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Le blog de Bertrand Ferrier, page 18

Jann Halexander, « Libreville confidentiel » (Bandcamp) – 2/2

Première de pochette

La chanson autobiographique est le masque prĂ©fĂ©rĂ© de Jann Halexander, comme artiste et personnage public. Lui qui n’a pourtant pas manifestĂ© un grand enthousiasme devant la mascarade organisĂ©e par le gouvernement lors de la pandĂ©mie covidique s’empare Ă  nouveau de cet outil dans son nouveau projet difficile Ă  dĂ©finir : c’est un disque mais il est digital ; c’est un nouvel album mais il inclut d’anciennes chansons rĂ©arrangĂ©es, au cĂ´tĂ© d’une nouveautĂ© et de textes lus. Cette forme atypique, disons : hybridĂ©e, sied probablement Ă  celui qui revendique ses tiraillements et en fait matière Ă  chanson :

  • chanteur avec du texte dans la fredonnerie (voire carrĂ©ment pas de musique) et « mouton noir et frisé » de la catĂ©gorie ;
  • noir mais blanc ;
  • papa et bisexuel en couple avec un homme.

Le cÅ“ur de son projet crĂ©atif semble prĂ©cisĂ©ment dans ce « et » qui met hors jeu la conjonction de coordination d’opposition « mais ». Nul oxymoron, pour l’artiste, peut-Ăªtre pas mĂªme de contradiction ; en revanche, un dĂ©fi stimulant quoique sans doute parfois Ă©puisant pour tenir les deux bouts de ces fils de vie et transformer une telle problĂ©matique en chansons Ă  partager. La question de l’identitĂ©, ontologique ou artistique, semble ainsi s’imposer comme la source d’oĂ¹ jaillit l’Ă©nergie actuelle du saltimbanque – il n’est pas sĂ»r qu’il se soit toujours abreuvĂ© avec une telle soif Ă  ce cours d’eau. « Itonda » l’illustre : on y entend la voix de son père rĂ©citer un texte en myĂ©nĂ© sur une guirlande pianistique assumant son ambiguĂ¯tĂ© entre

  • musique d’ascenseur (celle qu’on n’Ă©coute pas mais qui nous habite),
  • bande-son pour un court-mĂ©trage Ă  imaginer, et
  • magma sonore dont Ă©merge une parole intelligible Ă  seulement quelques milliers d’humains.

Jann Halexander joue sur l’ambiguĂ¯tĂ© (chanson, slam, rĂ©cit ?) et l’indĂ©cryptable (langue locale sans sous-titre) pour se dĂ©finir de manière spĂ©culaire et utiliser le texte comme une musique dont les inflexions ne se substituent pas Ă  la mĂ©lodie : elles la deviennent. Si. « Rester par habitude », une des chansons qu’il entonne le plus souvent en rĂ©cital, revient alors dĂ©filer dans nos esgourdes sous de nouveaux habits sobrement cousus par SĂ©bastyĂ©n Defiolle. Après un dĂ©but acoustique, un frisson plus rythmique secoue sans univocitĂ© cet Ă©loge de la durĂ©e.

  • Le temps sait se suspendre,
  • les mots se taire,
  • le tempo devenir libre et
  • les notes onduler.

Nouvelle version aussi pour « Les poèmes de l’amour sont ceux que l’on Ă©crit » avec une introduction qui frisotte doucement des sons alla gĂ©nĂ©rique d’X-Files – logique pour un artiste se revendiquant aussi comme abductĂ© et cherchant, en passionnĂ© de transcendance, des vĂ©ritĂ©s extraterrestres au milieu des rĂ©alitĂ©s terrestres. LĂ  aussi, la mĂ©lopĂ©e se dĂ©robe Ă  l’Ă©vidence :

  • diction mutante,
  • prosodie syncopĂ©e et
  • souplesse de la mesure

distendent les certitudes harmoniques et syntaxiques, ouvrant un espace insoupçonnĂ© dans le flot du verbe et des sons. La mĂ©lancolie des paroles qui se rĂ©pètent et transforment l’affirmation que « ce n’est pas grave » en mantra dont on ne sait s’il est

  • constat,
  • acte de foi dont l’itĂ©ration finira par convaincre, ou
  • postulat ironique.

