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Le blog de Bertrand Ferrier, page 18

Irakly Avaliani joue Franz Schubert posthume (Sonogramme) – 1/6

Première de couverture

Hormis l’interprète, tout, dans ce disque, est posthume : la treizième sonate et les quatre impromptus. Rien de funèbre dans la sonate, toutefois, puisque le narratif officiel soupçonne Franz Schubert d’avoir eu des vues sur sa dĂ©dicataire, la « charmante » Josephine von Koller, pianiste et chanteuse Ă  ses heures, qui apporterait sa fraĂ®cheur Ă  la musique de celui qui, la mort aux trousses, Ă©crivait plus vite que son ombre.
L’allegro moderato qui dĂ©capsule la sonate pèse autant que les deux autres mouvements rĂ©unis (mouvements que nous Ă©couterons dans une prochaine notule). Le tube en La s’ouvre sur un thème lumineux Ă©grenĂ© par un Fazioli que SĂ©bastien Noly semble capter de très près – trop, Ă  notre goĂ»t car la restitution paraĂ®t assourdir le son en survalorisant les rĂ©sonances basses. Dommage car Irakly Avaliani pose tout de suite sa patte sur le golden hit :

  • dĂ©licatesse polymorphe du toucher,
  • prĂ©cision Ă  la fois souple et rigoureuse du phrasĂ©,
  • association consubstantielle entre nettetĂ© de l’Ă©noncĂ© et justesse de la pĂ©dalisation.

Le balancement ternaire du deuxième thème, habilement écrit en duo avec des formules binaires, fait son petit effet. La reprise permet de mieux goûter

  • les notes ou accords rĂ©pĂ©tĂ©s,
  • la finesse des nuances et
  • l’habiletĂ© des modulations.

 

 

Dans la seconde partie, séduisent notamment

  • le rĂ©jouissant surgissement de la tension octaviĂ©e,
  • les voltes thymiques,
  • l’astucieuse association des contraires
    • (binaire / ternaire,
    • majeur / mineur,
    • mĂ©tronomie / agogique),

mĂªme si nous retrouvons notre propre oxymoron : on a beau adorer Schubert, certaines reprises semblent parfois fort superfĂ©tatoires voire contre-indiquĂ©es Ă  l’apprĂ©ciation de la musique. Reste le plaisir d’Ă©couter deux fois plus longtemps Irakly Avaliani donc son art

  • de l’attaque,
  • des mutations d’intensitĂ© et
  • de l’expressivitĂ© idiomatique, toujours soucieuse du langage propre au compositeur qu’il joue.

La coda suspend la sonate sans emphase, nous donnant rendez-vous pour un andante et un allegro que nous écouterons ce tout tantôt ou presque.


Pour Ă©couter le disque en intĂ©grale et gracieusement, c’est ici.
Pour retrouver nos prĂ©cĂ©dentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est lĂ .

Petits papiers – 9

Un peu de sport avec « La Médecine végétale » du docteur A. Narodetzki, éidtions La grande pharmacie du globe, 1910. Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. Ă€ commencer par le niveau d’expertise des experts qui sachent grĂ¢ce Ă  leur expertise.

 

Hors de question, nĂ©anmoins, d’oublier les femmes. Enfin, les femmes… c’est plus compliquĂ© que ça.

 

150 millions pour essayer de nous faire manger des insectes ? A pu. Je suis pas spĂ©cialiste des investissements, mais on m’aurait demandĂ©, j’aurais flairĂ© l’entourloupe. Pour moins de 150 millions d’euros, notez bien.

 

Le sens du privé et de la pudeur versus le besoin de faire du fric, niveau Tony Yoka.

 

C’est donc ce genre de machin qui va inclusiver achement davantage les femmes ? Ha d’accord.e.x.s.etc.

 

J’avoue que, pour aller en urgence se balader Ă  Monaco afin d’y dĂ©fendre la justice sociale, faut les avoir bien accrochĂ©es. Mais prĂ©tendre Ăªtre un journal quand on n’est qu’un torche-cul posant des questions essentielles dans ses articles, c’est pas mal non plus.

 

Quand c’est pas que t’espères une rente Ă  vie mais pas très, très loin quand mĂªme.

 

Il semblerait que le spécialiste de détournement de fonds publics eût des amis au Figaro. Une idée, comme ça.

 

BientĂ´t les trois prochains Ă©pisodes : « Uriner de temps en temps aide Ă  moins attraper la sclĂ©rose en plaques » ; « Se sĂ©cher après la douche Ă©vite de mouiller ses vĂªtements » ; et « Respirer contribue Ă  retarder la mort ». Une saison 2 serait en train d’Ăªtre nĂ©gociĂ©e.

 

Comme je n’ai que 48 ans, je vais attendre un peu pour me faire amputer et tomber une infirmière de 35 ans ma cadette. Quoique.

