 

Jusqu’Ă  400 km de bouchons, peut-Ăªtre ?

 

Connasse impudique et sublimitĂ© de l’info publique, niveau olympique.

 

Les grands reportages de L’Équipe.

 

On va pas se mentir, les temps sont durs et les p’tits poissons font la gueule. Donc, bon, voilĂ , quoi, parfois, on peut rigoler, non ? Non ? Ah. Alors rigolons.

 

Ă€ suivre.

Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 1/2

Nicolas Horvath, salle Cortot (Paris 17), le 27 mars 2026,. Photo : Rozenn Douerin.

Tout est prĂ©vu, mais rien n’est programmĂ© puisqu’il n’y aura pas de set-list papier ou digital : Nicolas Horvath revient Ă  la salle Cortot Ă  sa façon. Le mec aux cheveux impressionnants (or, ce qui compte, dans la vie, c’est quoi ? les cheveux, bon, voilĂ , cessons de batifoler entre verbiage et balabalas) a fomentĂ© un rĂ©cital autour des « nocturnes secrets » de Chopin, sĂ©rie dont il vient de publier le troisième disque – dont il ne cherchera curieusement pas Ă  vendre un exemplaire, ni un exemplaire des prĂ©cĂ©dents, Ă´ monde dĂ©matĂ©rialisĂ© !
Ce soir de pluie printanière, la promesse numĂ©ro un est de faire entendre les nocturnes bien connus (ou moins bien connus). La promesse numĂ©ro deux est de les donner Ă  ouĂ¯r non pas dans leur version officielle mais dans leur version pragmatique, c’est-Ă -dire en prenant en compte les annotations laissĂ©es par le compositeur sur les partitions de ses Ă©lèves en fonction de leur personnalitĂ© – plutĂ´t virtuose, plutĂ´t introverti, etc. Comme on me soufflera Ă  l’oreillette : « C’est gĂ©nial ! C’est comme si on connaissait la version studio des nocturnes de Chopin et qu’on dĂ©couvrait la version live ! »
Pour personnaliser cette version personnalisĂ©e, Nicolas Horvath, promesse numĂ©ro trois d’insoumission Ă  l’Ă©ventuelle banalitĂ© d’un rĂ©cital Chopin, annonce entrelarder ces nocturnes choisis de pièces contemporaines de son goĂ»t, donc souvent portĂ©es sur le minimalisme mais pas que. Et pour personnaliser cette version personnalisĂ©e de manière plus personnalisĂ©e, promesse numĂ©ro quatre, il annonce et confirmera par son habile maĂ®trise de la scène qu’il jouera son programme en continu, ce qui n’est pas de nature Ă  faire frissonner un gars entre autres rĂ©putĂ© pour ses concerts de huit Ă  vingt-quatre heures sans pause pipi. En somme, derrière l’évidence consensuelle du concert Chopin dans une salle bien repĂ©rĂ©e par les pianophiles parisiens se dĂ©voile et s’assume l’énergumène Nicolas Horvath. On en est tout Ă©moustillĂ©, Ă©videmment.
Loin de masquer le méconnu sous le tubesque consensuel,
l’Ă©nergumène fait prĂ©cĂ©der FrĂ©dĂ©ric Chopin par Morteza Shirooki dont il interprète, peut-Ăªtre, « Arteeman 9 » tant le jingle de Roissy nous saute aux oreilles dans notre souvenir comme dans cette vidĂ©o offerte lors d’un certain confinement…

En dépit de la résonance aéroportuaire, on goûte le travail sur

  • la rĂ©sonance qui brouille la quasi monodie,
  • l’épure dont la dentelle s’ajoure en musique,
  • le contraste entre motifs et interludes silencieux, ainsi que
  • la polymorphie de la rĂ©currence avec
    • reprise,
    • variantes,
    • allongement et
    • refus de la nettetĂ© diĂ©gĂ©tique (je raconte une histoire, tu comprends oĂ¹ je veux en venir) pour prĂ©fĂ©rer l’aquarelle ambiguĂ« de l’évocation.

Le premier nocturne de Chopin place, conformément au genre,

  • le moteur Ă  gauche,
  • la mĂ©lodie Ă  droite et
  • la rĂ©sonance au cÅ“ur du piano

afin de tisser des liens sans fondre l’aérien dans le tellurique. L’énergie narratrice, elle, est portée par des nuances presque parlantes. Le tube promis, l’opus 9 n°2 surgit dans sa version remix mais pas si remix que ça.

  • La digitalitĂ© ciselĂ©e de la dextre dialogue avec
  • l’assurance piano de la senestre et
  • l’agogique qui, matĂ©rialisant la versatilitĂ© de l’émotion,
    • suspend,
    • Ă©claire ou
    • hĂ¢te.

