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Le blog de Bertrand Ferrier, page 18

Arvo Pärt, « Passio », Philharmonie de Paris, 6 avril 2026

Richard Wilberforce Ă  la Philharmonie de Paris (Paris 19), le 6 avril 2026. Photo : d’après Rozenn Douerin.

Lundi de PĂ¢ques, cette annĂ©e, la Philharmonie a programmé Passio d’Arvo Pärt ; par chance, le photographe, conteur et musicien Jack Good, empĂªchĂ©, m’a dĂ©signĂ© comme spectateur remplaçant. Cette mise en musique de la Passion selon saint Jean, en latin s’il-vous-plaĂ®t, associe

  • l’ensemble Voces8 (chantant le rĂ´le de l’ÉvangĂ©liste),
  • deux solistes,
  • quatre musiciens de l’Orchestre de Paris plus l’organiste Sarah Kim, et
  • l’acadĂ©mie du chÅ“ur de l’Orchestre de Paris,

tout ce petit monde Ă©tant placĂ© sous la direction de Richard Wilberforce. Petite mise en espace pour l’annonce du titre, avec un positionnement spĂ©cial des acadĂ©miciens avant leur placement en arrière-scène. MĂªme en arrière-scène, dans une salle presque pleine, le son semble bien construit, mais, dès les premières mesures, la synchronisation entre les chÅ“urs et les musiciens paraĂ®t perfectible. HĂ©las, les dĂ©calages sporadiques (auxquels se joindront des dĂ©parts savonnĂ©s ou approximatifs des pupitres masculins des acadĂ©miciens) persisteront, nous paraĂ®t-il, au long de l’ouvrage. La faute, sans doute, Ă  la gestique du chef,

  • engagĂ©e,
  • gĂ©nĂ©reuse mais
  • manquant de prĂ©cision.

L’Å“uvre se prĂ©sente d’emblĂ©e comme oxymorique. D’un cĂ´tĂ©, l’on va dĂ©couvrir une narration quasi immuable ; de l’autre, le compositeur va multiplier les combinaisons :

  • chÅ“ur solo ou avec un et plusieurs accompagnants,
  • musiciens accompagnants ou brièvement Ă  dĂ©couvert, et
  • chanteurs solistes aux rĂ´les très diffĂ©renciĂ©s.

Le premier des solistes est la basse Frederick Long dans le rôle de Jésus.

  • Voix chaude aux graves assurĂ©s,
  • tenues longues (caractĂ©ristique de JĂ©sus dont la parole porte plus, dans cette pièce) et
  • projection intense

caractĂ©risent sa prestation. Rapidement, l’harmonisation d’Arvo Pärt intrigue en aboutant

  • des passages aux accents Renaissance,
  • des moments rĂ©solument dissonants et
  • des unissons efficaces.

Le rĂ©cit s’Ă©tire presque Ă  la façon d’un long rĂ©citatif oĂ¹

  • la mĂ©lodie s’efface devant
  • les intervalles significatifs, attribuĂ©s Ă  tel personnage ou tel ensemble, et
  • une propension Ă  l’itĂ©ration mĂ©ditative.

La lente Ă©locution du Christ prolonge cette volontĂ© d’hypnose musicale oĂ¹ son et sonoritĂ© se fondent doucement dans un creuset dont la sĂ©rĂ©nitĂ© gĂ©nĂ©rale contraste avec les scènes d’horreur qui se prĂ©parent. PlombĂ© par une attente de vingt-cinq minutes, Thomas Elwin (Pilate) peine Ă  pousser son premier air. En dĂ©pit d’un timbre de belle couleur, il apparaĂ®t en difficultĂ© avec

  • les attaques,
  • la justesse des tenues et
  • la prĂ©cision d’aigus qui semblent parfois difficiles Ă  atteindre.

Ses prestations suivantes ne seront pas beaucoup plus convaincantes. Celui qui n’a jamais eu de soir sans criera dĂ©finitivement haro sur le baudet. Celui qui se rĂ©jouit d’avoir parfois des soirs avec saluera le potentiel tout en confessant sa dĂ©ception.
La partition mix’n’matche les langages psalmodique et grĂ©gorien. Peut-Ăªtre le signe que cette musique est puissante : il est loisible de rester Ă  la porte de l’Ă©motion ou de se laisser emporter par une Å“uvre qui semble se revendiquer

  • moins immobile que hiĂ©ratique,
  • moins raide qu’aurĂ©olĂ©e de la fatalitĂ© du tragique,
  • moins statique que pĂ©nĂ©trĂ©e par la rigueur de la mort dont on sait qu’elle viendra frapper Ă  la fin.

Ă€ l’orgue Reger qui ressemble Ă  un gĂ¢chis Ă©pouvantable d’argent public tant il sert peu au cours des saisons de la Philharmonie, Sarah Kim dĂ©joue les difficultĂ©s de sa partition, techniquement très abordable mais exigeant une concentration perpĂ©tuelle pour partir au bon moment et calquer son rythme sur celui de Frederick Long. Au fil des mesures, elle habille ses interventions de registrations pertinentes, par-delĂ  les caricatures nĂ©cessaires des fonds jalousies fermĂ©es et du plein jeu qui claquera pour le « Amen » final. MalgrĂ© tout, le fortissimo du « CRUCIFIEZ-LE » fait du bien car, avouons-le, passĂ© l’intĂ©rĂªt suscitĂ© par la multiplicitĂ© des dispositifs qu’a fomentĂ©s le compositeur, un engourdissement gagne nos oreilles et notre esprit, façon Pierre piquant du nez alors que JĂ©sus vit ses dernières heures de libertĂ©. On essaye de s’accrocher aux contrastes des nuances mais pas que : se dĂ©fient

  • unisson et polyphonie,
  • intensitĂ© et Ă©pure,
  • a capella et sections avec accompagnement,
  • ensemble et soli, etc.