 

BientĂ´t les trois prochains Ă©pisodes : « Faire la vaisselle rĂ©gulièrement contribuerait Ă  moins remplir l’Ă©vier » ; « Pratiquer un instrument aiderait Ă  en jouer moins mal » ; « Élire Lionel Jospin en 2027 empĂªcherait le nouveau prĂ©sident de faire trop de conneries ». Une saison 2 serait en train d’Ăªtre nĂ©gociĂ©e.

 

Je ne voudrais pas que mes lecteurs ratassent l’info du siècle, goĂ»t lèche-entre-fesses inclus.

 

C’est sĂ»r que, quand t’es pas dans la finance, tu sais pas vraiment ce que c’est, la rentabilitĂ©.

 

Rien pour Macron ?

 

En dire plus sur le dit aurait été redondant.

 

C’est sĂ»r qu’au lieu d’envoyer des gens sur la Lune…

 

Les temps sont durs et les p’tits poissons font la gueule. Mais il semblerait qu’un comique se prĂ©parĂ¢t Ă  l’oral de l’Ă©lection de miss France, et ça, ça change tout. Enfin presque.

 

Ă€ suivre !

Arvo Pärt, « Passio », Philharmonie de Paris, 6 avril 2026

Richard Wilberforce Ă  la Philharmonie de Paris (Paris 19), le 6 avril 2026. Photo : d’après Rozenn Douerin.

Lundi de PĂ¢ques, cette annĂ©e, la Philharmonie a programmé Passio d’Arvo Pärt ; par chance, le photographe, conteur et musicien Jack Good, empĂªchĂ©, m’a dĂ©signĂ© comme spectateur remplaçant. Cette mise en musique de la Passion selon saint Jean, en latin s’il-vous-plaĂ®t, associe

  • l’ensemble Voces8 (chantant le rĂ´le de l’ÉvangĂ©liste),
  • deux solistes,
  • quatre musiciens de l’Orchestre de Paris plus l’organiste Sarah Kim, et
  • l’acadĂ©mie du chÅ“ur de l’Orchestre de Paris,

tout ce petit monde Ă©tant placĂ© sous la direction de Richard Wilberforce. Petite mise en espace pour l’annonce du titre, avec un positionnement spĂ©cial des acadĂ©miciens avant leur placement en arrière-scène. MĂªme en arrière-scène, dans une salle presque pleine, le son semble bien construit, mais, dès les premières mesures, la synchronisation entre les chÅ“urs et les musiciens paraĂ®t perfectible. HĂ©las, les dĂ©calages sporadiques (auxquels se joindront des dĂ©parts savonnĂ©s ou approximatifs des pupitres masculins des acadĂ©miciens) persisteront, nous paraĂ®t-il, au long de l’ouvrage. La faute, sans doute, Ă  la gestique du chef,

  • engagĂ©e,
  • gĂ©nĂ©reuse mais
  • manquant de prĂ©cision.

L’Å“uvre se prĂ©sente d’emblĂ©e comme oxymorique. D’un cĂ´tĂ©, l’on va dĂ©couvrir une narration quasi immuable ; de l’autre, le compositeur va multiplier les combinaisons :

  • chÅ“ur solo ou avec un et plusieurs accompagnants,
  • musiciens accompagnants ou brièvement Ă  dĂ©couvert, et
  • chanteurs solistes aux rĂ´les très diffĂ©renciĂ©s.

Le premier des solistes est la basse Frederick Long dans le rôle de Jésus.

  • Voix chaude aux graves assurĂ©s,
  • tenues longues (caractĂ©ristique de JĂ©sus dont la parole porte plus, dans cette pièce) et
  • projection intense

caractĂ©risent sa prestation. Rapidement, l’harmonisation d’Arvo Pärt intrigue en aboutant

  • des passages aux accents Renaissance,
  • des moments rĂ©solument dissonants et
  • des unissons efficaces.

Le rĂ©cit s’Ă©tire presque Ă  la façon d’un long rĂ©citatif oĂ¹

  • la mĂ©lodie s’efface devant
  • les intervalles significatifs, attribuĂ©s Ă  tel personnage ou tel ensemble, et
  • une propension Ă  l’itĂ©ration mĂ©ditative.

La lente Ă©locution du Christ prolonge cette volontĂ© d’hypnose musicale oĂ¹ son et sonoritĂ© se fondent doucement dans un creuset dont la sĂ©rĂ©nitĂ© gĂ©nĂ©rale contraste avec les scènes d’horreur qui se prĂ©parent. PlombĂ© par une attente de vingt-cinq minutes, Thomas Elwin (Pilate) peine Ă  pousser son premier air. En dĂ©pit d’un timbre de belle couleur, il apparaĂ®t en difficultĂ© avec

  • les attaques,
  • la justesse des tenues et
  • la prĂ©cision d’aigus qui semblent parfois difficiles Ă  atteindre.