Nicolas Horvath rend alors hommage à Melaine Dalibert, un compositeur qu’il ne cesse de jouer et rejouer et qui lui a notamment dédié un abyme.

 

 

Le principe, ici, consiste Ă 

  • prendre un matĂ©riau minimal,
  • l’inspecter,
  • le grattouiller,
  • l’observer avec distance pour mieux le redĂ©couvrir,
  • douter de lui,
  • tenter de l’enflammer avec une certaine colère… et
  • recommencer l’opĂ©ration car rien n’y a fait.

Le morceau suivant déniche une composition américaine aux airs de fausse gymnopédie. Ici,

  • l’itĂ©ration,
  • le jeu sur les diffĂ©rences de registres (mĂ©diums versus aigus),
  • le surgissement de passages forte Ă©phĂ©mères (des passages, donc) et
  • les enrichissements de cellules très circonscrites

tiennent lieu de dĂ©veloppement. Le troisième nocturne au programme (peut-Ăªtre l’opus 27 n°1) dĂ©ploie, sur une main gauche Ă  large tessiture, une main droite

  • dĂ©licate mais ferme,
  • sensible mais assurĂ©e,
  • multipolaire mais ou donc deux fois certaine de son coup.

Le quatrième nocturne, sans doute son voisin d’opus, ouvre la palette

  • d’intensitĂ©s,
  • d’attaques,
  • de phrasĂ©s et
  • de formes de virtuositĂ© discrète.

Il semblerait que nous fussions au mitan du concert. MĂªme si, avec un zozo de la trempe de Nicolas Horvath, rien n’est assurĂ©, osons la pause critique qui s’impose, et concluons cette notule par une invitation « Ă  suivre ! ».


Pour retrouver les 33 articles environ sur Nicolas Horvath nichés dans ce blog, cliquer ici.

Arnaud Locquet, « La Méditation était presque parfaite » (Quadrants)

PrĂ©sentation du premier livre d’Arnaud Locquet

La première rĂ©ussite Ă©ditoriale d’Arnaud Locquet ouvre la serrure qui porte bien des questions [j’ai rĂ©sistĂ© autant que j’ai pu mais, vacance oblige, un jour, Ferrier a craquĂ© devant le lacanisme le plus dĂ©voyĂ©]. Notamment une :

  • entendre baiser ou s’engueuler (for that matters) ses voisins,
  • tenter de se mettre Ă  la place de quelqu’un que l’on n’aime pas (Donald Trump, forcĂ©ment Donald Trump) ou
  • pointer son doigt sur son visage,

cela aide-t-il Ă  moins mal vivre une rupture amoureuse et une difficile quĂªte de dĂ©bouchĂ©s en BD dès lors que l’on se met Ă  mĂ©diter grĂ¢ce Ă  une « app conseillĂ©e par [un certain] Gui », un certain Gui nous ayant offert cet ouvrage ? Arnaud Locquet tente de nous emmener dans son intrigante enquĂªte en racontant son expĂ©rience de mĂ©ditateur d’abord sur courant alternatif puis intimement convaincu voire prosĂ©lyte auprès de ses tĂ©lĂ©amis. Tel est le sujet de La MĂ©ditation Ă©tait presque parfaite (Quadrants [Soleil], « La mĂ©decine autrement », 96 p., 17,5 €). Entre expĂ©rience personnelle et doubles pages informatives, l’auteur-illustrateur essaye de sĂ©rier les

  • questions,
  • stĂ©rĂ©otypes et
  • confusions.

Selon lui,

  • non, il n’est pas nĂ©cessaire dâ€™Ăªtre irey pour ressentir les bienfaits de la mĂ©ditation ;
  • non, le renfort d’une religion, d’un « mouvement spirituel » ou d’un gourou entre Mathieu Ricard et Christophe AndrĂ© n’est pas obligatoire ;
  • non, « se faire frapper sur un point de shiatsu » par le « maĂ®tre » d’un « ordre », pour intrigant que ce soit, n’est pas indispensable.

En revanche,

  • oui, le mĂ©ditant demeure susceptible de s’escagasser pour des motifs futiles (mais clairement escagassants) mĂªme s’il mĂ©dite et mĂ©dite encore ;
  • oui, il peut rester curieux de se faire traiter de « petit scarabĂ©e » par un vieux qui t’incite Ă  Ăªtre prĂ©sent Ă  l’instant prĂ©sent ;
  • oui, le pratiquant sera volontiers dĂ©fiĂ© par des sceptiques ou des passionnĂ©s d’autres pensĂ©es alternatives comme le quantique.