Le parcours halexandĂ©rien se poursuit avec le texte intitulĂ© « L’homme gabonais ne parle pas ». Son incipit in medias res, aux allures de reportage ornithologique pour le moins inattendu (c’est un compliment, ça m’arrive), laisse penser qu’il s’agit d’une introduction Ă  la seule chanson nouvelle du disque. La mĂ©ditation, envoyĂ©e sur un dĂ©bit fort prompt puisque mĂ©diter n’est pas forcĂ©ment chougnasser, part du « petit cÅ“ur du canari » pour se muer en confession sur

  • l’hypersensibilitĂ© de l’artiste – laquelle peut passer pour de l’insensibilitĂ© ou de l’indiffĂ©rence, dont Jean-Jacques G. dit le Grand a dit ce qu’il y avait Ă  dire,
  • la folie sociale qui, si souvent, saisit l’homme,
  • l’envie de coller une main dans la gueule des idĂ©es dĂ©lĂ©tères, et
  • le rĂªve d’une safe place oĂ¹ « [s]e laisser aller » sous un regard bienveillant.

« CÅ“ur canari » apparaĂ®t alors comme le prolongement de cette promenade confidentielle dans un Libreville intĂ©rieur oĂ¹ il n’y a pas de place pour

  • l’exotisme,
  • la nostalgie ou
  • les babillages touristiques.

Piano, basse et clarinette grave dessinent un paysage tourmentĂ© derrière une ritournelle posĂ©e et un texte qui s’Ă©chappe de la rĂ©fĂ©rence voulzyenne. L’idiolecte ose des embardĂ©es façon Anne Sylvestre employant « des mots Ă©tonnants » comme « rĂ©mige » en Ă©voquant

  • ici un timbrado (un canari espagnol, comme chacun sait),
  • çà un abstème,
  • lĂ  un monde « nidoreux » (id est « qui pue le pourri », le doit-on prĂ©ciser ?).

Un pont tente de relier les deux rives de l’artiste – celle de l’hypersensibilitĂ© et celle de la carapace souvent protectrice, parfois limitatrice voire castratrice – en laissant la voix s’envoler pour « ouvrir la cage »… sans, Ă©videmment, permettre Ă  l’homme-canari de se libĂ©rer. Une coda instrumentale remĂ¢che ce qui vient d’Ăªtre jouĂ© et ce qui se rejoue chaque jour dans l’Ă¢me et le corps – si la distinction a un sens – de Jann Halexander. La tierce picarde qui Ă©claire la fin de la chanson laisse entendre que la musique a peut-Ăªtre cette vertu, fĂ»t-elle encore plus fugace qu’Ă©phĂ©mère,

  • d’apaiser certaines dĂ©tresses,
  • d’expliciter l’indicible et
  • de vivre avec d’autres ce qu’il serait insupportable de garder pour et en soi.

Au reste, le climax du disque est suivi d’une pĂ©roraison d’une minute intitulĂ©e « Je reviendrai ». On pense Ă  Anne Sylvestre glissant :

Quand mon Ă¢me en partanc’ depuis toujours saura
Qu’on y va sans bagage Ă  ce rendez-vous-lĂ ,
Croyez-moi, ell’ reviendra !

Mais Jann n’est pas mort – contrairement aux bons chanteurs, stipulerait-il – et, quoique ayant vĂ©cu au Canada, il ne promet pas de revenir Ă  MontrĂ©al dans un grand Boeing bleu de mer. C’est Ă  Libreville qu’il reviendra. Il y a ouvert un compte en banque. RĂªve d’aller s’asseoir au bistro d’Audrey pour y boire un soda. Laisse Josephine Baker chanter pour lui. Avec elle, il veut ne pas choisir et compte avancer vers une libre ville intĂ©rieure. La route escarpĂ©e qui y mène pourrait bien nous valoir quelques autres aventures artistiques…


Pour retrouver Libreville confidentiel, c’est ici.

Le temps ne fait rien Ă  l’affaire

Au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19), le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Rozenn Douerin.

Chanter

  • l’AntiquitĂ© que gagnent peu Ă  peu ceux qui ne pĂ©rissent point minots,
  • la libertĂ© et la franchise,
  • la conscience de la mort qui guette et le plaisir de planter des fleurs dans les trous de son nez :

projet. En duo avec Jann Halexander est un plus positif, comme on ne dirait jamais en musicologie appliquĂ©e – et pourtant…

 

Jann Halexander, « Libreville confidentiel » (Bandcamp) – 1/2

Première de pochette

En 2025, Alain Chamfort expliquait ne plus vouloir « faire d’album », dĂ©sormais, mais continuer Ă  chanter. Jann Halexander, lui, qui, selon son idiolecte, considère Alain comme un collègue, veut continuer Ă  chanter mais aussi Ă  proposer des disques, que ceux-ci soient physiques ou digitaux, pour laisser battre en mots et en musique ce qu’il a sur le cÅ“ur. En tĂ©moigne ce Libreville confidentiel qu’il propose sur Bandcamp. Cette sortie digitale lui permet d’expĂ©rimenter une idĂ©e de la chanson en-deçà et au-delĂ  de la chanson. On y trouve