Ses prestations suivantes ne seront pas beaucoup plus convaincantes. Celui qui n’a jamais eu de soir sans criera dĂ©finitivement haro sur le baudet. Celui qui se rĂ©jouit d’avoir parfois des soirs avec saluera le potentiel tout en confessant sa dĂ©ception.
La partition mix’n’matche les langages psalmodique et grĂ©gorien. Peut-Ăªtre le signe que cette musique est puissante : il est loisible de rester Ă  la porte de l’Ă©motion ou de se laisser emporter par une Å“uvre qui semble se revendiquer

  • moins immobile que hiĂ©ratique,
  • moins raide qu’aurĂ©olĂ©e de la fatalitĂ© du tragique,
  • moins statique que pĂ©nĂ©trĂ©e par la rigueur de la mort dont on sait qu’elle viendra frapper Ă  la fin.

Ă€ l’orgue Reger qui ressemble Ă  un gĂ¢chis Ă©pouvantable d’argent public tant il sert peu au cours des saisons de la Philharmonie, Sarah Kim dĂ©joue les difficultĂ©s de sa partition, techniquement très abordable mais exigeant une concentration perpĂ©tuelle pour partir au bon moment et calquer son rythme sur celui de Frederick Long. Au fil des mesures, elle habille ses interventions de registrations pertinentes, par-delĂ  les caricatures nĂ©cessaires des fonds jalousies fermĂ©es et du plein jeu qui claquera pour le « Amen » final. MalgrĂ© tout, le fortissimo du « CRUCIFIEZ-LE » fait du bien car, avouons-le, passĂ© l’intĂ©rĂªt suscitĂ© par la multiplicitĂ© des dispositifs qu’a fomentĂ©s le compositeur, un engourdissement gagne nos oreilles et notre esprit, façon Pierre piquant du nez alors que JĂ©sus vit ses dernières heures de libertĂ©. On essaye de s’accrocher aux contrastes des nuances mais pas que : se dĂ©fient

  • unisson et polyphonie,
  • intensitĂ© et Ă©pure,
  • a capella et sections avec accompagnement,
  • ensemble et soli, etc.

On n’en assiste pas moins avec soulagement Ă  la mini-mise en espace des acadĂ©miciens investissant l’arrière-scène au moment du bref simili choral clamant : « Toi qui as offert ta Passion, aie pitiĂ© de nous ! »
Après le triomphe qui salue la performance, Voces8 interprète le tube choral d’Arvo Pärt, « The Deer’s Cry », lequel leur a valu plus d’1,5 million de vues sur YouTube et qui, ce soir, après que leur monsieur Loyal a insistĂ© sur le cĂ´tĂ© interactif de la pièce (« nous allons partager le silence, donc merci pour votre participation »), permet Ă  un connard de faire entendre Ă  quatre reprises son putain de cellulaire de merde. En quatre minutes, c’est peut-Ăªtre un record du monde ; mais faut dire qu’ici, c’est Paris.
Si, ça peut jouer : Paris n’est-il pas champion ?

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 10/10

Première de couverture

Fin de partie en vue pour cette promenade Ă  travers l’Å“uvre de Lucie Vellère, commencĂ©e le 25 janvier. Nous sommes dans la seconde moitiĂ© des PrĂ©ludes pour la jeunesse et pour piano, avec une « Danse villageoise » aux intervalles mouvants. Dans cette miniature pimpante, il y a

  • du staccato,
  • des refrains tonifiĂ©s par des sforzendi claquants, mais aussi
  • la patte dĂ©sormais reconnaissable de la compositrice
    • (harmonies inventives,
    • ruptures du discours,
    • accent sur le mĂ¢chonement de motifs plutĂ´t que sur le dĂ©veloppement…).

« Parfums d’Orient » propose au contraire une plage mĂ©ditative dont le prĂ©lude-et-postlude travaille les suspensions

  • (points d’orgue,
  • effets d’attente,
  • silences…).

L’essor d’une ligne mĂ©lodique ne renie pas certains Ă©chos debussystes ; et l’attention que ThĂ©rèse Malengreau prĂªte

  • Ă  la nuance,
  • Ă  l’intensitĂ© de toucher, et
  • au son dans sa triple composante
    • (attaque,
    • durĂ©e,
    • coupure)

donne une puissance envoĂ»tante Ă  ce feuillet d’album bien plus captivant que ce que son titre programmatique pouvait laisser craindre.

 

 

« Enfantine » est une ronde qui dĂ©passe Ă  peine la minute. Elle n’en est pas moins jouĂ©e avec un respect apprĂ©ciable :

  • phrasĂ©s,
  • rythme et
  • caractĂ©risation des registres

rendent mimi comme tout cette virgule musicale. Le cycle de préludes se termine avec « La caverne mystérieuse ».

  • Notes rĂ©pĂ©tĂ©es,
  • phrases brisĂ©es et
  • importance de la pĂ©dalisation

dessinent un halo grave embrouillardé, et hop, et cependant nettement dessiné.

  • Des explosions,
  • des aigus laissant passer la lumière, et
  • les Ă©chos entre graves et mĂ©diums tĂ©moignant peut-Ăªtre d’un souci pĂ©dagogique

dissocient mystĂ©rieux et morne. On est dĂ©sormais moins chez Debussy que, lĂ©gèrement, chez Ravel. C’est Ă  la fois intĂ©ressant et plaisant.