Alors,

  • peut-Ăªtre, Lego après l’ego, la mĂ©ditation aidera-t-elle ses convaincus Ă  sortir de leur Truman Show intĂ©rieur et des fractures familiales devenues des fractures intimes ;
  • peut-Ăªtre, pour certains profils heureux, le confinement forcĂ© ou choisi construira-t-il un retour sur soi qui deviendra ouverture sur les autres ;
  • peut-Ăªtre dix minutes par jour de mĂ©ditation ne sauveront-elles pas l’humanitĂ© mais aideront-elles quelques humains ce qui, reconnaissons-le, n’est pas si pire.

Le dessin est Ă  la hauteur de l’auteur – mĂªme moi, j’ai saignĂ© des yeux en relisant ça, mais bon, on n’a qu’Ă  dire que c’est une licence pas poĂ©tique. Après tout, pourquoi n’y aurait-il que des licences IV ou poĂ©tiques ?

  • La modernitĂ© mangaĂ¯que du trait,
  • le multicadrage amĂ©ricain et
  • la libertĂ© crĂ©ative
    • (couleurs,
    • traits,
    • espace de la p. 80)

réjouissent le lecteur. Sans conteste, le livre s’adresse davantage aux adeptes de la méditation, fussent-ils non-pratiquants réguliers, qu’aux curieux ou aux indifférents, ce qui le destine à une belle audience ; mais il touche par l’interstice

  • du doute,
  • du ressenti et
  • de la conviction construite par l’expĂ©rience

qu’il dévoile. Entre certitude et remise en cause sporadique, le livre raconte certes le triomphe heureux de celui qui médite et qui met en scène les conséquences positives de sa nouvelle app

  • (BD publiĂ©e,
  • famille recomposĂ©e qui se rĂ©unit,
  • bien-Ăªtre structurel),

qui sonne comme une promesse de nirvana à peine euphémisée. Cette linéarité scénaristique risquerait de paraître plus prosélyte que stimulante, mais le ton adopté est celui d’une conversion lucide à ce qui se vit comme une thérapie perpétuelle dont on peut regretter qu’Arnaud Locquet balaye en une case la dimension religieuse, visiblement jugée comme infamante. Si l’on comprend que le néophyte évite de s’attarder sur les débordements que « pleine conscience » et méditation peuvent entraîner en termes d’emprise et de manipulation psychique ou pécuniaire, qui plus est sur des personnes assumant leurs fragilités récentes ou anciennes, la proximité entre

  • religion et spiritualitĂ©,
  • croyance et habitude,
  • disjonction du monde et inscription dans une rĂ©alitĂ©

aurait peut-Ăªtre Ă©tĂ© captivante Ă  Ă©voquer et Ă  interroger. En effet, la posture du reborn est intĂ©ressante mais dramatiquement un rien lisse Ă  notre goĂ»t. Trois expĂ©riences alimentent ce regret que l’auteur ait dĂ» esquiver la spĂ©cificitĂ© de sa joie.

  • Jadis, j’ai Ă©crit un livre excellent (au moins) qui interrogeait la mĂ©decine allopathique et les mĂ©decines « alternatives » en dialogue avec la patronne du seul centre hospitalier homĂ©opathique de Paris, moi qui ne suis soignĂ© quasi que par allopathie – les mĂ©decins du comitĂ© de lecture du Grand Éditeur ont in extremis interdit la publication annoncĂ©e de l’ouvrage. Nous y confrontions les convictions des uns et des autres, lesquelles ressortissaient autant de la science que de la religion ou de la mystique, c’Ă©tait fort stimulant.
  • En dĂ©pit d’une pression juridique entre comique et espantante, j’ai aidĂ© une ex-TĂ©moin de JĂ©hovah Ă  Ă©crire un livre racontant le fondement de ses convictions de croyante et les dĂ©voiements qu’elle a voulu dĂ©noncer (ouvrage disponible ici).
  • J’ai aussi eu de longues discussions privĂ©es mais pas que avec un grand pianiste bouddhiste (çà) et un cĂ©lèbre musicien scientologue (lĂ ).

En consĂ©quence, pour continuer Ă  nourrir ma rĂ©flexion, j’aurais aimĂ© qu’Arnaud Locquet approfondĂ®t sa posture. L’ex-loser larguĂ© au fond du seau qui rĂ©ussit sa vie et son Å“uvre grĂ¢ce Ă  la mĂ©ditation, ç’aurait par exemple mĂ©ritĂ© une planche de confrontation spĂ©culaire oĂ¹ Arnaud aurait fait face Ă  Locquet. Telle quelle, la bande dessinĂ©e ne se limite pas Ă  une promesse de bonheur pour quiconque mĂ©dite, mais elle Ă©vite Ă  dessein d’interroger ce qui ne correspondrait pas au propos, faisant parfois sonner certains passages comme un article de La Tour de garde de la mĂ©ditation. Reste qu’un livre ne peut se soumettre aux