  • des textes lus et vibrĂ©s,
  • de nouvelles versions de chansons bien connues,
  • un surgissement myĂ©nĂ© et
  • une nouvelle chanson,

le tout chapeautĂ© par le rĂ©alisateur sonore et nĂ©anmoins musicien SĂ©bastyĂ©n Defiolle. Au cÅ“ur du projet : le retour Ă  Libreville d’un Franco-Gabonais, nĂ© sur place mais qui martèle qu’il a dĂ©testĂ© ses annĂ©es in situ, non point Ă  cause du pays mais Ă  cause du dĂ©calage entre sa personnalitĂ© de jeune « aimant les hommes, aimant les femmes, ayant des caprices de vieille dame » et la rigiditĂ© de la morale locale rĂ©solument homophobe. MalgrĂ© tout, il revient et assume ce « je t’aime moi non plus » dans « Je suis revenu », titre parlĂ© qui ouvre le projet. Son dernier contact physique avec le pays datait de 2003. Pour verbaliser les retrouvailles, nulle note de musique.

  • Des mots,
  • des silences,
  • des respirations,
  • des hĂ©sitations, aussi.

RevendiquĂ©es. Dans son dĂ©bit, le rĂ©citant Jann Halexander s’empare de son dĂ©sarçonnement. Le mot n’existe pas, c’est dire s’il est important de l’employer pour expliquer que le phĂ©nomène, si. Face Ă  la nuit

  • Ă©quatoriale,
  • animale,
  • Ă©trangère et
  • familière,

un homme est revenu et se souvient que « C’Ă©tait Ă  Port-Gentil » que sa vie tourbillonnante s’est nouĂ©e.

  • Enfant du coin et touriste,
  • il arrivait la nuit pour mieux contempler les lueurs, et
  • savourait cet Ăªtre-lĂ  en rĂªvant d’ailleurs – l’ailleurs est une notion polymorphe et essentielle dans l’imaginaire halexanderien.

Aujourd’hui, l’ici et l’ailleurs se mĂªlent. Cette actualitĂ© autobiographique l’incite Ă  revisiter son titre-phare. Cela a d’autant plus de sens que l’auteur-compositeur revisite son pays – et son rĂ©pertoire, qui s’est toujours ancrĂ© dans un terreau très personnel, est peut-Ăªtre son pays le plus intime. La chanson vient de loin et arrive dans une proximitĂ© dĂ©nue d’effets de pathos.

  • Clavier,
  • boĂ®te Ă  rythme,
  • intro dance sans phare :

nul lamento, ici, mais une boucle Ă  la fois festive et mĂ©lancolique. Dans ce contexte habitĂ© par les guitares mĂ©tallique puis rythmique que SĂ©bastyĂ©n Defiolle glisse en commentaire ou en complĂ©ment de beat, les mots rĂ©sonnent avec une intensitĂ© sachant percuter l’intime pour le proposer comme chambre d’Ă©cho Ă  l’auditeur. « Les choses du pays », texte rĂ©citĂ©, Ă©voque un autre thème structurellement halexandĂ©rien : la famille, car « la famille [dĂ©jĂ ] Ă©largie Ă©voque l’organisation d’un mariage coutumier. » Le voici dans le tambour de ses fructueuses contradictions.

  • Le zozo reconnaĂ®t avoir dĂ©testĂ© le Gabon mais jouit d’y revenir.
  • L’hurluberlu constate que ses repères de Français sont loin, mais estime que c’est pas plus mal.
  • Le fifrelin aimerait revenir avant que vingt-trois ans ne s’Ă©coulent Ă  nouveau, mais il ignore si.
  • L’olibrius adorerait dĂ©guster un beignet mais constate sa ringardise : c’est avant que l’on trouvait facilement des vendeuses de beignet. Maintenant, si j’puis dire, il faut Ăªtre introduit.

Comme le nouveau Gabon, il n’est pas univoque, monochrome, ni mĂªme biĂ©rovore ce qui, en Afrique francophone, doit Ăªtre une particularitĂ© très particulière. « Papa mum », qui a dĂ©jĂ  bĂ©nĂ©ficiĂ© de remixes dont certains excellentissimes pour qui aime mouver son body, fĂ»t-ce aux dĂ©pens de la biensĂ©ance ou de la mouvation dancefloor, se retrouve Ă  nouveau relouquĂ©.

  • Stridences,
  • rĂ©sonances guitaristiques vibrantes,
  • Ă©nergie,
  • explosions et
  • voix expressive

projettent dans un creuset musical stimulant les contradictions du chanteur avec force. À suivre !


