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Le blog de Bertrand Ferrier, page 14

Persister, c’est vivre un peu plus fort

Le concert du jour !

Ils y croient. Ils croient que ça vaut le coup. Le coup de chanter l’autre qui, lui-mĂªme a chantĂ© lui-mĂªme et l’autre sans, toujours, les distinguer dans le miroir qu’est la chanson. Bref.
Jann Halexander et Pascal Bertonneau s’aventurent de l’autre cĂ´tĂ© du pĂ©riph’ pour prolonger la grande chanson en exaltant certains aspects du catalogue de Catherine Ribeiro pour l’un, de François BĂ©ranger pour l’autre. Bertonneau opte pour un premier degrĂ© assumĂ©, sans forfanterie ni facĂ©tie : la chanson de BĂ©ranger, rien qu’elle. Halexander fait un pas de biais en enlaçant quelques-unes de ses Å“uvres Ă  celles de madame Ribeiro en personne.

 

 

L’un choisit d’Ăªtre Ă  nu ou presque : seuls le titilleront les dix doigts de son pianiste. L’autre dĂ©gaine un trio qui le connaĂ®t bien, et rĂ©ciproquement :

  • SĂ©bastyĂ©n Defiolle sera Ă  la gratte Ă©lectrisante,
  • Claudio Zaretti sera Ă  la sèche groovy,
  • je ploum-ploumerai.

Et ça se passera dans un « tiers-lieu » (haha, classe ou bien ?) de Massy (91) ce 5 juin à 19 h 30.


Rendez-vous Station l’Atlante au 16, bis rue Ampère de Massy. On peut rĂ©server avantageusement ici.

Sempervirente !

Le concert du jour !

Comme le chante Michèle Bernard des Communardes, on la prenait volontiers pour

  • une virago post-hippie,
  • une pasionaria rouge,
  • une hystĂ©rique extrĂªme-gauchiste Ă  la voix vocifĂ©rante.

C’est si pratique de mettre en boĂ®te une nana qui veut ouvrir les cages, l’insolente ! Pratique, mais inoffensif car Catherine Ribeiro n’a jamais Ă©tĂ© l’ombre de la caricature machiste et droitière que certains connauds ont dressĂ©e d’elle, pas plus qu’elle n’est devenue, aujourd’hui, un lointain souvenir de la chanson des annĂ©es 1970 dont les snobs aimeraient goĂ»ter la poussière vintage. Catherine Ribeiro est actuelle et Ă©tait multiple :

  • femme engagĂ©e contre les injustices, oui,
  • poète aimant rugir et bondir, heureusement, mais aussi
  • Ăªtre sensible sachant Ăªtre
    • amoureuse
      • lucide,
      • exaltĂ©e ou
      • blessĂ©e,
    • bricoleuse de formes musicales libres, et
    • inventrice de possibles capables de porter ses auditeurs.

 

 

C’est cette Catherine kalĂ©idoscopique qui a touchĂ© Jann Halexander, lequel a eu la chance de croiser la chanteuse Ă  la fin de sa vie, de vive voix et de vive main ; et c’est en hommage Ă  cette capacitĂ© de la dame rouge Ă  sortir des gonds oĂ¹ certains eussent souhaitĂ© la cantonner qu’il proposera une nouvelle version de son tour de chant autour du rĂ©pertoire ribeirique en y mĂªlant ses propres chansons en Ă©cho… et en ouvrant la porte pour trois fredonneries Ă  Pascal Bertonneau, interprète de François BĂ©ranger.
Aux guitares sèche et Ă©lectrique, SĂ©bastyĂ©n « Le fĂªlé » Defiolle et Claudio « Il professore » Zaretti. Au clavier, votre serviteur.


Rendez-vous ce mercredi 3 juin, Ă  19 h, dans la salle de spectacle et de dĂ©bats de l’antre anar qu’est la librairie Publico (145, rue Amelot | Paris 11).
EntrĂ©e libre, forcĂ©ment libre, sortie aussi mĂªme si l’on peut glisser des billets de 200 € dans la sĂ©bile en sortant.

It’s tiiiiiiiiiime!

L’affiche de l’Ă©vĂ©nement (dĂ©tail)

Aujourd’hui. 19 h. 52, rue des Dames dans le dix-septième arrondissement de Paris. Interviouve, Ă©change avec le public puis coquetèle-dĂ©dicaces. Avec vous serait un plus positif pour fĂªter le lancement parisien de ce livre qui secoue.