  • dĂ©sirs,
  • exigences et
  • sommations

de chaque lecteur. La confrontation entre conviction rĂ©alisante et scepticisme ensuquant n’est pas le propos de ce volume sincère et animĂ© par l’Ă©baubissement d’une dĂ©couverte : la mĂ©ditation Ă  l’occidentale, en solo ou en groupe. Alors, oui, le fait que le livre soit intĂ©grĂ© Ă  une collection intitulĂ©e « La mĂ©decine autrement » peut rendre malaisante ou dissonante l’apprĂ©hension du propos qui ne se situe pas dans une problĂ©matique mĂ©dicale Ă  ce que nous avons perçu ; mais les trouvailles artistiques de l’auteur pour exprimer son ressenti, donc l’outrepasser en l’interrogeant et en cherchant Ă  le partager moins par la raison que par l’intuition, valent de balayer une prĂ©vention Ă  la fois lĂ©gitime et hautement secondaire.

Petits papiers – 5

Un peu de mathématique pour cinéphiles. Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. Il y aura du cyclisme, du trail, du football, du tennis, des sports de glisse, de la philosophie, de la grammaire, de la musique donc des gros sous, des costumes, de la politique, de François Pinaut culturellement, une balade çà Dunkerque, des dĂ©filĂ©s, de la religion donc de la prison, un peu de rĂ©serve, beaucoup d’expertise et une gastronomie presque triomphante. Bon appĂ©tit aux curieux !

 

Par chance, Jonathan San Remo allait bien.

 

Alors que l’absence d’une chose absente, moins.

 

Oui, pourquoi c’est qui qui va gagner de ?

 

Le choix dĂ©mocratique, niveau Dunkerque. C’est qui qui c’est qu’il nous faut voter pour ?

 

Peut-Ăªtre pas avec cet artiste, mais bon.

 

Le grand reportage selon Le Figaro. Et cette question : François Pinault est-il le petit-fils ou le grand-père de François Pinault ?

 

La La Land, niveau trail.

 

Première leçon de journalisme maison au Figaro : « LĂ©chez bien entre les deux globes, vous dĂ©couvrirez qu’il en reste toujours un p’tit peu pour la route. »
Nota bene, il n’est pas dit que Brigitte Macron est un homme, merci de lire de manière plus prĂ©cise – vous avez vu le prix des avocats, et je parle pas que des fruits ?

 

Avec ou sans casque, le chauvinisme est toujours dégoûtant.

 

C’est la crise. DĂ©jĂ  que nous avions vu la dernière fois que les dividendes « devraient atteindre des sommets en 2027 », c’est Ă  vous dĂ©goĂ»ter de ne pas travailler.

 

Alors ça passe, voilà, quoi, petits pédés.

 

C’est clĂ»r. Quand, sportive la mieux payĂ©e de l’annĂ©e, tu gagnes 33 millions en 2025, tu dois souffrir, ma pauvrounette !

 

MĂªme si on Ă©vite de justesse le tĂªte-Ă -queue, je ne dis pas que, pour se ridiculiser, l’Église catholique est de première force. Je dis juste que, dans ce domaine, il n’y a pas beaucoup d’institutions religieuses qui lui tiennent le menton.

 

Attention ! Cet entrefilet concerne les prisons françaises de la France en France. Merci de ne pas vous laisser duper.

 

Donc 10 en 1 h 10. J’ai fait le calcul, en 24 h, on peut gagner 205 annĂ©es de vie (1440/7). Ça sent le projet scientifique ou je ne m’y connais pas.

 

Denir, ce nouveau verbe pour sous-flics. Mais les temps sont durs et les p’tits poissons font la gueule. Donc je ne voudrais pas vous laisser sans partager avec vous une bonne nouvelle.

 

Ce s’ra tout pour moi, Montreux. Ă€ ciao bonsoir !

Matthias Goerne et Martin Helmchen, Philharmonie de Paris, 25 mars 2026

 

Matthias Goerne et Martin Helmchen le 25 mars 2026 Ă  la Philharmonie de Paris (Paris 19). Photo ou presque : Bertrand Ferrier.

C’est le retour sporadique du blog, et c’est chic comme le fwic.
Avant Le Chant du cygne le lendemain, Matthias Goerne et Martin Helmchen – remplaçant (malgrĂ© une souffrance Ă  la jambe gauche) de Daniil Trifonov – hommageaient, et hop, La Belle Meunière du sieur Franz Schubert. L’ensemble est un florilège d’un recueil de Wilhelm MĂ¼ller (LE MĂ¼ller du Winterreise) et a paru en saga courant 1824. Ll’anecdote, rappelĂ©e par Angèle Leroy, dit que Wilhelm n’a pas eu vent de ce travail avant de pĂ©rir, un an avant Franz. Voici le plot : le narrateur

  • se balade,
  • repère la fille du meunier,
  • la sĂ©duit,
  • se la fait piquer par un chasseur et
  • se noie comme Jack Monoloy.