 

 

Après une pause de douze secondes qui suggère que le disque est pensĂ© pour une Ă©coute continue et non morcelĂ©e par cycle, restent trois Feuillets Ă©pars (1966) sur notre gramophone. « RĂªverie au crĂ©puscule » se prĂ©sente comme un balancement ternaire posĂ© sur un accompagnement doux.

  • Le scintillement des aigus,
  • le pĂ©tillant rebond des notes rĂ©pĂ©tĂ©es, et
  • la souplesse du legato

conduisent agrĂ©ablement les rĂªveurs Ă  bon port.  « Glissent les nuages » n’aurait jamais pu Ăªtre ce perpetuum mobile que l’on croit pourtant deviner dès les premières mesures. En effet, Lucie Vellère aime rien tant que

  • la rupture,
  • la suspension et
  • le ressassement des formules interrompues.

Dans ce qui est souvent un duo, l’on goĂ»te notamment

  • des dissonances piquantes,
  • un allant revigorant,
  • de belles variations d’intensitĂ©s, et
  • des octaves lumineux.

 

 

Conclusion symbolique du double disque, « La terre s’est endormie » est le feuillet le plus dĂ©veloppĂ© de la trilogie et du disque pianistique dans son ensemble. LancĂ©e par trois notes descendantes, la pièce façonne une atmosphère claire-obscure digne de la caverne mystĂ©rieuse visitĂ©e un peu plus tĂ´t. La compositrice et sa porte-voix nous parlent

  • d’ombres aux densitĂ©s variables,
  • de silhouettes imprĂ©cises et
  • des Ă©tranges vapeurs d’un monde qui s’efface.

En étirant la contemplation, Lucie Vellère

  • interroge l’espace sonore,
  • le refaçonne au grĂ© des changements de registres et des  mutations de nuances, et
  • diffracte le rythme entre tenues et sĂ©ries de notes descendantes.

On ne pouvait rĂªver coda plus appropriĂ©e et, Ă  l’Ă©vidence, interprète plus pĂ©nĂ©trĂ©e de l’importance de ce qu’elle nous permet de dĂ©couvrir. Quelle formidable fin Ă  la fois apothĂ©otique et intĂ©riorisĂ©e pour un double album souvent passionnant !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple çà.
Pour retrouver l’ensemble des chroniques sur le disque, c’est lĂ .

Limite des couleuvres

Au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19) le 18 mars 2026. Photo : d’après Cendras Djedda.

Il n’y a pas de concert de chansons sans techniciens. Sans couleuvres non plus. C’est l’sujet d’cette fredonnerie.

 

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 9/10

Quatrième de couverture

Troisième cycle – le plus dĂ©veloppĂ© – au programme du florilège pianistique de Lucie Vellère confiĂ© Ă  ThĂ©rèse Malengreau, PrĂ©ludes pour la jeunesse a Ă©tĂ© composĂ© en 1950 et publiĂ© en 1959, dans la foulĂ©e de Promenade au bord du lac, Ă©coutĂ© tantĂ´t. Onze miniatures pesant entre 1′ et 4′ y sont rassemblĂ©es.
« Bucolique » est la bande-son d’une promenade qui sait Ăªtre charmante sans Ăªtre chichiteuse. Sur un tempo allant, on apprĂ©cie le contraste entre

  • legato et staccati,
  • rĂ©gularitĂ© et contrastes
    • (contretemps,
    • triolets,
    • ralentis habiles),
  • simplicitĂ© de la ligne et circulation du lead entre soprano et basse.

Toujours rebelle aux développements en bonne et due forme, Lucie Vellère privilégie

  • le ressassement,
  • la reprise de motifs identifiĂ©s et
  • la modification plus ou moins insidieuse des cellules reconnaissables.

« Ombres chinoises » creuse la veine d’un dĂ©tachĂ© espiègle que l’art de l’interprète pare d’une dimension ludique fort apprĂ©ciable.

  • La variĂ©tĂ© des harmonies,
  • la multiplicitĂ© des attaques,
  • le recours Ă  de nombreux breaks suspendant le discours, et
  • l’art de la modulation

captent l’attention par-delĂ  l’aspect peu spectaculaire de la pièce.

 

 

« À tire d’ailes », pièce la plus courte du cycle, aurait aussi bien pu s’intituler « Le frais ruisseau » ou « le gai souriceau » ! Chacun entendra ce qui lui chante dans cette cavalcade douce que, fidèle Ă  sa patte, Lucie Vellère prend plaisir Ă  entrecouper de silences.

  • Des bouts de phrase Ă©voquent des chansons enfantines,
  • la parole circule sur diffĂ©rents registres, et
  • les harmonies chamarrĂ©es de la compositrice soufflent sur l’auditeur comme une brise bienfaisante baguenaudant dans un crĂ©puscule estival.