Pour retrouver Libreville confidentiel, c’est ici.

Petits papiers – 12

Je voudrais profiter de ces découpures de presse pour rappeler le danger de la boulangerie découverts dans La Médecine végétale du docteur A. Narodetzki, éidtions La grande pharmacie du globe, 1910. Si vos enfants veulent devenir boulangers, orientez-les plutôt vers le suicide ou un concert de Céline Dion, ce sera plus charitable. Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. À commencer par une évaluation de la valeur des choses, laissant entendre que notre espèce est fort mal partie.

 

Un vĂ©ritable chefff-d’Å“uvre d’Apolline Navarro, journaliste d’investigation.

 

L’occasion de rappeler l’importance d’une presse d’information libre pour une dĂ©mocratie.

 

D’ailleurs, voici la crème de la crème d’un autre organe de presse. Petit exercice : imaginez le worst of de ce torchon subventionnĂ©.

 

Tremblez, bandits, des gaillards fit et surentraînés sont à vos trousses !

 

Ce qui est dingue de chez ouf, c’est que l’on a souvent l’impression de vivre dans un cocon alors qu’il s’en passe, des choses dans le monde. Tenez, voici un rĂ©sumĂ© de ce qui a secouĂ© la planète rien qu’en dix-sept minutes…

 

C’est l’histoire de la charitĂ© qui se gausse de l’hĂ´pital en lançant : « Ha ha, le nult ! Il est incule ou bien ? »

 

Combien de fois devrai-je l’Ă©crire ? EmpĂªchez les stagiaires bourrĂ©s de rĂ©diger les sous-titres. C’est clari, maintenont ?

 

Bienvenue dans la start-up nation !

 

Je sais que les temps sont durs et que les p’tits poissons font la gueule. NĂ©anmoins, reconnaissez que, parfois, on se marre Ă  s’en faire pĂ©ter la sous-ventrière.

 

C’est vrai que, avant l’IA, le climat Ă©tait plutĂ´t Ă  la convivialitĂ© et Ă  la fĂªte. Personne pour lui suggĂ©rer de bien fermer sa boĂ®te Ă  camembert, Ă  celui-lĂ  ?

 

Remettre un prix et donner la parole Ă  une ordure spĂ©cialiste de fraude fiscale massive : cohĂ©rent avec le niveau d’Ă©thique qui règne Ă  l’AssemblĂ©e nationale.

 

Les infos selon Le Figaro TV. Si le pays a besoin d’Ă©conomiser un peu en subventions, j’ai une petite idĂ©e.

 

La chougne communautaire pour wokistes, ce gros pan de l’industrie culturelle.

 

Mais, au fond, qu’importe ! Le monde pourrait bien s’Ă©crouler, qu’est-ce que ça change ? Marseille sera toujours Marseille.

 

Ă€ suivre !

Tristan Pfaff, Place de la Concorde (Paris 8), 18 avril 2026

Tristan Pfaff place de la Concorde (Paris 8) le 18 avril 2026. Photo : Rozenn Douerin.

45′ top chrono pour irradier la place de la Concorde, sous le prĂ©fabriquĂ© dressĂ© par Good Planet dans le cadre de l’opĂ©ration « Vivre ensemble », dont le titre et les participants principaux, de François Hollande Ă  « YaĂ«l » (Braun-Pivet) en passant par « Najat » (Vallaud-Belkacem), comme les nommera Yann Arthus-Bertrand –  farceur macroniste multirĂ©compensĂ© par la RĂ©publique bien qu’il eĂ»t invitĂ© Ă  « pardonner » Patrick Poivre d’avoir violĂ©, c’est vrai que qu’est-ce qu’on s’en fout, hein, des victimes – rebuteront a minima le quidam un rien sensĂ© : tel est le dĂ©fi qu’a acceptĂ© Tristan Pfaff, pianiste virtuose sans doute en pleine prĂ©paration de l’Ă©tonnant festival qu’il fomentera Ă  La-Roche-sur-Yon dès le 8 mai, en dĂ©pit du changement de municipalitĂ©.
Reprenant un florilège du disque Voltiges II (Ad Vitam) et secouant la set-list du disque, l’artiste propose un voyage soukouss en cinq Ă©tapes. D’abord, la collation de valses de Franz Schubert par SergueĂ¯ Prokofiev Ă©voquĂ©e ici en version studio. En dĂ©pit des bruits urbains (y a d’la voiture vroum-vroum dans l’air, on jouxte peu ou prou la place VendĂ´me) et d’un son mĂ©tallique propre Ă  la projection dans un espace entre chapiteau et Algeco en dĂ©pit de l’attention de RĂ©gie piano pour son instrument, le musicien parvient Ă  dĂ©ployer

  • un rythme tonique,
  • un Ă©tagement d’intensitĂ©s propice tant Ă  la clartĂ© de la ligne mĂ©lodique qu’Ă  l’Ă©panouissement de l’harmonie, et
  • une caractĂ©risation apprĂ©ciable des diffĂ©rents motifs
    • (martial,
    • quasi lyrique et
    • primesautier).