Contextualisons l’écoute. Remplaçant un fieffé mélomane adorant courir pieds nus, nous nous retrouvons au premier rang de l’arrière-scène. On peut sincèrement se demander comment, pour des lieder, la Philharmonie ose vendre des places situées derrière le chanteur. Musicalement, c’est une absurdité qui confine à l’arnaque et, quoique nous soyons ravi d’assister à ce récital, cette dégueulasserie proposée à la grande salle Pierre-Boulez nous secoue quelque peu les rognons. D’ailleurs, juste avant le concert, la concentration est perfectible chez nos compères.
Deux rangs derrière nous, un homme d’un certain Ă¢ge ne se fait guère d’illusions. Certes, son beau-père dĂ©barque ce soir et consultera dès demain dans une clinique parisienne, mais il est peu probable que lui soit proposĂ© un traitement curatif. Au parterre, des vieilles portent des masques, de prĂ©fĂ©rence noirs, qu’elles enlèvent pour parler dans le Sonotone de celui que l’on suppose Ăªtre leur Ă©poux (mais mesdames sont peut-Ăªtre plus coquines que ça) ; on les entend rugir intĂ©rieurement contre les inconscients dĂ©masquĂ©s : « Mais restez chez vous ! » Et, comme dans tous les concerts pas complets, la tension est au max Ă  20 h pĂ©tantes : les couples de jeunes lovers se disputent pour savoir s’il faut se replacer, d’abord, puis oĂ¹. L’ambiance drrrrramatique du programme commence Ă  monter. C’est bon signe.
La première partie du cycle s’ouvre sans traĂ®ner, avec plus de vigueur que de douceur (c’est un compliment, ça nous arrive), sur le voyage du narrateur. Sur un piano motorique Ă  souhait (quand j’ai pris ça en note, je trouvais que c’était sensĂ© mais c’est vrai que, a posteriori, je trouve ça comme vous : moyen), la voix envoie, haha, de l’envie d’avancer. Pour autant, Matthias Goerne ne se prive pas de portamento, sa spĂ©cialitĂ© et parfois sa facilitĂ©, qui assouplissent la profĂ©ration des cinq couplets. Preuve d’un travail de dĂ©tail bien qu’il s’agisse d’un plan B, les deux brillants complices du soir – Martin Helmchen, irrĂ©prochable, donnera toujours l’impression qu’accompagner Schubert, rien de plus Ă©vident et facile – ajoutent des couleurs singulières au dĂ©but du quatrième couplet et se confortent habilement par des respirations remarquablement synchrones.
« Wohin? » offre un contraste plaisant en

  • se tournant vers une Ă©motion plus lyrique,
  • cherchant la nuance,
  • galbant les tensions et
  • osant la suspension.

Pour la halte du voyageur, le piano se tend avec art, et le chant se fait plus expressif. Bientôt, en rendant hommage au ruisseau, la voix s’aventure sans crainte dans

  • les aigus,
  • les tenues et
  • les nuances pastel

sans obérer la particularité du surgissement du mineur. Jamais en défaut de surprises, la partition ménage

  • un piano tonique,
  • une voix rĂ©solue, et
  • une souplesse indispensable au rĂ©cit,

d’autant qu’elle n’est jamais mollesse. Derrière le monument, les interprètes rĂ©ussissent Ă  trouver la musique – Matthias Goerne renonçant mĂªme Ă  tester l’eau qui clapote dans un verre super chic calĂ© près du clavier. Pour l’accompagner, Martin Helmchen impose un piano

  • serein,
  • sensible et
  • polymorphe,

sachant

  • s’imposer,
  • impulser et
  • servir de base Ă  manières de rĂ©citatif.

Matthias Goerne ne cherche pas

  • l’exploit technique,
  • le souffle absolu ou
  • la tessiture dĂ©monstrative qui lui messiĂ©rait.

Il creuse davantage

  • l’émotion du dit,
  • la projection du ressenti et
  • le velours de nuances piano Ă  tomber.

Ces charmes – bouleversants – ne restent pas mignonnets. Avec « Ungeduld »,

  • le piano s’enflamme,
  • le phrasĂ© se brise,
  • les accents mitraillent l’urgence (ouais, ben je tente des syntagmes, c’est comme ça).