On n’en assiste pas moins avec soulagement Ă  la mini-mise en espace des acadĂ©miciens investissant l’arrière-scène au moment du bref simili choral clamant : « Toi qui as offert ta Passion, aie pitiĂ© de nous ! »
Après le triomphe qui salue la performance, Voces8 interprète le tube choral d’Arvo Pärt, « The Deer’s Cry », lequel leur a valu plus d’1,5 million de vues sur YouTube et qui, ce soir, après que leur monsieur Loyal a insistĂ© sur le cĂ´tĂ© interactif de la pièce (« nous allons partager le silence, donc merci pour votre participation »), permet Ă  un connard de faire entendre Ă  quatre reprises son putain de cellulaire de merde. En quatre minutes, c’est peut-Ăªtre un record du monde ; mais faut dire qu’ici, c’est Paris.
Si, ça peut jouer : Paris n’est-il pas champion ?

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 10/10

Première de couverture

Fin de partie en vue pour cette promenade Ă  travers l’Å“uvre de Lucie Vellère, commencĂ©e le 25 janvier. Nous sommes dans la seconde moitiĂ© des PrĂ©ludes pour la jeunesse et pour piano, avec une « Danse villageoise » aux intervalles mouvants. Dans cette miniature pimpante, il y a

  • du staccato,
  • des refrains tonifiĂ©s par des sforzendi claquants, mais aussi
  • la patte dĂ©sormais reconnaissable de la compositrice
    • (harmonies inventives,
    • ruptures du discours,
    • accent sur le mĂ¢chonement de motifs plutĂ´t que sur le dĂ©veloppement…).

« Parfums d’Orient » propose au contraire une plage mĂ©ditative dont le prĂ©lude-et-postlude travaille les suspensions

  • (points d’orgue,
  • effets d’attente,
  • silences…).

L’essor d’une ligne mĂ©lodique ne renie pas certains Ă©chos debussystes ; et l’attention que ThĂ©rèse Malengreau prĂªte

  • Ă  la nuance,
  • Ă  l’intensitĂ© de toucher, et
  • au son dans sa triple composante
    • (attaque,
    • durĂ©e,
    • coupure)

donne une puissance envoĂ»tante Ă  ce feuillet d’album bien plus captivant que ce que son titre programmatique pouvait laisser craindre.

 

 

« Enfantine » est une ronde qui dĂ©passe Ă  peine la minute. Elle n’en est pas moins jouĂ©e avec un respect apprĂ©ciable :

  • phrasĂ©s,
  • rythme et
  • caractĂ©risation des registres

rendent mimi comme tout cette virgule musicale. Le cycle de préludes se termine avec « La caverne mystérieuse ».

  • Notes rĂ©pĂ©tĂ©es,
  • phrases brisĂ©es et
  • importance de la pĂ©dalisation

dessinent un halo grave embrouillardé, et hop, et cependant nettement dessiné.

  • Des explosions,
  • des aigus laissant passer la lumière, et
  • les Ă©chos entre graves et mĂ©diums tĂ©moignant peut-Ăªtre d’un souci pĂ©dagogique

dissocient mystĂ©rieux et morne. On est dĂ©sormais moins chez Debussy que, lĂ©gèrement, chez Ravel. C’est Ă  la fois intĂ©ressant et plaisant.

 

 

Après une pause de douze secondes qui suggère que le disque est pensĂ© pour une Ă©coute continue et non morcelĂ©e par cycle, restent trois Feuillets Ă©pars (1966) sur notre gramophone. « RĂªverie au crĂ©puscule » se prĂ©sente comme un balancement ternaire posĂ© sur un accompagnement doux.

  • Le scintillement des aigus,
  • le pĂ©tillant rebond des notes rĂ©pĂ©tĂ©es, et
  • la souplesse du legato

conduisent agrĂ©ablement les rĂªveurs Ă  bon port.  « Glissent les nuages » n’aurait jamais pu Ăªtre ce perpetuum mobile que l’on croit pourtant deviner dès les premières mesures. En effet, Lucie Vellère aime rien tant que

  • la rupture,
  • la suspension et
  • le ressassement des formules interrompues.

Dans ce qui est souvent un duo, l’on goĂ»te notamment

  • des dissonances piquantes,
  • un allant revigorant,
  • de belles variations d’intensitĂ©s, et
  • des octaves lumineux.

 

 

Conclusion symbolique du double disque, « La terre s’est endormie » est le feuillet le plus dĂ©veloppĂ© de la trilogie et du disque pianistique dans son ensemble. LancĂ©e par trois notes descendantes, la pièce façonne une atmosphère claire-obscure digne de la caverne mystĂ©rieuse visitĂ©e un peu plus tĂ´t. La compositrice et sa porte-voix nous parlent

  • d’ombres aux densitĂ©s variables,
  • de silhouettes imprĂ©cises et
  • des Ă©tranges vapeurs d’un monde qui s’efface.