La « Nostalgie » suivante va son p’tit bonhomme de chemin. ThĂ©rèse Malengreau y fait sonner un piano

  • prĂ©cis,
  • colorĂ© et
  • cristallin

joliment captĂ© par Manuel Mohino. L’on apprĂ©cie sa manière d’incarner des pièces sans doute pas pensĂ©es pour le concert et qui, en consĂ©quence, donnent par interstices l’impression d’Ăªtre certes bien troussĂ©es mais plus mignonnes voire gentillettes que cherchant Ă  chambouler le mĂ©lomane.

  • Les quelques dissonances,
  • les intervalles inattendus et
  • le jeu Ă©purĂ© mais investi de l’interprète

poussent toutefois Ă  chercher dans cette musique rarement ouĂ¯e un intĂ©rĂªt autre que documentaire.

 

 

« Masques » fait planer une main droite

  • virevoltante,
  • piquante et
  • presque facĂ©tieuse

sur une main gauche motorique, la compositrice utilisant ses effets stylistiques préférés

  • (Ă©noncĂ© du thème Ă  la main droite,
  • dialogue entre basse et soprano,
  • ruptures)

que Thérèse Malengreau mitonne aux petits oignons

  • (phrasĂ©,
  • toucher,
  • nuances et
  • usage remarquable de la pĂ©dale de sustain).

« L’histoire inachevĂ©e » prolonge cette marque de fabrique dans un dialogue entre les deux mains qui dĂ©voile des facettes variĂ©es selon l’inspiration d’une compositrice qui, youpi, prĂ©fère changer de narration plutĂ´t que de traĂ®ner en longueur.

 

 

« Les routiers » dĂ©route par le contraste entre l’imaginaire convoquĂ© par son titre et l’entrain primesautier qui caractĂ©rise la miniature. Il y a

  • de la bonne humeur dans ces sautillements,
  • une forme de bien-Ăªtre dans les notes tenues et prolongĂ©es, et
  • du charme dans des harmonies qui, dĂ©cidĂ©ment, ont l’art et la manière de titiller les portugaises.

« Voici l’automne » rĂ©vèle une mĂ©lancolie qui garde la politesse de l’Ă©lĂ©gance.

  • Un peu de noirceur point ici,
  • sourd çà un soupçon de taedium vitae façon contemplation des feuilles qui tombent dans le presque-crĂ©puscule, et
  • un spleen pudique se faufile lĂ , notamment dans les Ă©changes entre les deux pognes tandis que l’on se prĂ©pare dĂ©licatement Ă  prendre congĂ© en Ă©coutant une dernière fois le thème liminaire.

C’est sur cette pièce fort rĂ©ussie que nous suspendrons notre Ă©coute jusqu’Ă  la prochaine notule qui portera sur les quatre derniers prĂ©ludes et sur l’ultime cycle au programme, Feuillets Ă©pars. Ă€ suivre !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple là.

Isaure, librairie Au bonheur des livres (Paris 17), 20 novembre 2025

Isaure et Thierry Durnerin le 20 novembre 2025 Ă  la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo moche : Bertrand Ferrier.

Souvenir plus qu’archive : le 20 novembre 2025, il y a donc près d’un siècle, Isaure fĂªtait la réédition en poche de ses MĂ©moires d’une femme de mĂ©nage (Le Seuil, « Points »). Le livre

  • est initialement paru chez Grasset, oĂ¹ il a obtenu un succès considĂ©rable,
  • est parti ensuite se promener en Allemagne pour un autre joli succès… et
  • a abouti en poche au Seuil avec, dĂ©sormais, deux couvertures diffĂ©rentes.

En effet, grĂ¢ce au succès de la sĂ©rie autour de « la femme de mĂ©nage », Le Seuil a choisi de relancer cet essai Ă  la fois

  • autobiographique et sociologique,
  • secouant et drĂ´le,
  • dissonant et intimement tournĂ© vers les autres.

 

Isaure, Thierry Durnerin et des lecteurs, le 20 novembre 2025 Ă  la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Dans le cadre chaleureux de la librairie Au bonheur des livres, l’auteur a rĂ©pondu aux questions de Thierry Durnerin, le patron du bouge qui a rĂ©ussi en moins de trois ans Ă  transformer son antre en lieu prisĂ© du quartier des Batignolles ; puis le public venu remplir l’espace disponible a pu Ă©changer avec

  • l’Ă©crivain,
  • la femme et
  • l’ex-p’tite bonne tout terrain.

Bien qu’elle se revendique maladivement timide, Isaure a racontĂ©

  • son expĂ©rience professionnelle Ă©tonnamment variĂ©e,
  • sa vision extĂ©rieure de l’intĂ©rieur – si, si – en tant qu’image (parfois trompeuse) de nous-mĂªmes, et
  • les consĂ©quences personnelles de ce bout de vie passĂ© Ă  rendre propre et beau chez les autres.

 

Échange avec le public de la librairie Au bonheur des livres (Paris 17), en présence notamment de Guillaume Vatan, réalisateur, Charlotte Grenat, chanteuse, et Guillaume Karr, auteur. Photo : Thierry Durnerin.