Et, dans le public, on atteint le top de la connassitude parisienne : les spectateurs ne toussent plus dès qu’il y a un blanc, ils toussent pour montrer qu’ils ont entendu kyavĂ© (faut aller vite) un blanc. Par chance, Martin Helmchen n’attend pas que les cacochymes aient fini leur sketch pour renvoyer du pĂ¢tĂ©. Avec son partenaire, il joue avec

  • le tacet,
  • l’attente et
  • l’attaque (franche ou progressive).

L’auditeur se goberge

  • de douceurs,
  • d’effets d’écho entre chant et piano,
  • de tenues assurĂ©es et
  • de prolongations instrumentales pertinentes.

L’allant ternaire des « Fleurs du meunier » trouve le bon tempo. Musique et texte baguenaudent autour

  • des larmes pas larmoyantes,
  • des Ă©motions pas prĂ©dĂ©terminĂ©es,
  • des dĂ©ceptions qui minent donc animent le vivant.

MĂªme la « Tränenregen », cette pluie de larmes, Ă©chappe Ă  la chougnassitude. Les interprètes privilĂ©gient

  • une impression de paix,
  • l’expression d’une communion romantique avec le paysage que l’on assimile Ă  l’aimĂ©e, et
  • cette fusion qui capte le publie dans les rets d’une parole finement musiquĂ©e.

L’efficacitĂ© du piano signale sans ambiguĂ¯tĂ© que « ma meunière est Ă  moi ». Rien de doux, ici, la testostĂ©rone l’emporte. Matthias Goerne a le triomphe

  • ombrageux,
  • impĂ©ratif et
  • autoritaire.

Il a raison, car la musique s’y prĂªte. Et soudain, on bascule sur la « pause » qui annonce la seconde partie. Le romantique qui a la nĂ©nette qu’il convoitait est perdu.

  • L’espoir,
  • la crainte et
  • le dĂ©sespoir

ont disparu. Que reste-t-il ? C’est la seconde partie du cycle, centrée sur une couleur qui n’était pas encore préemptée par une religion ou par LFI : le vert, sans faute d’orthographe, évidemment.

  • La musique ne musarde pas,
  • le rĂ©cit oscille entre dialogue et monologue, et
  • les artistes excellent Ă  rendre le changement thymique qui dĂ©flagre quand apparaĂ®t le beau gosse de la salle de sport qu’est, Ă  l’époque, le chasseur.

La jalousie se déploie,

  • vivace,
  • vigoureuse,
  • absolument redoutable.

Quand émerge le lamento avec sa pédale répétée, la voix ne se plaint pas, elle est la plainte et, sans grand effet pyrotechnique, le piano devient sa caisse de résonance. L’auditeur est pris par l’oscillation entre

  • balancement et stagnation des accords rĂ©pĂ©tĂ©s,
  • l’envie de repartir et l’hypnotisation chromatique par le vert,
  • l’acceptation de la dĂ©faite et la complexitĂ© d’un sentiment oĂ¹ se mĂªlent
    • rĂ©volte,
    • chagrin et
    • plaisir de gratter la croĂ»te qui fait mal.

Franz Schubert dégaine alors ses spéciales :

  • le glas du mĂ©dium,
  • l’aspiration topique Ă  la tombe et
  • la facilitĂ© satisfaisante consistant Ă  penser que la mort puisse Ăªtre un lien d’amour Ă©ternel,

mĂªme avec quelqu’un qui n’en aurait plus rien Ă  battre du dĂ©funt. Avec brio et intĂ©rioritĂ©, Matthias Goerne convoque donc les meilleurs alliĂ©s du lover romantique déçu :

  • les fleurs qui fanent,
  • la Lune qui point,
  • les anges qui perdent leurs ailes dans une sorte de marche funèbre… qui ne renonce nĂ©anmoins pas tout Ă  fait Ă  l’espoir.

On salue alors

  • la puissance,
  • l’autoritĂ© et
  • la science musicale

qui permettent à Martin Helmchen de sculpter le son jusqu’au bout, ce qui paraîtrait pfff ailleurs mais qui, en la circonstance, est juste parfaitement le mégatruc à faire. Il est fort, le gars ! La monumentale berceuse d’adieu associe

  • recueillement,
  • dignitĂ© et, enfin,
  • dĂ©sespoir tant espĂ©rĂ©.

This is Schubert for ya anyway, un truc assez corsé pour

  • troubler les rĂªves des dormeurs,
  • Ă©vacuer du chemin du moulin les filles volages et, surtout,
  • Ă©viter que les ombres ne rĂ©veillent les morts.