Petits papiers – 19

Cerises parisiennes. Extra, mais quand mĂªme. Dans un espace appelĂ© « bon marché ». Mais on en est lĂ  ! Photo : Rozenn Douerin.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. À commencer par la sociologie version influenceuse en maillot.

 

Quand tu Ă©cris sans ciller un article sur un mec qui explique que « le vin est avant tout fait pour Ăªtre bu » alors qu’il a stockĂ© 40 000 bouteilles dans son palace.

 

Je pose ça là.

 

Quand tu penses : « Mais c’est super cher et pas très, très gentil ! »

 

Les dĂ©clarations des vedettes françaises sur le point d’Ăªtre Ă©crasĂ©es au premier tour après qu’on leur aura roulĂ© dessus.

 

Quel beau pays que le nĂ´tre !

 

Parfois, les sportifs, c’est comme n’importe qui : parler, vaudrait mieux pas. MĂªme pour remplir L’Équipe.

 

L’incise et la grammaire sont des arts et des artisanats. N’importe qui ne devrait pas Ăªtre autorisĂ© Ă  s’y essayer. Surtout s’ils sont gratte-papiers au Figaro.

 

L’admirable engagement d’un festival, sept ans après, et d’un chanteur engagĂ© auprès des associations par solidaritĂ© avec une cause. La sienne, mais bon, c’est pas plus dĂ©gueulasse que les associations qui se laissent acheter par celui qui ressemble de plus en plus Ă  un sous-DSK. Qui chante. Mal. En plus.

 

Si dĂ©foncer une Ă©glise n’est pas un acte antichrĂ©tien, en quoi consisterait l’incendie d’une synagogue ou d’une mosquĂ©e ? C’est pas pour moi, c’est pour un ami.

 

Tout s’achète. Les papes comme les Ferrari. L’important, c’est de ne pas avoir honte.

 

Les temps sont durs, soit, et les p’tits poissons font la gueule. N’empĂªche, parfois, c’est bien de se dire que quand la hausse du SMIC de 2 % est une catastrophe qui va tuer ce qu’il reste de l’emploi en France (pas grand-chose, donc, mais quand mĂªme)…

 

… augmenter un mec qui va gagner 8 millions d’euros au lieu de 5 millions l’an dernier, ça, y a bon. Pour info, l’augmentation du SMIC reprĂ©sente environ 35 €. 3 millions de hausse, c’est 85714 augmentations de hausse smiquistique. 8 millions, c’est 461 SMIC annuels.

 

Bref, c’Ă©tait pour dire rien, pensez ! Et pourtant, c’est Ă  suivre. Dingue, non ?

Toujours aware

Capture d’Ă©cran

Oui, c’est carrĂ©ment plus que gĂªnant.

  • D’entendre que cette interviouve est prĂ©sentĂ©e par un « site d’articles français et patriotes », ça met mal Ă  l’aise.
  • De voir que l’esclave Ă  la capillaritĂ© vulgaire, madame CĂ©line Alonzo, tire la langue Ă  la camĂ©ra, ça dissone.
  • De dĂ©couvrir que le jingle liminaire reproduit des sons de sinistre mĂ©moire, ça daube de l’intellect.
  • De voir que l’interviouveur chante vestimentairement les Ă©loges incongrus de la vodka, ça messied.

Mais admettons. Admettons que seule l’extrĂªme-droite veuille lire un livre dont le titre est plutĂ´t censĂ© affrioler la gauche. Admettons qu’aucun journaliste non affiliĂ© Ă  un milliardaire (ça va Ăªtre difficile) ou Ă  une institution nationale ne souhaite inviter l’auteur du livre qui renverse le cocotier policier pour sauver l’institution qu’abrite l’arbre.
Alors, oui, peut-Ăªtre faut-il accepter cette gĂªnance pour parler de sujets essentiels. A priori, l’auteur est prĂªt pour des invitations plus institutionnelles, genre France Inter, radio officielle du rĂ©gime, mais, très curieusement, on a compris que c’était pas le projet.

 

 