 

Le livre est toujours disponible en librairie ou chez les vendeurs digitaux tel le grand mĂ©chant Amazon. Au bonheur des livres organise très souvent des rencontres mais, Ă©videmment, nous attirons l’attention de nos lecteurs sur celle qui aura lieu le jeudi 28 mai, Ă  19 h : Jean-Pierre Colombiès sera dans la place pour La Face obscure de la police, qui paraĂ®tra chez Max Milo le 5 mai.
Ancien des stups Ă  Marseille puis Ă  Paris, investi dans la lutte contre l’atteinte aux personnes et aux biens, ce flic blanchi sous le harnais profite d’avoir quittĂ© la Boutique, son service accompli, pour promener son regard

  • lucide,
  • acĂ©rĂ© et
  • volontiers piquant

sur l’Ă©volution parfois inquiĂ©tante d’une institution en butte, notamment, Ă  l’impĂ©ritie – pour partie calculĂ©e – des gouvernements.

 

On en reparlera !

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 8/10

Première de couverture

Après un disque partagĂ© entre voix et quatuor Ă  cordes, le florilège Lucie Vellère fomentĂ© par Musique en Wallonie se complète par un disque entièrement consacrĂ© au piano. L’instrument est confiĂ© Ă  ThĂ©rèse Malengreau, et le rĂ©cital commence par Trois tanagra, cycle composĂ© en 1918. Première statuette, la « Danseuse » esquisse une gymnopĂ©die partagĂ©e entre un groove ancrĂ© dans les graves et des octaves aĂ©riennes. L’inversion des rĂ´les ouvre la voie Ă  un travail autour

  • de la rĂ©sonance,
  • des caractĂ©risations de registre et, plus gĂ©nĂ©ralement,
  • de l’Ă©quilibre du son.

Le dialogue entre gauche et droite du clavier se poursuit autour

  • d’harmonies piquantes,
  • d’itĂ©rations tenant lieu de dĂ©veloppement et
  • d’une ultime suspension.

« La porteuse d’offrandes » garde le principe d’une main gauche accompagnante, fondĂ©e sur un balancement motorique, au-dessus duquel se greffe une mĂ©lodie

  • mystĂ©rieuse,
  • dĂ©licate et
  • diaphane.

TantĂ´t,

  • des accords,
  • des octaves et
  • une accĂ©lĂ©ration vigoureuse

secouent provisoirement la tranquillité de la miniature.

 

 

Les astuces harmoniques de la compositrice sont habilement ciselées par une Thérèse Malengreau qui ne joue jamais mignon, préférant

  • la nettetĂ© des accents,
  • la justesse de l’agogique et
  • la prĂ©cision du phrasĂ©.

« Bacchante » oppose une nouvelle fois une main gauche rythmique et une main droite plus

  • libre,
  • lĂ©gère et
  • presque festive,

entraĂ®nant sa consÅ“ur dans son Ă©lan.

  • Ruptures,
  • mĂ©li-mĂ©lo et
  • variations

reprennent plaisamment le motif jusqu’Ă  l’accĂ©lĂ©ration conclusive. 41 ans plus tard paraĂ®t Promenade au bord du lac, un cycle de six pièces brèves (entre 1’45 et 3′). « L’heure tranquille » va son chemin dans la paix des mĂ©diums et des graves.

  • La compositrice veille Ă  partager le lead entre dextre et senestre ;
  • l’interprète Ă©quilibre les voix ;
  • l’auditeur goĂ»te ce singulier mĂ©lange absolument inconnu ici-bas, aussi loin que nous sommes concernĂ©s, nowadays.

 

 

« Pétales sur la cendre » se présente comme une aimable bluette paisiblement dissonante.

  • Les recherches harmoniques,
  • les questionnements nuancĂ©s,
  • les Ă©chos habilement rendus par l’interprète

animent ce deuxième Ă©pisode jusqu’Ă  la coda savoureuse. « L’eau profonde » est volontiers

  • trouble,
  • agitĂ©e et
  • instable.

ThĂ©rèse Malengreau en rend le mystère insaisissable jusque dans les abysses et les points d’orgue. « Danse au clair de lune » y va sur

  • le rebond,
  • l’Ă©trangetĂ© des registres, et
  • l’habiletĂ© des ruptures thymiques.

GrĂ¢ce Ă  l’Ă©nergie de l’interprète, la praticitĂ© a posteriori un rien pataude des titres programmatiques n’obère en rien l’intĂ©rĂªt des propositions musicales qui, suppute-t-on, devaient passer par ce processus.

 

 

« La maison abandonnĂ©e » s’Ă©panouit dans

  • une esthĂ©tique de l’Ă©vocation,
  • une sensibilitĂ© du possible et
  • une intellignce profonde de l’instrument que l’interprète semble Ă©prouver intimement.

« L’Ă®le en feu » s’amorce sur des accords aigus, fort convenus, dont le grave ne s’en fasse l’Ă©cho. Dans cette friction, il y a

  • de la tonicitĂ© multi-registres,
  • de la suspension Ă©vocatrice, et
  • de la rugositĂ© bienvenue pour ne pas rĂ©duire, allĂ©luia, une promenade lacustre Ă  un pensum.