C’est important, ça. Je sais pas pourquoi Gims le fiscaliste déficient, Nakamura ou Theodora n’en parle pas plus. Bizarre, non ?
Quand je repars de la Philharmonie, j’essaye de respirer l’air qui passe en pensant aux belles meunières pour qui je fus le voyageur et, mais j’aime pas me vanter, le chasseur vert. Puis j’entends une vieille connasse (les deux se lisent sur son visage) qui glisse très fort Ă  son vieux connard : « En tout cas, le moment que j’ai trouvĂ© le plus, vraiment le plus, c’était le silence après la fin. » J’ai mis Calvin Russell Ă  fond dans mon casque pour Ă©viter le drame. Et je ne l’ai pas tuĂ©e.

 

Petits papiers – 4

La vie en vrai. Capture d’Ă©cran : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post après les concerts du 18 mars, quelques flashs.  Comme celui qui salue la justice française, niveau extrĂªme.

 

Ah ben si c’est pour ça, ça passe…

 

C’est ballot, niveau expert.

 

J’ai vu – pas bu – tout blanc, puis tout rouge, puis re-tout blanc et re-tout rouge. Suis-je un grand chevalier ?

 

Je ne connais pas cette dame, mais je constate que son appĂ©tence pour le satin parisien semble susciter une investigation journalistique contribuant Ă  la puissance de la dĂ©mocratie en France. Merci et bravo Ă  elle ainsi qu’aux merdeux qui font – selon le souhait de la donzelle – de ses nichons sans doute tout Ă  fait sympathiques, tout Ă  fait cocasses,  un sujet d’intĂ©rĂªt.

 

Échelle de valeurs 2026, niveau foutebol.

 

Réponse à la question suivante : parce que ce sont des merdes. Next.

 

J’ai une conserve de cassoulet. C’est pas flatteur, mais je prĂ©fère.

 

« Un individu vĂªtu de noir et portant une capuche » : tu la sens, l’info, tu la sens ?

 

Non.

 

Le racisme, c’est pas bien. Vaut mieux Ăªtre pas raciste, c’est davantage plus mieux. Next.

 

– Bertrand Ferrier, vous candidatez pour Ăªtre P-DG du monde. Quels sont vos arguments ?
– Melania l’a fait, pourquoi pas moi ?
– Merci, nous vous recontacterons.

 

Vous n’irez plus jamais chez Picard innocemment.

 

Les valeurs de l’Ovalie, c’est un slip, en somme.

 

Moi, ça va, chacun sache je suis normalse. Mais « Djouliette », franchement, est-ce bien raisonnable ?

 

Le monde en vrai.

 

Va bien te faire forer l’anus par ta grand-mère la femme facile qui dĂ©voile ses charmes contre quelques picaillons, bisous.

 

Propagande, niveau « nous on est en dĂ©mocratie gratuite c’est pas pareil ».

 

RĂ©vĂ©ler un pessimiste, le mode d’emploi propagandiste du Figaro.

 

La lĂ©gitimitĂ© d’un immondice par le cul, suite du mode d’emploi propagandiste par Le Figaro.

 

Monsieur Pesticides cancĂ©rigènes, cumulant 22 mandats en 2024, ose encore Ă©mettre des gaz verbaux pour l’industrie pĂ©trochimique.

 

Je travaille avec des artistes de cabaret LGBTQIA+ et davantage si affinitĂ©s. Si des cachetons restent Ă  pĂ©cho pour encombrer une justice censĂ©e Ăªtre dĂ©bordĂ©e, nous prendre, nous prendre.

 

La science contrainte de s’en remettre Ă  la pensĂ©e magique. Bienvenue en 2026.

 

Ă€ suivre !

Irakly Avaliani, Salle Cortot (Paris 17), 9 mars 2026 – 3/3

Irakly Avaliani Ă  la salle Cortot (Paris 17), le 9 mars 2026. Photo : Bertrand Ferrier.

Avant de suspendre ce blog le temps de finaliser la prĂ©paration d’un double rĂ©cital de chansons, bouclons l’Ă©popĂ©e avalianienne, commencĂ©e ici et continuĂ©e lĂ . Nous nous sommes quittĂ©s en pleine sĂ©rie de nocturnes. Le troisième sur la liste (nous croyons reconnaĂ®tre l’opus 27 n°2 en RĂ© bĂ©mol), Ă©voque une nuit

  • paisible, comme libĂ©rĂ©e du joug du jour,
  • silencieuse, comme si la musique prolongeait le silence et non l’inverse, et
  • frĂ©missante, comme si, derrière l’immobilitĂ© apparente, d’imperceptibles mouvements continuaient d’agiter les vivants endormis et leurs frères dĂ©funts.