Donc va pour Sud Radio. Ça permet de causer

  • du business de la drogue,
  • de la pantomime ministĂ©rielle,
  • de la lĂ©galisation du cannabis, cette blague,
  • de la performance,
  • du management par la peur,
  • du remplacement de la vitamine C par le rail de coke,
  • du bidonnage en gĂ©nĂ©ral,
  • de propagande,
  • du Sida,
  • des produits de substitution,
  • des zones de droit diffĂ©rent,
  • du fait social total,
  • des quartiers de riches gardĂ©s par des Rambo,
  • du communautarisme,
  • de l’UPNI,
  • de la protection de la personne,
  • de l’habillage ou du dĂ©shabillage de Pierre et de Paul,
  • de la police de proximitĂ©,
  • de la courtisanerie,
  • du cours Julien donc du foot Ă  Marseille,
  • de la gesticulation,
  • de la rĂ©pression grand-guignolesque,
  • de l’obligation de « faire chiffre »,
  • de l’annĂ©e zĂ©ro de la police,
  • du cassage de job, avec un « j » et non un « z », t’es fou,
  • de l’alourdissement kafkaĂ¯en de la procĂ©dure pĂ©nale pour les enquĂªteurs,
  • de la violence quotidienne,
  • de la volontĂ© dâ€™Ăªtre surprotĂ©gĂ©,
  • du spectacle vendeur du fait-divers,
  • de L’Illustration,
  • de la permissivitĂ© Ă©ducationnelle,
  • du sentiment d’impunitĂ©,
  • d’admonestations (ce qui n’est pas frĂ©quent aujourd’hui),
  • de Scarface,
  • de dĂ©missions policières,
  • de reconversion privĂ©e,
  • de M. Fauvergue,
  • de François Mitterrand et
  • de la mortelle municipalisation de la police nationale.

Pour en discuter avec l’auteur, menacĂ© donc lĂ©gitimĂ© par des caciques, rendez-vous ce jeudi Ă  la librairie Au bonheur des livres | 52 rue des Dames | Paris 17.

« Clarinet with a French Flair » (Cascavelle) – 1/6

Première de pochette

… avec un « French flair » mais en anglais : le programme Ă©tonnant – et dĂ©bordant le titre, puisque RenĂ© Gerber, compositeur suisse iconique, qui plus est chez Cascavelle, trouve sa place dans la set-list – se couvre commercialement ou pense se couvrir ainsi en se parant d’anglophonie derrière un visuel qui ne se pique pas d’Ăªtre aguichant. Étrange option anglophone, mais pas de quoi nous faire bouder notre joie d’entendre pĂªle-mĂªle

  • Claude Debussy,
  • Camille Saint-SaĂ«ns,
  • Maurice Ravel arrangĂ©,
  • Louis Cahuzac que nous n’avions jamais ouĂ¯,
  • AndrĂ© Messager version concours,
  • Olivier Messiaen,
  • RenĂ© Gerber, donc, et
  • Jean Françaix.

Mazette, quel beau menu ! Certes, l’Ă©diteur le reconnaĂ®t : sur la quatrième de pochette, Ă  l’exception de RenĂ© Gerber, il s’est caguĂ© dessus rapport aux dates des compositeurs, mais celui qui n’a jamais fautĂ© la première pierre lui lancera une erreur, ou l’inverse. Donc, merci d’avoir mangĂ© le chapeau, and let the music play!
Le parcours proposĂ© par le clarinettiste Luigi Magistrelli, artiste sponsorisĂ© par Buffet, et la pianiste Claudia Bracco, pourvue d’un Steinway pour l’enregistrement,  a Ă©tĂ© captĂ© par le clarinettiste en personne dans un auditorium du conservatoire milanais. Il s’ouvre par la redoutable rhapsodie de Claude Debussy.
Classique du rĂ©pertoire de l’instrument en si bĂ©mol, l’Å“uvre a Ă©tĂ© composĂ©e fin 1909. Elle sera arrangĂ©e un peu plus tard par le compositeur afin de transformer le piano en orchestre. En attendant, la pianiste orchestrale se retrouve avec six bĂ©mols Ă  l’armature, sans compter les doubles altĂ©rations et les accidents supplĂ©mentaires. Bon courage, ma mignonne ! Pourtant, l’affaire commence

  • « rĂªveusement lent »,
  • pianissimo,
  • doux et expressif.

L’Ă©nigmaticitĂ© feutrĂ©e du prĂ©lude fantasque joue habilement avec les irrĂ©gularitĂ©s rythmiques d’un piano partagĂ© entre contretemps binaires et pulsation ternaire. Le liant de la clarinette se nourrit

  • d’une sonoritĂ© chaude,
  • d’un souci du phrasĂ© et
  • d’une volontĂ© de nuancer

qui sĂ©duisent l’oreille en assumant manière de fragilitĂ© spontanĂ©e que la rĂ©verbĂ©ration sonore, peut-Ăªtre excessive, amplifie en semblant la vouloir masquer.

  • Les modulations,
  • le plaisir du surgissement quand les triples croches fracassent le silence, et
  • l’art du rebond « en serrant »

cĂ©lèbrent le plaisir rhapsodique de l’imprĂ©visible, et les interprètes l’assument avec talent puisqu’ils ne cessent d’avancer en dĂ©pit des sursauts de la partition.