Ă€ suivre !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple là.

Petits papiers – 8

Photo d’humour pour musicologues fans de hardcore – d’accord, c’est pointu. Voici la set-list de Split : deux tonalitĂ©s, et basta. Et pourtant, super concert (https://www.bertrandferrier.fr/kibosh-mascara-split-point-ephemere-19-fevrier-2026/). Comme quoi, le sol bĂ©mol mineur ou le Fa dièse majeur, restez chez vous ! Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde Ă  base sinon de popopopo, du moins de signalisation, de Kate Middleton, de Bentley, de deuil maternel, de Jane Birkin, de sodomie capitaliste, de racisme religieux, de zoologie et de vie version sĂ©rieux. Je ne crois pas m’Ăªtre gaussĂ© de vous. DĂ©monstration.

 

*

 

On ne pourra pas sauver tout le monde. Démonstration.

 

Le monde est plein de mystères (presque) palpitants. Démonstration.

 

GrĂ¢ce Ă  sa presse d’investigation, la France est une dĂ©mocratie solide. DĂ©monstration.

 

La mort des ascendants, parfois, ça coûte cher. Démonstration.

 

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment oĂ¹ tu as dĂ©couvert des poèmes bien troussĂ©s d’un Ă©crivain de jadis rĂ©putĂ© ringard et que tu veux approfondir la question… mais la dernière ligne du pitch te fait renoncer et gerber Ă  la fois. DĂ©monstration.

 

Certaines entreprises sont soucieuses du bien-Ăªtre de leurs employĂ©s, mais en gĂ©nĂ©ral voire en sociĂ©tĂ©, rarement des clampins qui font leur fortune. DĂ©monstration.

 

Parfois, les musulmans noirs font flipper parce qu’ils sont noirs et musulmans. DĂ©monstration.

 

« Les zoos permettent aux animaux sauvages de vivre plus vieux. Mais s’ils vieillissent, on les tue. » C’est pourquoi il faut exterminer ces entreprises de mort. DĂ©monstration. (Tout sur l’arnaque dĂ©gueulasse des zoos dans un bouquin auquel j’ai prĂªtĂ© une main ou deux Ă  retrouver ici.)

 

Les hommes sont souvent de plus en plus cons. Heureusement, les femmes ne lĂ¢chent pas l’affaire. DĂ©monstration.

 

Ă€ suivre !

Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 3/2

Nicolas Horvath, lors de son précédent concert parisien, le 2 avril 2025 à la salle Gaveau (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

Le concert de Nicolas Horvath autour des nocturnes de FrĂ©dĂ©ric Chopin s’Ă©tait habilement terminĂ© en apprivoisant le silence. Il se prolonge « pour l’anniversaire d’Alain » (ni Jehan, ni Albert, juste Alain) par un bouquet d’Ă©tudes de Philip Glass, terrain souventes fois sillonnĂ© de long, en large, en travers et plus si affinitĂ©s par l’interprète. Le premier chapitre installe une rĂ©gularitĂ© qu’il s’obstine Ă  secouer en multipliant

  • dĂ©bordements,
  • ruptures et
  • accents

tout en maintenant la continuitĂ© grĂ¢ce Ă  la dynamique perpĂ©tuelle de la senestre (l’irrĂ©gularitĂ©, contrairement Ă  la rĂ©gularitĂ©, est un contraste). La synthèse vient de la dextre,

  • tantĂ´t Ă  droite,
  • tantĂ´t Ă  gauche,
  • tantĂ´t Ă  gauche et Ă  droite.

Devant son Steinway du soir, Nicolas Horvath anime cette mĂ©canique Ă  la complexitĂ© discrète jusqu’Ă  la doter d’un souffle propre. Le deuxième chapitre, enchaĂ®nĂ©, amplifie le souffle pour restituer

  • la dynamique,
  • le rythme et
  • cette profusion sonore que le musicien parvient cependant Ă  Ă©clairer

sans oublier de se lĂ¢cher, un rien foufou. Le troisième chapitre qui s’aboute bien au prĂ©cĂ©dent conclut l’affaire par – bien sĂ»r – le tube qu’est la sixième Ă©tude prise Ă  un tempo encore plus Ă©nergisant que vif.