Se mĂªlent ainsi

  • vĂ©locitĂ© digitale,
  • exigence quant Ă  la rigueur de la mise en place et, corollaire du prĂ©cĂ©dent item,
  • sensibilitĂ© de l’exĂ©cution
    • (nuances,
    • agogique,
    • contrastes).

Du prélude et allegro

  • composĂ© par Fritz Kreisler « dans le style de Gaetano Pugani »,
  • transcrit pour piano par NicolaĂ¯ Vaneyev et
  • racontĂ© en version studio ici,

Tristan Pfaff tire un prélude

  • franchement solennel, puis
  • habilement libre et enfin
  • subtilement tentĂ© par la suspension.

Parti sur un très bref fugato, l’allegro se rĂ©vèle enlevĂ© et alerte.

  • Son motorisme Ă©nergique,
  • sa capacitĂ© Ă  aller de l’avant tout en paraissant solide sur ses jarrets, et
  • le sentiment d’urgence qu’il dĂ©gage

allient, pour la plus grande jubilation du spectateur,

  • fougue,
  • vivacitĂ© et
  • assurance.

TirĂ©e en 1861 par Franz Liszt de l’opĂ©ra de Charles Gounod et narrĂ©e ici pour sa version studio, la « Valse de Faust » traduit un mĂ©lange

  • d’euphorie et de drame,
  • de rythmique populaire et de virtuositĂ©,
  • de verve tonitruante et de tourment intĂ©rieur.

Par contraste, la deuxième partie se rĂ©vèle Ăªtre le temps

  • du recueillement,
  • de l’Ă©motion et
  • de l’introspection,

le tout évoqué avec une impression,

  • d’Ă©vidence,
  • de clartĂ© et
  • de simplicitĂ©

qui dĂ©mentirait presque un arrangement sciemment diabolique jusque dans ces moments oĂ¹ interprète et auditeurs sont invitĂ©s Ă  reprendre souffle. La troisième partie envoie son pĂ¢tĂ© et mĂªme ses cornichons avec une vitalitĂ©

  • dĂ©boutonnĂ©e,
  • brillante,
  • efficace et
  • passionnante.

 

Tristan Pfaff place de la Concorde (Paris 8) le 18 avril 2026. Photo : Rozenn Douerin.

 

Après au moins plusieurs secondes de respiration backstage, l’incroyable Tristan Pfaff revient pour un monument aussi difficile Ă  gravir qu’un 8000 mètres peu frĂ©quentĂ© pour un bon grimpeur des salles rutilantes qui ont fleuri un peu partout. « L’Isle joyeuse » de Claude Debussy, chroniquĂ©e ici pour la version studio, Ă©clate dès l’incipit.

  • Les trilles fusent,
  • les registres de l’instrument colorient le propos, et
  • les variations d’intensitĂ© guident astucieusement l’auditeur dans les mĂ©andres de la joie insulaire.

Sous les chipolatas du pianiste,

  • l’impressionnante nettetĂ© de l’Ă©nonciation devient poĂ©sie,
  • les changement d’humeur paraissent presque cohĂ©rents (n’eussent-ils Ă©tĂ© que cohĂ©rents, ils eussent estompĂ© le plaisir de la surprise), et
  • la fulgurance rhapsodique agite une Ă©nigme
    • ici trouble,
    • çà bouillonnante,
    • lĂ  insondable.

Debussy, c’est magnifique ; par Tristan Pfaff, c’est formidable. Après le Voltiges III, en prĂ©paration, pourquoi pas une monographie qui claque ? En attendant, le gars envoie sa spĂ©ciale, la fantaisie autour de l’opĂ©ra Carmen de Georges Bizet concoctĂ©e par Josef Weiss. Ce soir, la virtuositĂ© du prĂ©lude ne lui enlève pas son rĂ´le d’inventeur de suspense intranquille, et ce qui suit fait tout autant rĂ©cit. L’interprète semble voir dans le collage thĂ©matique une occasion de faire gronder de moult façons l’orchestre qu’il cache et fait grouiller dans son piano. Sous ses doigts, l’instrument

  • explose,
  • gronde,
  • ronronne,
  • esquisse,
  • suggère,
  • se retire,
  • revient en catimini,
  • s’impose peu Ă  peu,
  • s’affirme en grande pompe,
  • feint de se dĂ©rober,
  • change de registre,
  • se dĂ©gourdit les marteaux,
  • s’irrite et
  • pĂ©tarade.