 

 

  • Les variabilitĂ©s de mesure, entre fluiditĂ© et cahots,
  • la capacitĂ© des deux musiciens Ă  dialoguer plutĂ´t qu’Ă  superposer leurs parties, et
  • la vigueur des mutations thymiques admirablement soutenues par l’accompagnatrice

Ă©baubissent l’auditeur.

  • La souplesse du discours,
  • la libertĂ© du clarinettiste,
  • la maestria de la pianiste pour assouplir un tempo tournoyant dont elle doit guider les Ă©volutions

saisissent, mĂªme si le montage est parfois un tantinet bricolĂ© (4’28, par exemple). La partition inflammable jouit d’une restitution attentive

  • aux attaques,
  • aux legato et
  • Ă  l’esprit ondulant – presque fantasque – de l’Å“uvre.

Résultat ?

  • La versatilitĂ© de la clarinette,
  • la prĂ©cision du piano et
  • l’Ă©mulsion qui se crĂ©e entre les deux protagonistes

sont tout à fait séduisantes. Voilà bien une entrée en matière intrigante. À suivre !


Pour Ă©couter le disque gratuitement, c’est lĂ .
Pour l’acheter moins gratuitement, c’est par exemple lĂ , mais pas le mĂªme « là », bien sĂ»r.

Douceur de la violence

Capture d’Ă©cran
  • Pourquoi la police est-elle si souvent mise en cause dans des affaires de violence dont les citoyens sont les victimes ?
  • Quelles techniques pour survivre aux constatations dĂ©gueulasses et aux Ă©quarrissages humains qu’on appelle autopsies ?
  • Comment les hommes politiques, quel que soit leur sexe, instrumentalisent-ils cette institution pour se passer sur eux-mĂªmes la brosse Ă  reluire ?
  • Jusqu’Ă  quand promouvra-t-on la police municipale comme sous-produit du nĂ©olibĂ©ralisme considĂ©rant que l’État n’a plus Ă  assurer uniment la sĂ©curitĂ© des citoyens, celle-ci doit dĂ©sormais Ăªtre remise dans les mains des Ă©lus low cost ?
  • Que faire dans une France dĂ©vorĂ©e par les trafics oĂ¹ la police ne peut effectuer que quelques pantalonnades pour complaire les ministres et les mĂ©dias ?

Jean-Pierre Colombiès, jadis inspecteur de police puis commandant, témoigne franco de port de cette douceur de la violence étatique.

 

 

Pour

  • retrouver ses diatribes solidement Ă©tayĂ©es, l’on peut lire son livre fraĂ®chement paru en l’allant quĂ©rir chez votre libraire ou ici ;
  • le dĂ©couvrir en chair et en os et Ă©changer avec lui sur Paris, une seule date est prĂ©vue pour le moment : le jeudi 28 mai, Ă  19 h, Ă  la librairie Au bonheur des livres.

Au plaisir de vous y croiser !

« OpĂ©ra mal-bouffe », ThĂ©Ă¢tre des 2 rives (Charenton), 20 mai 2026

Le frigogidaire de la tentation au thĂ©Ă¢tre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

L’ennui, quand un spectacle commence avec un bon quart d’heure de retard, c’est pas le retard, c’est les gens. En l’espèce un troupeau de vieux croutons de la pire espèce. Ă€ leur tĂªte, une sardine moisie qui essaye de conserver la place qu’elle s’est choisie quand celui Ă  qui elle a Ă©tĂ© attribuĂ©e arrive (– Vous pouvez pas vous mettre ailleurs ? / – Non). Autour d’elle, un arĂ©opage d’imbĂ©ciles pontifiants nous offrant un florilège d’Ă¢neries saupoudrĂ©es de bruits de bouche, du type :

  • « Je suis allĂ© au musĂ©e Chagall de Nice, il y a de très grandes toiles mais c’est pas le niveau des gens qui peignaient avec des petits points, je sais plus comment ça s’appelle »,
  • « les petits rats du cours de danse, c’est magnifique, pas comme ce qu’on voit Ă  Bastille oĂ¹ je n’irais pour rien au monde »,
  • « mon mĂ©decin m’a prescrit du G Boost cĂ©rĂ©bral parce que j’ai encore toute ma tĂªte mais plus tout Ă  fait »,
  • « je ne sais pas si le compositeur va dire un mot, comme dirait Jean-François CopĂ©, d’ailleurs je regrette qu’on ne le voie plus beaucoup dans le poste mais bon, il a eu son heure de gloire, un peu comme le gĂ©nĂ©ral »,
  • « je t’assure que si, Gisèle, tu vas avoir 83 ans dans deux jours, simplement tu ne t’en souviens pas, mais c’est normal, Ă  ton Ă¢ge »,
  • « je sais pas si ça va Ăªtre si bien que ça car c’est quand mĂªme beaucoup moins complet qu’Anne Roumanoff », etc.