Quatrième sur la set-list, un nocturne en do dièse mineur composĂ© pour sa sÅ“ur et jadis notĂ©, nous souffle-t-on, « B 49, WN 37 voire KK IVa n°16 », tant l’historiologie musicologistique est une science prĂ©cise donc variable, n’est pas moins Ă©vocateur. InterprĂ©tĂ© avec la profondeur caractĂ©ristique d’Irakly Avaliani, il inspire un sentiment moins de fatalitĂ© que

  • d’abandon presque lĂ©ger,
  • de pragmatisme assumĂ© et
  • de sourire triste.

Pour posĂ© qu’il soit, le jeu demeure prompt Ă 

  • assumer sa versatilitĂ© (traits Ă©phĂ©mères),
  • s’envoler (euphorie des trilles hĂ©sitantes), et
  • s’incarner (science du ritendi qui ne dĂ©fluidifie – et hop – pas le rythme).

Le dernier nocturne au programme exprime à son tour

  • une langueur hypnotisante,
  • un engourdissement de la psychĂ© qui semble çà et lĂ  lutter contre lui-mĂªme, et
  • un effacement qui paraĂ®t, in fine, s’accepter.

La confrontation de multiples manières de traiter le clair-obscur, y compris avec des rĂ©sonances Ă©tonnantes (par exemple entre le deuxième et le cinquième nocturnes) renforce l’intĂ©rĂªt de cette suite de nocturnes concoctĂ©e par le concertiste. Il montre avec habiletĂ© comment, derrière le titre gĂ©nĂ©rique de « nocturnes », se cachent diffĂ©rentes formes de ballades qui sont autant de balades intĂ©rieures oĂ¹ se fondent, dans un mĂªme creuset labyrinthique,

  • les Ă©tats d’Ă¢me du compositeur,
  • l’art de l’interprète et
  • les pensĂ©es batifolantes de l’auditeur-spectateur.

Le rĂ©cital s’achève officiellement sur la polonaise opus 53, comme si Irakly Avaliani avait dĂ©cidĂ© de secouer son auditoire en s’offrant enfin une excursion dans le registre hĂ©roĂ¯que jusqu’ici gardĂ© en rĂ©serve. Voici venu un nouveau moment « vous Ăªtes bien sur Radio Classique » avec ce golden hit des pianistes qui savent envoyer

  • le pĂ¢tĂ©,
  • les cornichons et
  • la quille de rouge.

Toutefois, le colosse gĂ©orgien Ă©vite la dĂ©monstration rutilante de virtuositĂ© donc le gigotage intempestif de saucisses rĂ©servĂ© aux clients d’une croisière premium « Sur les pas de George Sand », Ă©moustillĂ©s de reconnaĂ®tre un truc qui leur dit quelque chose. Il nous est rappelĂ© par le son que, si cette musique est connue, ça reste de la musique. Aussi Irakly Avaliani distille-t-il

  • de la rigueur dans l’Ă©chauffement,
  • de la nettetĂ© dans l’embrasement, et
  • de la maĂ®trise dans l’Ă©clatement.

Les amateurs de kitsch coupable en seront pour leurs frais. Point

  • de crescendi vulgaires,
  • de sentimentalisme envahissant ou
  • de digitalitĂ© tapageuse.

La maison ne mange pas de ce pain-lĂ . Au contraire, le geste musical

  • construit une marche solide,
  • pose des octaves fermes et
  • assume l’efficience motorique des accords rĂ©pĂ©tĂ©s.

Cette poétique décidée ne rend que plus savoureux le contraste avec

  • les arabesques,
  • les trilles et
  • les atermoiements
    • mĂ©lodiques,
    • rythmiques et
    • thymiques

qui animent la section suivante. Démonstration que, pour évoquer

  • les tourments d’une sensibilitĂ©,
  • la grandeur d’un peuple (Ă  ses yeux, forcĂ©ment) et
  • les ondulations de l’humeur,

le cinĂ©ma est souvent superfĂ©tatoire : souvent, la musique suffit… mais Ă  condition d’Ăªtre en quantitĂ© suffisante. Or, la tradition exige qu’un concert n’est jamais fini quand il est fini. Irakly Avaliani accède Ă  la demande des fans et claque l’indispensable bis.
En guise de pĂ©roraison, il a choisi le tubesque impromptu de Franz Schubert opus 142 n°2 en La bĂ©mol qui, par-delĂ  le plaisir que suscite la réécoute de cette Å“uvre saisissante, est ici mis en scintillements – je tente l’expression – par l’Ă©quilibre que trouve l’interprète entre

  • retenue captivante,
  • indispensable potentiel martial et
  • calme habitĂ© que les passages plus agitĂ©s ne dĂ©samorcent jamais longtemps.

Le triomphe qui salue la performance et traduit l’Ă©motion conclut le rĂ©cital avec la ferveur qui s’imposait.


Pour retrouver nos 58 chroniques précédentes sur Irakly Avaliani, c’est ici.