En étirant la contemplation, Lucie Vellère

  • interroge l’espace sonore,
  • le refaçonne au grĂ© des changements de registres et des  mutations de nuances, et
  • diffracte le rythme entre tenues et sĂ©ries de notes descendantes.

On ne pouvait rĂªver coda plus appropriĂ©e et, Ă  l’Ă©vidence, interprète plus pĂ©nĂ©trĂ©e de l’importance de ce qu’elle nous permet de dĂ©couvrir. Quelle formidable fin Ă  la fois apothĂ©otique et intĂ©riorisĂ©e pour un double album souvent passionnant !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple çà.
Pour retrouver l’ensemble des chroniques sur le disque, c’est lĂ .

Limite des couleuvres

Au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19) le 18 mars 2026. Photo : d’après Cendras Djedda.

Il n’y a pas de concert de chansons sans techniciens. Sans couleuvres non plus. C’est l’sujet d’cette fredonnerie.

 

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 9/10

Quatrième de couverture

Troisième cycle – le plus dĂ©veloppĂ© – au programme du florilège pianistique de Lucie Vellère confiĂ© Ă  ThĂ©rèse Malengreau, PrĂ©ludes pour la jeunesse a Ă©tĂ© composĂ© en 1950 et publiĂ© en 1959, dans la foulĂ©e de Promenade au bord du lac, Ă©coutĂ© tantĂ´t. Onze miniatures pesant entre 1′ et 4′ y sont rassemblĂ©es.
« Bucolique » est la bande-son d’une promenade qui sait Ăªtre charmante sans Ăªtre chichiteuse. Sur un tempo allant, on apprĂ©cie le contraste entre

  • legato et staccati,
  • rĂ©gularitĂ© et contrastes
    • (contretemps,
    • triolets,
    • ralentis habiles),
  • simplicitĂ© de la ligne et circulation du lead entre soprano et basse.

Toujours rebelle aux développements en bonne et due forme, Lucie Vellère privilégie

  • le ressassement,
  • la reprise de motifs identifiĂ©s et
  • la modification plus ou moins insidieuse des cellules reconnaissables.

« Ombres chinoises » creuse la veine d’un dĂ©tachĂ© espiègle que l’art de l’interprète pare d’une dimension ludique fort apprĂ©ciable.

  • La variĂ©tĂ© des harmonies,
  • la multiplicitĂ© des attaques,
  • le recours Ă  de nombreux breaks suspendant le discours, et
  • l’art de la modulation

captent l’attention par-delĂ  l’aspect peu spectaculaire de la pièce.

 

 

« À tire d’ailes », pièce la plus courte du cycle, aurait aussi bien pu s’intituler « Le frais ruisseau » ou « le gai souriceau » ! Chacun entendra ce qui lui chante dans cette cavalcade douce que, fidèle Ă  sa patte, Lucie Vellère prend plaisir Ă  entrecouper de silences.

  • Des bouts de phrase Ă©voquent des chansons enfantines,
  • la parole circule sur diffĂ©rents registres, et
  • les harmonies chamarrĂ©es de la compositrice soufflent sur l’auditeur comme une brise bienfaisante baguenaudant dans un crĂ©puscule estival.

La « Nostalgie » suivante va son p’tit bonhomme de chemin. ThĂ©rèse Malengreau y fait sonner un piano

  • prĂ©cis,
  • colorĂ© et
  • cristallin

joliment captĂ© par Manuel Mohino. L’on apprĂ©cie sa manière d’incarner des pièces sans doute pas pensĂ©es pour le concert et qui, en consĂ©quence, donnent par interstices l’impression d’Ăªtre certes bien troussĂ©es mais plus mignonnes voire gentillettes que cherchant Ă  chambouler le mĂ©lomane.

  • Les quelques dissonances,
  • les intervalles inattendus et
  • le jeu Ă©purĂ© mais investi de l’interprète

poussent toutefois Ă  chercher dans cette musique rarement ouĂ¯e un intĂ©rĂªt autre que documentaire.

 

 

« Masques » fait planer une main droite

  • virevoltante,
  • piquante et
  • presque facĂ©tieuse

sur une main gauche motorique, la compositrice utilisant ses effets stylistiques préférés

  • (Ă©noncĂ© du thème Ă  la main droite,
  • dialogue entre basse et soprano,
  • ruptures)

que Thérèse Malengreau mitonne aux petits oignons

  • (phrasĂ©,
  • toucher,
  • nuances et
  • usage remarquable de la pĂ©dale de sustain).

« L’histoire inachevĂ©e » prolonge cette marque de fabrique dans un dialogue entre les deux mains qui dĂ©voile des facettes variĂ©es selon l’inspiration d’une compositrice qui, youpi, prĂ©fère changer de narration plutĂ´t que de traĂ®ner en longueur.

 

 

« Les routiers » dĂ©route par le contraste entre l’imaginaire convoquĂ© par son titre et l’entrain primesautier qui caractĂ©rise la miniature. Il y a

  • de la bonne humeur dans ces sautillements,
  • une forme de bien-Ăªtre dans les notes tenues et prolongĂ©es, et
  • du charme dans des harmonies qui, dĂ©cidĂ©ment, ont l’art et la manière de titiller les portugaises.

« Voici l’automne » rĂ©vèle une mĂ©lancolie qui garde la politesse de l’Ă©lĂ©gance.