  • Les notes rĂ©pĂ©tĂ©es façons balalaĂ¯ka,
  • l’explosivitĂ© des octaves,
  • la fougue des trilles,
  • la virulence des breaks ainsi que
  • la rugositĂ© des dissonances fugaces et fulgurantes :

voilĂ  un coquetèle revigorant Ă  souhait pour affronter la nuit de la vraie vie. Et pourtant…

 

 

Pourtant, selon une tradition très katsarienne, Nicolas Horvath n’a pas jouĂ© son dernier bis. Ă€ la flamboyance de la sixième Ă©tude, il revient proposer un nouveau bouquet – un bouquet de gnossiennes d’Erik Satie, cette fois. Devant nous, le fan d’Alcest qui headbanguait sur la transcription de « Souvenirs d’un autre monde » se rĂ©vèle dĂ©cidĂ©ment Ă©clectique. En entendant le programme, il se frotte les pognes et encourage sa compagne Ă  manifester son enthousiasme. Soucieux d’accompagner son public dans son voyage nocturne, Nicolas Horvath ouvre un premier chapitre dans le cocon duquel

  • habille la nuit qui nous attend,
  • dĂ©joue la froideur des solitudes intĂ©rieures, et
  • dĂ©tricote la rigueur de l’opposition entre son et silence,

clivage thĂ©orique, moins binaire qu’il n’y paraĂ®t, le rĂ©cital l’a joliment rappelĂ©. Au deuxième chapitre,

  • l’Ă©trangetĂ© sporadique de l’harmonie rĂ©conforte,
  • la tranquillitĂ© des arpèges Ă©grenĂ©s rassure, et
  • les appogiatures habilement distillĂ©es effacent la perspective d’une musique-tisane :

quand l’extinction des feux arrivent, la braise ne s’Ă©teint pas toujours aussi sec. Au troisième chapitre,

  • l’obscuritĂ© se dĂ©voile, comme si nos oreilles s’y habituaient pour nous aider Ă  nous y orienter ;
  • le sommeil devient chemin et non station immobile ; et,
  • retrouvant ce rĂ©flexe animal que dĂ©crivait David Hume en dĂ©plorant qu’il encapsulĂ¢t tant la capacitĂ© de rĂ©flexion de l’homme dans la limitation de l’habitude, nous nous persuadons que la fin du jour masque mal, dĂ©sormais, la venue du prochain.

Il n’y a point de hasard si Nicolas Horvath dĂ©cide d’ajouter un codicille Ă  ce testament musical, codicille monumental signĂ© Alexandre Scriabine qui s’appelle « Vers la flamme ». Le morceau est pĂ©rilleux, et pas que techniquement : le compositeur a pĂ©ri peu après y avoir mis une double barre finale, et Vladimir Horowitz est lui aussi dĂ©cĂ©dĂ© peu après l’avoir interprĂ©tĂ©. Le pianiste du soir prend donc ses prĂ©cautions. Il explique n’avoir « pas du tout prĂ©paré » cette pièce mais sentir la nĂ©cessitĂ© de la jouer en souvenance de ses annĂ©es de formation. En effet, avant de l’emporter avec lui un peu partout, « Vers la flamme » est la dernière Å“uvre qu’il a interprĂ©tĂ©e en concert ici en tant qu’Ă©tudiant Ă  l’École normale de musique, donc quand il jouait Ă  domicile.

 

 

Quelques grossiers personnages s’enfuient le plus bruyamment et lentement possible. Sur notre gauche, une connasse continue de faire clapoter son eau dans sa gourde de bobo en buvant Ă  petites gorgĂ©es sonores, puis entreprend de racler le bouchon, façon trigger d’ASMR pour trouducula infatuĂ©e d’elle-mĂªme. Pas le temps d’aller lui foutre sa saloperie lĂ  oĂ¹ l’idĂ©e nous vient de l’introduire, juste de s’irriter car ces impolitesses troublent l’essence mĂªme de la musique qui point. En effet, le 9/8 part du silence ou presque, pas des bruits de pas Ă©lĂ©phantesques ou de la manifestation sans-gĂªne d’une sous-Ă©colo ayant assez ratĂ© sa vie pour tĂ¢cher de gĂ¢cher celle des autres. Ici, le moteur scriabinien est

  • hĂ©sitation,
  • bĂ©gaiement minimal et
  • retenue d’un feu qui couve.

La musique quĂªte son devenir et froufroute comme un lamento ambigu.

  • Attente ou acceptation d’une lĂ©thargie trouble ?
  • Contemplation d’un vide intranquille ou mise en action du feu crĂ©ateur ?
  • Envasement dans la nuit ou prĂ©paration Ă  se saisir des rais du soleil pour en faire ce que le philosophe Jean-Jacques Goldman appelait « un rĂªve plus loin » ?

Peu Ă  peu,

  • la tessiture s’Ă©largit,
  • l’intensitĂ© augmente, et
  • les attaques commencent Ă  pilonner le clavier.

C’est parti !

  • Des escarbilles pĂ©taradent ;
  • le schprountz s’amplifie ;
  • le feu prend ; et
  • la magie opère.

Par-delĂ  le vaste crescendo efficace mais convenu, Nicolas Horvath joue les pyromanes avertis. Il

  • Ă©tage les explosions,
  • organise le chaos et
  • embrase le rythme en sculptant les clusters de rĂ©sonance qui superposent jusqu’Ă  huit notes tenues.

La première heure est arrivĂ©e. La lumière a incendiĂ© les nuits chopiniennes. Le public se lève et offre un triomphe mĂ©ritĂ© Ă  l’homme dans la lumière. Encore une victoire de la musique sur le bruit du monde !


Prochaines dates parisiennes mais pas que à découvrir en bas de page ici.