Magistral. Mais trois quarts d’heure se sont Ă©coulĂ©s, donc un public extatique exige son dĂ», autrement dit un bis. Tristan Pfaff dĂ©gaine un Barbier de SĂ©ville tout en

  • surgissements,
  • nuances et
  • respirations.

De quoi faire planer la musique derrière l’exercice pyrotechnique. La modestie de l’interprète n’en peut mais : son rĂ©cital est

  • palpitant,
  • magique (comment c’est qu’on peut jouer ça comme ça ?) et
  • dynamisant.

Quoi d’autre ?

Gastronomie du petit-déjeuner

Au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19), le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Marcelle Martin..

Un jour, je fus las de voir l’usage mortifère que les autoproclamĂ©s reprĂ©sentants des capitalistes faisaient des normes. Aussi me dis-je, en ma grande sapience, euphĂ©misme : « Comment expliquer Ă  l’humanitĂ© exhaustive que toute norme ou presque est l’anticipation d’une arnaque ? » Je pensai qu’une chanson ferait l’affaire. La voici.

 

Irakly Avaliani joue Franz Schubert posthume (Sonogramme) – 6/6

Quatrième de pochette

En guise de dernier Ă©pisode de notre visite posthume Ă  Franz Schubert, guidĂ©e par Irakly Avaliani, voilĂ  que s’avance le huitième impromptu, un allegro scherzando en fa mineur Ă  trois croches par mesure. L’Å“uvre apparaĂ®t comme un Ă©loge

  • de l’Ă©lan
    • (appogiatures envolantes,
    • trillles Ă©nergisantes,
    • accĂ©lĂ©rations rĂ©jouissantes avec des triples croches en quintolets, sixtolets, septolets voire treizolets – y a sans doute un vrai mot pour ça, mais celui-ci est assez rigolo – Ă  dĂ©faut de soupolets),
  • du rebond (staccati et notes rĂ©pĂ©tĂ©es) et
  • du contretemps qui pulse voire propulse (dans la première section, le rythme de la main gauche est calquĂ© sur une logique binaire qui frotte avec la tonicitĂ© ternaire de la dextre ; dans la deuxième, les mouvements sont inversĂ©s : quand la main droite monte, la main gauche descend, et inversement).

L’impromptu secoue son propre prunier en Ă©grenant legato la gamme de La bĂ©mol majeur, relative de fa mineur. On se pourlèche les oreilles du contraste

  • des touchers,
  • des nuances,
  • des modes et des tonalitĂ©s.

 

 

Irakly Avaliani nous donne moins Ă  entendre des notes que

  • de l’Ă©nergie,
  • de la tonicitĂ© et
  • une sorte d’urgence Ă  pĂ©tiller

que zèbrent mystĂ©rieusement des breaks fort efficaces pour nourrir l’Ă©coute et le suspense.

  • Des gammes modulantes en unisson octaviĂ© traversent le clavier ;
  • de grands mouvements secouent l’ivoire ;
  • des silences dĂ©fient l’Ă©vidence

jusqu’au retour du premier motif, associant la puissance des rĂ©flexes de la senestre Ă  la nettetĂ© des pirouettes ou des jaillissements de la main droite. Une main gauche grave et sombre interroge les sauts de la main droite, prĂ©parant la voie Ă  une coda qui

  • bouscule,
  • Ă©bouriffe et
  • nous pousse Ă  crier « BRAVO » au gramophone de service.

Une ultime piste remarquable et palpitante pour un disque de haute et belle tenue.


Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici.
Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est là.

Petits papiers – 11

Un Aiphone pour passer un Aippel Ă  l’hĂ´pital Bichat (Paris 18). Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. Avec un bon nouvel pour commencer.

 

Puis ce vieux principe du journalisme daubĂ© : quand t’as rien Ă  Ă©crire, lance un questionnaire de sondage.

 

Dans la mĂªme sĂ©rie, Ă  paraĂ®tre : « C’est quand on se fait chier au thĂ©Ă¢tre que c’est bien », « c’est quand je voudrais me balancer par la fenĂªtre que je m’estime » et « c’est quand je t’ai tuĂ©e que je t’ai tant aimĂ©e ».

 

On va pas s’mentir : Le Figaro, qui n’est lu que par des retraitĂ©s, aime encore plus les patrons macronistes – les patrons, donc – que les retraitĂ©s. Une idĂ©e, comme ça.

 

Et vice et versa ?