  • Un peu de noirceur point ici,
  • sourd çà un soupçon de taedium vitae façon contemplation des feuilles qui tombent dans le presque-crĂ©puscule, et
  • un spleen pudique se faufile lĂ , notamment dans les Ă©changes entre les deux pognes tandis que l’on se prĂ©pare dĂ©licatement Ă  prendre congĂ© en Ă©coutant une dernière fois le thème liminaire.

C’est sur cette pièce fort rĂ©ussie que nous suspendrons notre Ă©coute jusqu’Ă  la prochaine notule qui portera sur les quatre derniers prĂ©ludes et sur l’ultime cycle au programme, Feuillets Ă©pars. Ă€ suivre !


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Isaure, librairie Au bonheur des livres (Paris 17), 20 novembre 2025

Isaure et Thierry Durnerin le 20 novembre 2025 Ă  la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo moche : Bertrand Ferrier.

Souvenir plus qu’archive : le 20 novembre 2025, il y a donc près d’un siècle, Isaure fĂªtait la réédition en poche de ses MĂ©moires d’une femme de mĂ©nage (Le Seuil, « Points »). Le livre

  • est initialement paru chez Grasset, oĂ¹ il a obtenu un succès considĂ©rable,
  • est parti ensuite se promener en Allemagne pour un autre joli succès… et
  • a abouti en poche au Seuil avec, dĂ©sormais, deux couvertures diffĂ©rentes.

En effet, grĂ¢ce au succès de la sĂ©rie autour de « la femme de mĂ©nage », Le Seuil a choisi de relancer cet essai Ă  la fois

  • autobiographique et sociologique,
  • secouant et drĂ´le,
  • dissonant et intimement tournĂ© vers les autres.

 

Isaure, Thierry Durnerin et des lecteurs, le 20 novembre 2025 Ă  la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Dans le cadre chaleureux de la librairie Au bonheur des livres, l’auteur a rĂ©pondu aux questions de Thierry Durnerin, le patron du bouge qui a rĂ©ussi en moins de trois ans Ă  transformer son antre en lieu prisĂ© du quartier des Batignolles ; puis le public venu remplir l’espace disponible a pu Ă©changer avec

  • l’Ă©crivain,
  • la femme et
  • l’ex-p’tite bonne tout terrain.

Bien qu’elle se revendique maladivement timide, Isaure a racontĂ©

  • son expĂ©rience professionnelle Ă©tonnamment variĂ©e,
  • sa vision extĂ©rieure de l’intĂ©rieur – si, si – en tant qu’image (parfois trompeuse) de nous-mĂªmes, et
  • les consĂ©quences personnelles de ce bout de vie passĂ© Ă  rendre propre et beau chez les autres.

 

Échange avec le public de la librairie Au bonheur des livres (Paris 17), en présence notamment de Guillaume Vatan, réalisateur, Charlotte Grenat, chanteuse, et Guillaume Karr, auteur. Photo : Thierry Durnerin.

 

Le livre est toujours disponible en librairie ou chez les vendeurs digitaux tel le grand mĂ©chant Amazon. Au bonheur des livres organise très souvent des rencontres mais, Ă©videmment, nous attirons l’attention de nos lecteurs sur celle qui aura lieu le jeudi 28 mai, Ă  19 h : Jean-Pierre Colombiès sera dans la place pour La Face obscure de la police, qui paraĂ®tra chez Max Milo le 5 mai.
Ancien des stups Ă  Marseille puis Ă  Paris, investi dans la lutte contre l’atteinte aux personnes et aux biens, ce flic blanchi sous le harnais profite d’avoir quittĂ© la Boutique, son service accompli, pour promener son regard

  • lucide,
  • acĂ©rĂ© et
  • volontiers piquant

sur l’Ă©volution parfois inquiĂ©tante d’une institution en butte, notamment, Ă  l’impĂ©ritie – pour partie calculĂ©e – des gouvernements.

 

On en reparlera !

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 8/10

Première de couverture

Après un disque partagĂ© entre voix et quatuor Ă  cordes, le florilège Lucie Vellère fomentĂ© par Musique en Wallonie se complète par un disque entièrement consacrĂ© au piano. L’instrument est confiĂ© Ă  ThĂ©rèse Malengreau, et le rĂ©cital commence par Trois tanagra, cycle composĂ© en 1918. Première statuette, la « Danseuse » esquisse une gymnopĂ©die partagĂ©e entre un groove ancrĂ© dans les graves et des octaves aĂ©riennes. L’inversion des rĂ´les ouvre la voie Ă  un travail autour

  • de la rĂ©sonance,
  • des caractĂ©risations de registre et, plus gĂ©nĂ©ralement,
  • de l’Ă©quilibre du son.

Le dialogue entre gauche et droite du clavier se poursuit autour

  • d’harmonies piquantes,
  • d’itĂ©rations tenant lieu de dĂ©veloppement et
  • d’une ultime suspension.

« La porteuse d’offrandes » garde le principe d’une main gauche accompagnante, fondĂ©e sur un balancement motorique, au-dessus duquel se greffe une mĂ©lodie

  • mystĂ©rieuse,
  • dĂ©licate et
  • diaphane.

TantĂ´t,

  • des accords,
  • des octaves et
  • une accĂ©lĂ©ration vigoureuse

secouent provisoirement la tranquillité de la miniature.

