
45′ top chrono pour irradier la place de la Concorde, sous le prĂ©fabriquĂ© dressĂ© par Good Planet dans le cadre de l’opĂ©ration « Vivre ensemble », dont le titre et les participants principaux, de François Hollande à « YaĂ«l » (Braun-Pivet) en passant par « Najat » (Vallaud-Belkacem), comme les nommera Yann Arthus-Bertrand – farceur macroniste multirĂ©compensĂ© par la RĂ©publique bien qu’il eĂ»t invitĂ© à « pardonner » Patrick Poivre d’avoir violĂ©, c’est vrai que qu’est-ce qu’on s’en fout, hein, des victimes – rebuteront a minima le quidam un rien sensĂ© : tel est le dĂ©fi qu’a acceptĂ© Tristan Pfaff, pianiste virtuose sans doute en pleine prĂ©paration de l’Ă©tonnant festival qu’il fomentera Ă La-Roche-sur-Yon dès le 8 mai, en dĂ©pit du changement de municipalitĂ©.
Reprenant un florilège du disque Voltiges II (Ad Vitam) et secouant la set-list du disque, l’artiste propose un voyage soukouss en cinq Ă©tapes. D’abord, la collation de valses de Franz Schubert par SergueĂ¯ Prokofiev Ă©voquĂ©e ici en version studio. En dĂ©pit des bruits urbains (y a d’la voiture vroum-vroum dans l’air, on jouxte peu ou prou la place VendĂ´me) et d’un son mĂ©tallique propre Ă la projection dans un espace entre chapiteau et Algeco en dĂ©pit de l’attention de RĂ©gie piano pour son instrument, le musicien parvient Ă dĂ©ployer
- un rythme tonique,
- un Ă©tagement d’intensitĂ©s propice tant Ă la clartĂ© de la ligne mĂ©lodique qu’Ă l’Ă©panouissement de l’harmonie, et
- une caractérisation appréciable des différents motifs
- (martial,
- quasi lyrique et
- primesautier).
Se mĂªlent ainsi
- vélocité digitale,
- exigence quant à la rigueur de la mise en place et, corollaire du précédent item,
- sensibilitĂ© de l’exĂ©cution
- (nuances,
- agogique,
- contrastes).
Du prélude et allegro
- composé par Fritz Kreisler « dans le style de Gaetano Pugani »,
- transcrit pour piano par NicolaĂ¯ Vaneyev et
- raconté en version studio ici,
Tristan Pfaff tire un prélude
- franchement solennel, puis
- habilement libre et enfin
- subtilement tenté par la suspension.
Parti sur un très bref fugato, l’allegro se rĂ©vèle enlevĂ© et alerte.
- Son motorisme énergique,
- sa capacitĂ© Ă aller de l’avant tout en paraissant solide sur ses jarrets, et
- le sentiment d’urgence qu’il dĂ©gage
allient, pour la plus grande jubilation du spectateur,
- fougue,
- vivacité et
- assurance.
TirĂ©e en 1861 par Franz Liszt de l’opĂ©ra de Charles Gounod et narrĂ©e ici pour sa version studio, la « Valse de Faust » traduit un mĂ©lange
- d’euphorie et de drame,
- de rythmique populaire et de virtuosité,
- de verve tonitruante et de tourment intérieur.
Par contraste, la deuxième partie se rĂ©vèle Ăªtre le temps
- du recueillement,
- de l’Ă©motion et
- de l’introspection,
le tout évoqué avec une impression,
- d’Ă©vidence,
- de clarté et
- de simplicité
qui dĂ©mentirait presque un arrangement sciemment diabolique jusque dans ces moments oĂ¹ interprète et auditeurs sont invitĂ©s Ă reprendre souffle. La troisième partie envoie son pĂ¢tĂ© et mĂªme ses cornichons avec une vitalitĂ©
- déboutonnée,
- brillante,
- efficace et
- passionnante.

Après au moins plusieurs secondes de respiration backstage, l’incroyable Tristan Pfaff revient pour un monument aussi difficile Ă gravir qu’un 8000 mètres peu frĂ©quentĂ© pour un bon grimpeur des salles rutilantes qui ont fleuri un peu partout. « L’Isle joyeuse » de Claude Debussy, chroniquĂ©e ici pour la version studio, Ă©clate dès l’incipit.
- Les trilles fusent,
- les registres de l’instrument colorient le propos, et
- les variations d’intensitĂ© guident astucieusement l’auditeur dans les mĂ©andres de la joie insulaire.
Sous les chipolatas du pianiste,
- l’impressionnante nettetĂ© de l’Ă©nonciation devient poĂ©sie,
- les changement d’humeur paraissent presque cohĂ©rents (n’eussent-ils Ă©tĂ© que cohĂ©rents, ils eussent estompĂ© le plaisir de la surprise), et
- la fulgurance rhapsodique agite une énigme
- ici trouble,
- çà bouillonnante,
- lĂ insondable.
Debussy, c’est magnifique ; par Tristan Pfaff, c’est formidable. Après le Voltiges III, en prĂ©paration, pourquoi pas une monographie qui claque ? En attendant, le gars envoie sa spĂ©ciale, la fantaisie autour de l’opĂ©ra Carmen de Georges Bizet concoctĂ©e par Josef Weiss. Ce soir, la virtuositĂ© du prĂ©lude ne lui enlève pas son rĂ´le d’inventeur de suspense intranquille, et ce qui suit fait tout autant rĂ©cit. L’interprète semble voir dans le collage thĂ©matique une occasion de faire gronder de moult façons l’orchestre qu’il cache et fait grouiller dans son piano. Sous ses doigts, l’instrument
- explose,
- gronde,
- ronronne,
- esquisse,
- suggère,
- se retire,
- revient en catimini,
- s’impose peu Ă peu,
- s’affirme en grande pompe,
- feint de se dérober,
- change de registre,
- se dégourdit les marteaux,
- s’irrite et
- pétarade.
Magistral. Mais trois quarts d’heure se sont Ă©coulĂ©s, donc un public extatique exige son dĂ», autrement dit un bis. Tristan Pfaff dĂ©gaine un Barbier de SĂ©ville tout en
- surgissements,
- nuances et
- respirations.
De quoi faire planer la musique derrière l’exercice pyrotechnique. La modestie de l’interprète n’en peut mais : son rĂ©cital est
- palpitant,
- magique (comment c’est qu’on peut jouer ça comme ça ?) et
- dynamisant.
Quoi d’autre ?