 

Mais parce que c’est comme Ă©pouser sa fille, sauf quand t’es une vedette du chobimze mondial : ça ne se fait pas ! MĂªme les koalas hĂ©sitent Ă  faire ça !

 

MĂªme un Sauvage peut s’opposer Ă  l’acharnement. Comme quoi, ben, voilĂ , j’crois, quelque part, hein.

 

Y a des yensss, dès qu’ils ouvrent leur goule, t’as envie qu’ils n’en aient pas. Exemple paroxystique.

 

La pourriture socialiste Ă  l’Å“uvre en Espagne (tandis que le fils est poursuivi pour son Ă©trange embauche par une administration locale). Dommage, c’est rigolo, comme nom, Tulipe (je traduis approximatif).

 

Ça va, le mec a juste fait en sorte que des gens puissent cramer dans un Macumba suisse. So what?

 

Moi, prĂ©sident des États-Unis d’AmĂ©rique du Nord, j’aurais choisi un tartare avec une salade de cruditĂ©s, mais si tu veux choquer les plumitifs français en les rendant jaloux, c’est mieux si non.

 

J’en ai connu, des pitchs de merde, genre ordre du jour d’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale. Et pourtant, chez Arte, c’est vrai qu’ils ont un niveau un p’tit peu stratosphĂ©rique.

 

Marseille sera toujours Marseille.

 

Ă€ suivre !

Irakly Avaliani joue Franz Schubert posthume (Sonogramme) – 5/6

Première de pochette

Après le saisissement des deux premiers impromptus, voici que s’avance le troisième, un thème et variations en Si bĂ©mol Ă  jouer andante.

  • Motif guilleret,
  • notes rĂ©pĂ©tĂ©es sautillant avec grĂ¢ce,
  • ornementation joyeuse,
  • octaviation pimpante et
  • souci d’Ă©viter le sentimentalisme niaiseux
    • (mĂ©trique irrĂ©prochable,
    • tempo dĂ©cidĂ©,
    • nuances concentrĂ©es sur le mezzo forte pour l’exposition) :

le thème met en appĂ©tit ! La première variation s’Ă©lance sur

  • une basse Ă  temps et Ă  contretemps,
  • des accords Ă©grenĂ©s et
  • une mĂ©lodie surplombante, intĂ©grĂ©e Ă  l’harmonisation et jouĂ©e en rythme pointĂ©.

L’interprète veille donc

  • Ă  Ă©quilibrer les plans sonores,
  • Ă  varier les intensitĂ©s pour insĂ©rer de la tension narrative dans l’Ă©nonciation rĂ©gulière du texte, et
  • Ă  laisser poindre çà et lĂ  quelques surprises prĂ©vues par la partition (sursaut chromatique) ou dĂ©nichĂ©es par le musicien (tel accent ou telle mise en lumière de la basse).

Sur la mĂªme pulsation, la deuxième variation libère d’abord la main droite puis la main gauche, dĂ©liant tour Ă  tour aigus et basses, les uns pour dĂ©crire une arabesque dĂ©liĂ©e, presque nonchalante, les autres pour remettre de la tonicitĂ© dans le moteur grĂ¢ce Ă  des octaves bien senties. L’utilisation d’une large partie du clavier dans le dialogue entre senestre et dextre permet d’apprĂ©cier un piano habilement rĂ©glĂ© par Jean-Michel Daudon, d’une part, et, d’autre part, un artiste qui sait flatter l’oreille grĂ¢ce Ă  ces petites touches personnelles que sont, par exemple,

  • la prĂ©cision du phrasĂ©,
  • l’Ă©lĂ©gance du staccato,
  • une recherche passionnante de la pĂ©dalisation juste, c’est-Ă -dire Ă  la fois gĂ©nĂ©reuse et jamais cotonneuse,
  • le sens de l’Ă©quilibre des voix et
  • le plaisir d’une diĂ©gèse oĂ¹ s’entrelacent cohĂ©rence d’un rĂ©cit et plaisir de l’inflexion qui capte l’attention et colore le discours.

 

 

La troisième variation bascule – classique du genre – en mineur. Contraste radical avec la consÅ“ur que nous venons d’ouĂ¯r :

  • le mode change,
  • l’Ă©criture passe de l’horizontal (une mĂ©lodie se dĂ©tache) au vertical (accords et intervalles prĂ©dominent), et
  • le ternaire des triolets vient se frotter au binaire des rythmes pointĂ©s.

On apprécie le souci de caractérisation

  • des changements d’humeur ici tournoyants,
  • des registres pianistiques instables, et
  • des moments caractĂ©risant un impromptu soudain plus animĂ© comme si, pour partie, il renversait la table et dĂ©fiait les conventions.