 

 

Les astuces harmoniques de la compositrice sont habilement ciselées par une Thérèse Malengreau qui ne joue jamais mignon, préférant

  • la nettetĂ© des accents,
  • la justesse de l’agogique et
  • la prĂ©cision du phrasĂ©.

« Bacchante » oppose une nouvelle fois une main gauche rythmique et une main droite plus

  • libre,
  • lĂ©gère et
  • presque festive,

entraĂ®nant sa consÅ“ur dans son Ă©lan.

  • Ruptures,
  • mĂ©li-mĂ©lo et
  • variations

reprennent plaisamment le motif jusqu’Ă  l’accĂ©lĂ©ration conclusive. 41 ans plus tard paraĂ®t Promenade au bord du lac, un cycle de six pièces brèves (entre 1’45 et 3′). « L’heure tranquille » va son chemin dans la paix des mĂ©diums et des graves.

  • La compositrice veille Ă  partager le lead entre dextre et senestre ;
  • l’interprète Ă©quilibre les voix ;
  • l’auditeur goĂ»te ce singulier mĂ©lange absolument inconnu ici-bas, aussi loin que nous sommes concernĂ©s, nowadays.

 

 

« Pétales sur la cendre » se présente comme une aimable bluette paisiblement dissonante.

  • Les recherches harmoniques,
  • les questionnements nuancĂ©s,
  • les Ă©chos habilement rendus par l’interprète

animent ce deuxième Ă©pisode jusqu’Ă  la coda savoureuse. « L’eau profonde » est volontiers

  • trouble,
  • agitĂ©e et
  • instable.

ThĂ©rèse Malengreau en rend le mystère insaisissable jusque dans les abysses et les points d’orgue. « Danse au clair de lune » y va sur

  • le rebond,
  • l’Ă©trangetĂ© des registres, et
  • l’habiletĂ© des ruptures thymiques.

GrĂ¢ce Ă  l’Ă©nergie de l’interprète, la praticitĂ© a posteriori un rien pataude des titres programmatiques n’obère en rien l’intĂ©rĂªt des propositions musicales qui, suppute-t-on, devaient passer par ce processus.

 

 

« La maison abandonnĂ©e » s’Ă©panouit dans

  • une esthĂ©tique de l’Ă©vocation,
  • une sensibilitĂ© du possible et
  • une intellignce profonde de l’instrument que l’interprète semble Ă©prouver intimement.

« L’Ă®le en feu » s’amorce sur des accords aigus, fort convenus, dont le grave ne s’en fasse l’Ă©cho. Dans cette friction, il y a

  • de la tonicitĂ© multi-registres,
  • de la suspension Ă©vocatrice, et
  • de la rugositĂ© bienvenue pour ne pas rĂ©duire, allĂ©luia, une promenade lacustre Ă  un pensum.

Ă€ suivre !


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Petits papiers – 8

Photo d’humour pour musicologues fans de hardcore – d’accord, c’est pointu. Voici la set-list de Split : deux tonalitĂ©s, et basta. Et pourtant, super concert (https://www.bertrandferrier.fr/kibosh-mascara-split-point-ephemere-19-fevrier-2026/). Comme quoi, le sol bĂ©mol mineur ou le Fa dièse majeur, restez chez vous ! Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde Ă  base sinon de popopopo, du moins de signalisation, de Kate Middleton, de Bentley, de deuil maternel, de Jane Birkin, de sodomie capitaliste, de racisme religieux, de zoologie et de vie version sĂ©rieux. Je ne crois pas m’Ăªtre gaussĂ© de vous. DĂ©monstration.

 

*

 

On ne pourra pas sauver tout le monde. Démonstration.

 

Le monde est plein de mystères (presque) palpitants. Démonstration.

 

GrĂ¢ce Ă  sa presse d’investigation, la France est une dĂ©mocratie solide. DĂ©monstration.

 

La mort des ascendants, parfois, ça coûte cher. Démonstration.

 

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment oĂ¹ tu as dĂ©couvert des poèmes bien troussĂ©s d’un Ă©crivain de jadis rĂ©putĂ© ringard et que tu veux approfondir la question… mais la dernière ligne du pitch te fait renoncer et gerber Ă  la fois. DĂ©monstration.

 

Certaines entreprises sont soucieuses du bien-Ăªtre de leurs employĂ©s, mais en gĂ©nĂ©ral voire en sociĂ©tĂ©, rarement des clampins qui font leur fortune. DĂ©monstration.

 

Parfois, les musulmans noirs font flipper parce qu’ils sont noirs et musulmans. DĂ©monstration.

 

« Les zoos permettent aux animaux sauvages de vivre plus vieux. Mais s’ils vieillissent, on les tue. » C’est pourquoi il faut exterminer ces entreprises de mort. DĂ©monstration. (Tout sur l’arnaque dĂ©gueulasse des zoos dans un bouquin auquel j’ai prĂªtĂ© une main ou deux Ă  retrouver ici.)

 

Les hommes sont souvent de plus en plus cons. Heureusement, les femmes ne lĂ¢chent pas l’affaire. DĂ©monstration.

 

Ă€ suivre !

Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 3/2

Nicolas Horvath, lors de son précédent concert parisien, le 2 avril 2025 à la salle Gaveau (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

Le concert de Nicolas Horvath autour des nocturnes de FrĂ©dĂ©ric Chopin s’Ă©tait habilement terminĂ© en apprivoisant le silence. Il se prolonge « pour l’anniversaire d’Alain » (ni Jehan, ni Albert, juste Alain) par un bouquet d’Ă©tudes de Philip Glass, terrain souventes fois sillonnĂ© de long, en large, en travers et plus si affinitĂ©s par l’interprète. Le premier chapitre installe une rĂ©gularitĂ© qu’il s’obstine Ă  secouer en multipliant

  • dĂ©bordements,
  • ruptures et
  • accents

tout en maintenant la continuitĂ© grĂ¢ce Ă  la dynamique perpĂ©tuelle de la senestre (l’irrĂ©gularitĂ©, contrairement Ă  la rĂ©gularitĂ©, est un contraste). La synthèse vient de la dextre,

  • tantĂ´t Ă  droite,
  • tantĂ´t Ă  gauche,
  • tantĂ´t Ă  gauche et Ă  droite.

Devant son Steinway du soir, Nicolas Horvath anime cette mĂ©canique Ă  la complexitĂ© discrète jusqu’Ă  la doter d’un souffle propre. Le deuxième chapitre, enchaĂ®nĂ©, amplifie le souffle pour restituer

  • la dynamique,
  • le rythme et
  • cette profusion sonore que le musicien parvient cependant Ă  Ă©clairer

sans oublier de se lĂ¢cher, un rien foufou. Le troisième chapitre qui s’aboute bien au prĂ©cĂ©dent conclut l’affaire par – bien sĂ»r – le tube qu’est la sixième Ă©tude prise Ă  un tempo encore plus Ă©nergisant que vif.

  • Les notes rĂ©pĂ©tĂ©es façons balalaĂ¯ka,
  • l’explosivitĂ© des octaves,
  • la fougue des trilles,
  • la virulence des breaks ainsi que
  • la rugositĂ© des dissonances fugaces et fulgurantes :

voilĂ  un coquetèle revigorant Ă  souhait pour affronter la nuit de la vraie vie. Et pourtant…

 

 

Pourtant, selon une tradition très katsarienne, Nicolas Horvath n’a pas jouĂ© son dernier bis. Ă€ la flamboyance de la sixième Ă©tude, il revient proposer un nouveau bouquet – un bouquet de gnossiennes d’Erik Satie, cette fois. Devant nous, le fan d’Alcest qui headbanguait sur la transcription de « Souvenirs d’un autre monde » se rĂ©vèle dĂ©cidĂ©ment Ă©clectique. En entendant le programme, il se frotte les pognes et encourage sa compagne Ă  manifester son enthousiasme. Soucieux d’accompagner son public dans son voyage nocturne, Nicolas Horvath ouvre un premier chapitre dans le cocon duquel

  • habille la nuit qui nous attend,
  • dĂ©joue la froideur des solitudes intĂ©rieures, et
  • dĂ©tricote la rigueur de l’opposition entre son et silence,

clivage thĂ©orique, moins binaire qu’il n’y paraĂ®t, le rĂ©cital l’a joliment rappelĂ©. Au deuxième chapitre,

  • l’Ă©trangetĂ© sporadique de l’harmonie rĂ©conforte,
  • la tranquillitĂ© des arpèges Ă©grenĂ©s rassure, et
  • les appogiatures habilement distillĂ©es effacent la perspective d’une musique-tisane :

quand l’extinction des feux arrivent, la braise ne s’Ă©teint pas toujours aussi sec. Au troisième chapitre,

  • l’obscuritĂ© se dĂ©voile, comme si nos oreilles s’y habituaient pour nous aider Ă  nous y orienter ;
  • le sommeil devient chemin et non station immobile ; et,
  • retrouvant ce rĂ©flexe animal que dĂ©crivait David Hume en dĂ©plorant qu’il encapsulĂ¢t tant la capacitĂ© de rĂ©flexion de l’homme dans la limitation de l’habitude, nous nous persuadons que la fin du jour masque mal, dĂ©sormais, la venue du prochain.

Il n’y a point de hasard si Nicolas Horvath dĂ©cide d’ajouter un codicille Ă  ce testament musical, codicille monumental signĂ© Alexandre Scriabine qui s’appelle « Vers la flamme ». Le morceau est pĂ©rilleux, et pas que techniquement : le compositeur a pĂ©ri peu après y avoir mis une double barre finale, et Vladimir Horowitz est lui aussi dĂ©cĂ©dĂ© peu après l’avoir interprĂ©tĂ©. Le pianiste du soir prend donc ses prĂ©cautions. Il explique n’avoir « pas du tout prĂ©paré » cette pièce mais sentir la nĂ©cessitĂ© de la jouer en souvenance de ses annĂ©es de formation. En effet, avant de l’emporter avec lui un peu partout, « Vers la flamme » est la dernière Å“uvre qu’il a interprĂ©tĂ©e en concert ici en tant qu’Ă©tudiant Ă  l’École normale de musique, donc quand il jouait Ă  domicile.

 

 

Quelques grossiers personnages s’enfuient le plus bruyamment et lentement possible. Sur notre gauche, une connasse continue de faire clapoter son eau dans sa gourde de bobo en buvant Ă  petites gorgĂ©es sonores, puis entreprend de racler le bouchon, façon trigger d’ASMR pour trouducula infatuĂ©e d’elle-mĂªme. Pas le temps d’aller lui foutre sa saloperie lĂ  oĂ¹ l’idĂ©e nous vient de l’introduire, juste de s’irriter car ces impolitesses troublent l’essence mĂªme de la musique qui point. En effet, le 9/8 part du silence ou presque, pas des bruits de pas Ă©lĂ©phantesques ou de la manifestation sans-gĂªne d’une sous-Ă©colo ayant assez ratĂ© sa vie pour tĂ¢cher de gĂ¢cher celle des autres. Ici, le moteur scriabinien est

  • hĂ©sitation,
  • bĂ©gaiement minimal et
  • retenue d’un feu qui couve.

La musique quĂªte son devenir et froufroute comme un lamento ambigu.

  • Attente ou acceptation d’une lĂ©thargie trouble ?
  • Contemplation d’un vide intranquille ou mise en action du feu crĂ©ateur ?
  • Envasement dans la nuit ou prĂ©paration Ă  se saisir des rais du soleil pour en faire ce que le philosophe Jean-Jacques Goldman appelait « un rĂªve plus loin » ?

Peu Ă  peu,

  • la tessiture s’Ă©largit,
  • l’intensitĂ© augmente, et
  • les attaques commencent Ă  pilonner le clavier.

C’est parti !

  • Des escarbilles pĂ©taradent ;
  • le schprountz s’amplifie ;
  • le feu prend ; et
  • la magie opère.

Par-delĂ  le vaste crescendo efficace mais convenu, Nicolas Horvath joue les pyromanes avertis. Il

  • Ă©tage les explosions,
  • organise le chaos et
  • embrase le rythme en sculptant les clusters de rĂ©sonance qui superposent jusqu’Ă  huit notes tenues.

La première heure est arrivĂ©e. La lumière a incendiĂ© les nuits chopiniennes. Le public se lève et offre un triomphe mĂ©ritĂ© Ă  l’homme dans la lumière. Encore une victoire de la musique sur le bruit du monde !


Prochaines dates parisiennes mais pas que à découvrir en bas de page ici.

Petits papiers – 7

Ă€ une Ă©poque (1881), on osait commencer un roman par une histoire de pantoufles et de robe de chambre (incipit du Crime de Sylvestre Bonnard d’Anatole France). Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde oĂ¹ se mĂªleront arithmĂ©tique, capillaritĂ©, Å“nologie, friperie, senteurs, secte, marathon, eau mouillĂ©e, ski bronzĂ©, impunitĂ©, Dallas ou presque, comptabilitĂ©, onomastique, scolarisation des bovins et mĂªme parties communes. Avec, pour commencer sans plus tarder, une question de mathĂ©matique artistique : combien ça fait, « la plupart de nombreux » ?

 

Je crois qu’il faudrait enquĂªter sur la personnalitĂ© de cette enquĂªtrice de personnalitĂ©. Au moins sur ses ch’veux, ça, incontestablement. Il s’est passĂ© quelque chose. Faisons des prĂ©lèvements et envoyons-les au labo, ce s’ra mieux ainsi.

 

J’imagine la rĂ©union de rĂ©dac et ce cri du patron : « Pour toi, coco, j’ai un sujet en or. / – L’Iran ? Le procès de la djihadiste ? Le nouveau scandale de… / – En or, je t’ai dit, ma poule, en or. Tiens, prends ça, tu vas adorer. / – AĂ¯e. »

 

Il manque juste le prix. Du décolleté, de la robe blanche, de la publicité ou du grand reportage. Le prix, en tout cas.

 

– Justement, je vous rappelle rapport au produit offert. C’est combien ?

 

Le parquet Ă©voque quoi ? Mais non, je ne vais pas te frapper, rĂ©pète, j’te dis ! Ha si, peut-Ăªtre je vais te frapper, tu as raison.

 

Je ne dis pas que, malgrĂ© qu’on en ait, chez les Chinois, y a des tarĂ©s aussi. En tout cas, je ne le dis pas fort – c’est inutile, il suffit de les regarder courir un marathon.

 

Le Figaro invente l’eau mouillĂ©e.

 

Les grandes interviouves de L’Équipe.

 

En toute impunité, je crains que ta maîtrise du verbe reste perfectible, jeune péronnelle.

 

La classe Ă  Dallas. Enfin, Ă  Bordeaux, mais bon.

 

De 599 € à 899 €, on a déjà affaire à cent très belles bouboules.

 

Le tueur de la semaine.

 

Moi, ça va, chacun sache que je suis parfaitement normalse, voire plus. Mais les ruraux, pardon, hein.

 

Et sinon, je rĂ©flĂ©chis au mec qui vitupère fĂ©rocement dans les parties communes de l’immeuble. Il doit s’appeler Gilles de la Courette. VoilĂ , c’est tout pour moi, Montreux, merci pour tout et Ă  suivre !

Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 2/2

Retour dans l’univers de Nicolas Horvath, l’homme qui a conçu ce 27 mars un rĂ©cital non-stop tuilant Chopin version tardive et musique contemporaine (sans la caricature qui nous plaĂ®t mais Ă©crase parfois ce syntagme). Ainsi surgissent deux pièces de Denis Levaillant, compositeur avec lequel il entretient une profonde intimitĂ© je prĂ©cise musicale. La première pièce expĂ©die l’auditeur dans le monde du compositeur qui correspond si bien Ă  l’interprète :

  • atmosphère contemplative,
  • tonalitĂ© oscillante,
  • variation de registres et
  • suspensions qui sont autant de suspense

sont au programme. De quoi prĂ©parer l’oreille avant la « Barque sur le Niger », dont le pianiste a annoncĂ© avec humour qu’elle ne lui Ă©tait pas dĂ©diĂ©e mais qu’il la considĂ©rait comme une Å“uvre majeure d’un compositeur prolifique que nous avons grand plaisir Ă  Ă©couter (et c’est pas fini). Pas parce qu’on doit lĂ©cher des pommes, c’est pas le genre de la maison. Juste parce que, simplement, on trouve ça ben correc’, comme diraient nos cousins encore francophones, eux. Ici, l’on savoure l’amusant jeu entre musique programmatique (j’annonce ce que je vais Ă©voquer) et libertĂ© crĂ©ative. GuidĂ©e par l’intitulĂ©, l’oreille savoure

  • le balancement aquatique,
  • la souplesse d’une dextre qui croise volontiers avec la senestre autrement obstinĂ©e, et
  • les sautes thymiques virant au fil de l’eau vers des trilles presque guillerettes.

C’est

  • habile,
  • subtil et
  • diablement malin.

 

Hommage sĂ©rieux Ă  Denis Levaillant, Nicolas Horvath tuile le trajet de la barque avec l’opus 37 n°1 du sieur Chopin qu’il emballe Ă  sa façon :

  • densitĂ© du propos,
  • Ă©nergie puisĂ©e dans les ornements
    • (trilles,
    • appogiatures,
    • mordants),
  • volontĂ© d’avancer qui diffĂ©rencie l’Ă©motion de la mièvrerie.

L’homme qui a abandonnĂ© la veste Ă  paillettes grĂ¢ce Ă  laquelle nous avions pris langue pour un sobre sous-pull noir (mais sa femme, qui avait promu la vĂªture disco, n’est pas lĂ  ce soir, cela peut jouer) claque une partie centrale d’un recueillement Ă  couper le souffle, mĂªme pour ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, ne sont pas hyper, hyper fans de la recueillade. Le nocturne post-chopinique suivant pĂ©tille.

  • Intervalles sautillants,
  • aisance technique qui donne du souffle,
  • respiration centrale qui ouvre l’espace du possible
    • musical,
    • imaginaire et
    • mental

dĂ©gagent Chopin de la poussière qui l’Ă©touffe si souvent. Surgit la spĂ©ciale horvathique qui le lie Ă  la musique dark et spĂ©cifiquement Ă  Alcest, lien de sang musical scellĂ© tantĂ´t Ă  Gaveau, l’Olympia des classicos avant qu’il ne soit repris par des financiers dont il se murmure pis que pendre. La première pièce, Ă©crite pour piano par le chef du groupe, StĂ©phane Paut, propose sans forfanterie une mĂ©lodie Ă  droite sur un balancement rythmique Ă  gauche. C’est inodore comme de la musak de lobby d’hĂ´tel 2,5 Ă©toiles, flux inutile voire agaçant malgrĂ© les efforts

  • de nuance,
  • de phrasĂ© et
  • d’agogique.

Aucun intĂ©rĂªt. La transcription de « Souvenirs d’un autre monde » par l’interprète est d’une autre eau. L’Ă©criture devient vraiment pianistique. Elle

  • investit le clavier,
  • le laisse envahir par la fougue alla Glass quand Philip est inspirĂ©,
  • le secoue de nuances polymorphes.

Autour de nous, deux rĂ©actions radicales. Un rang devant, le quinqua se met quasi à headbanguer et Ă  inciter sa compagne Ă  en faire autant. Notre voisin direct, arrivĂ© avec un joint collĂ© dans ses cheveux (authentique) et tout content qu’une autre spectatrice lui remette entre les pognes, n’est pas loin d’imiter cette excitation naissante. En revanche, au premier rang Ă  jardin, un monsieur très chic en profite pour consulter ses messages et commencer d’y rĂ©pondre. Que voulez-vous, mĂªme avec un beau costume, un gros con reste un gros con. En vrai,

  • les contretemps,
  • les breaks,
  • les changements de couleurs et
  • l’habiletĂ© technique de l’interprète-arrangeur

sĂ©duisent. D’autant que, juste après, le concertiste joue un Chopin (peut-Ăªtre l’opus 48 n°2) plus pensif que mĂ©lancolique. Après l’inflammade, il y a de la demi-teinte et du clair-obscur. L’art mĂ©lodique et le souffle du rĂ©cit en retrait, l’inspiration se cherche avec acuitĂ©.

  • Modulations,
  • brisures et
  • brièvetĂ© des motifs

reconstruisent une musique de l’attente oĂ¹ la tentation des fortissimi frictionne avec les sables noirs de la nuit ensuquante – et finissent par cĂ©der. Le dernier nocturne (l’opus 48 n°1 ?) semble promettre, dans sa version alternative, un brin d’extraversion. Erreur.

  • On entre dans l’intimitĂ© de la nuit.
  • On entend monter le silence.
  • On sent que le monde recule.

Les ombres virtuoses de la seconde partie n’y changent rien. Le silence gagne toujours. Vous vivez, vous mourrez. Un rĂ©cital commence, il finit. Ă€ moins que Nicolas Horvath offre un bis. Oui, Ă  moins que. Mais vous y croyez, vraiment, Ă  la vie après la vie ? Ă€ suivre. Peut-Ăªtre. Qui sait ?