La quatrième variation va encore plus loin dans ce dĂ©fi en ajoutant un bĂ©mol Ă  l’armature au lieu d’en Ă´ter trois. Nous voici en Sol bĂ©mol, dans un monde oĂ¹ la mĂ©lodie semble rechigner Ă  Ă©merger. Sous les doigts de l’interprète,

  • mystère d’une mĂ©lodie portĂ©e disparue,
  • circulation du lead,
  • Ă©nergie des accents, et
  • Ă©tonnements harmoniques (jonction Gb7 vers Bb Ă  la reprise de la seconde section, par exemple)

semblent sourdre avec naturel d’une partition oĂ¹ le fort joli a refluĂ© pour laisser place au palpitant et Ă  l’inattendu. La cinquième et dernière variation renoue avec la tradition du double (ça accĂ©lère), avec la tension que Schubert aimait bien entre ternaire (la main droite joue une sorte de 24/8, soit quatre paquets de six doubles par temps) et binaire (la main gauche revient Ă  la pulsation du deux temps liminaire), source inĂ©puisable de groove. C’est le moment oĂ¹ les petites saucisses peuvent se lĂ¢cher. Pourtant, masquant presque la double virtuositĂ© qu’il dĂ©ploie (cĂ©lĂ©ritĂ© de la dextre, sĂ©rĂ©nitĂ© de la senestre), Irakly Avaliani refuse de faire crĂ©piter des notes afin de nous laisser goĂ»ter la musique sans parasite fanfaron ou bravache qui nous obligerait Ă  nous exclamer : « Wow, il joue speed, le gars ? Comment il fait ? » (MĂªme si la question n’est pas si stupide, reconnaissons-le…) Dans cette version,

  • la vitesse devient grĂ¢ce,
  • la puls’ battement de cÅ“ur,
  • le vertige technique tremplin pour l’imaginaire, entre patineuse qui virevolte et effort du partenaire pour la suivre.

La coda, soudain grave, fracasse sans remords cette bouffĂ©e de lĂ©gèretĂ©. La manière dont le pianiste retient ses derniers mots (ha ! l’attente de l’ultime mi bĂ©mol aigu ! ha !) semble nous parler de ces matins oĂ¹, mĂªme après le rĂ©veil, l’on voudrait poursuivre le rĂªve ou le cauchemar interrompu par une maudite sonnerie afin de dĂ©couvrir la suite. Dans la vraie vie, il n’y a pas de suite, Ă  peine une chimère qui disparaĂ®t. Dans la vie du mĂ©lomane, cette dĂ©sillusion n’est pas systĂ©matique. Ainsi, il nous reste une dernière histoire Ă  dĂ©couvrir dans ce cycle D 935. Ă€ suivre, donc, na !


Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici.
Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est là.

RelativitĂ© de l’immensitĂ©

Claudio Zaretti au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail, le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Rozenn Douerin.

Plus de 40 000 km de diamètre. Plus de 500 millions de kilomètres carrĂ©s de superficie. Plus de 1X10 Ă  la puissance 12 de kilomètres cubes (le blog n’est pas paramĂ©trĂ© pour ce genre d’infos, alors on bricole).

  • Notre logement,
  • la zone d’errance oĂ¹ nous baguenaudons plus que nous ne vaquons,
  • la planète bleue comme un trou noir dont nous habitons une fraction fragile :

non,

  • rien n’est grand (d’autant que, comme le chantait Pain dans le pont du magistral « Dancing with the dead », « too much is never enough »),
  • rien n’est petit (mĂªme si, souvent, notre logement fait vachement bien semblant),
  • tout est une question d’Ă©chelle, surtout quand on en est tombĂ©.

 

 

En souvenir du mendiant paki avec qui j’eus jadis l’habitude d’Ă©changer longuement et souvent en franco-anglais, l’Ă©tĂ© devant ce qui est devenu un parc canin, près du square des Batignolles, l’hiver au-dessus d’une bouche qui crachait un peu d’air chaud, rue de Rome, j’aime bien fredonner cette chanson qu’il m’a inspirĂ©e.
TantĂ´t, je rĂ©cidivai avec le soutien de Claudio Zaretti, devant un public qui constatait comme moi que, pour qu’une guitare Ă©lectro-acoustique fonctionne, c’est mieux si les branchements ont Ă©tĂ© consciencieusement faits et vĂ©rifiĂ©s – rassurez-vous, les gens, je m’en rendis compte itou mais, quand les dĂ©s sont jetĂ©s, rien ne va plus, on y va, et merci aux curieux qui survĂ©curent Ă  cet incident technique. En plus d’Ăªtre souvent petit, le monde du live est souvent complexe, so let’s kiffe the vibe, won’t we?