Alors que le compositeur a rejoint le public et que les lumières s’Ă©teignent, je file chercher une autre place pour ne pas Ă©charper les dondons qui mĂ¢chent leur pastilles très fort tout en partageant des commentaires Ă  voix haute pouvant dĂ©river cĂ´tĂ© mĂ¢le dĂ©cati vers : « C’est bien qu’il y ait des petites filles sur scène, surtout que certaines ne sont plus si petites, j’aime bien. » Enfin, Yann Stoffel, remplaçant au pied levĂ© de Louis Dechambre, entre en scène et se met au piano. On va pouvoir passer Ă  table.

L’histoire

Le livret de Nicolas Slawny narre la vie des Gernais-Davone (Delphine Cadet et Nicolas Bercet), industriels dans l’agroalimentaire, dont la vie est partagĂ©e entre deux passions : refourguer de la merde Ă  becqueter aux clients et, pour leur part, manger très sainement, trop peut-Ăªtre. Problème : leur fille VĂ©gana (Isabelle Savigny) est tombĂ©e amoureuse de M. Viandard (Charles Mesrine), ci-devant kĂ©babier de son Ă©tat.
EffarĂ©s, les parents dĂ©cident de couler la boutique du commerçant pour en dĂ©goĂ»ter leur fille mais, patatras, ils apprennent que, en rĂ©alitĂ©, VĂ©gana n’est pas leur fille… alors que M. Viandard est leur fils. Tout finit par un festin de malbouffe aux plaisirs de laquelle chacun cède jusqu’Ă  la faim.

 

Orlando Bass au thĂ©Ă¢tre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

Le spectacle

ComposĂ© par Orlando Bass et créé en 2024, cet opĂ©ra bouffon associe quatre solistes, un comĂ©dien (la sage-femme par qui la rĂ©vĂ©lation arrive est jouĂ©e par le livrettiste, tant il est vrai qu’un opĂ©ra mis en scène sans interversion de genre ne serait pas vraiment un opĂ©ra) et un orchestre sous forme de piano. D’emblĂ©e, on est saisi par une musique qui optimise l’usage de l’instrument, tour Ă  tour

  • explosif,
  • percussif et
  • agile.

Le redoutable pianiste qu’est Orlando Bass a confiĂ© une partition puissante et virtuosissime Ă  Yann Stoffel, qui ne tarde pas Ă  montrer qu’il sait aussi bien

  • raconter une histoire
  • qu’envelopper le chant,
  • le commenter et
  • provoquer l’Ă©volution du scĂ©nario par
    • un accent,
    • une nuance ou
    • un silence joliment troussĂ©.

L’opĂ©ra est divisĂ© en scènes habilement complĂ©mentaires :

  • passages instrumentaux,
  • moments choraux (ici interprĂ©tĂ©s par la chorale du conservatoire dirigĂ©e par Thomas Bonn) et
  • alternances de soli et d’ensembles de solistes emperruquĂ©s (Nicolas Bercet perdra rapidement son postiche).

Première scène chantĂ©e, le chÅ“ur des obèses glorifie le kĂ©bab Ă  toutes les sauces en oscillant entre chant et voix parlĂ©e, prĂ©parant le triomphe des empereurs de la malbouffe, incarnĂ©s par la soprano Delphine Cadet et le baryton Nicolas Bercet. Cyniques et intellectuellement limitĂ©s, leurs personnages, pour qui « tout baigne dans l’huile » tant ils s’Ă©clatent dans « le caque quarante », semblent les inspirer et porter leur chant. On goĂ»te

  • la clartĂ© des timbres,
  • la qualitĂ© de la projection,
  • le plaisir de l’expressivitĂ© grand-guignolesque très incarnĂ©e, et, fort apprĂ©ciable,
  • le souci de pro-non-cer car, ce soir, pas de sous-titres pour expliciter les airs.

Elle est mĂ©chante Ă  souhait, lui est passionnĂ© par le pognon comme il se doit. Le compositeur les gĂ¢te en leur ciselant des tirades

  • tantĂ´t lyriques,
  • tantĂ´t parlĂ©es,
  • tantĂ´t fondĂ©es sur des notes rĂ©pĂ©tĂ©es pour scander les collagènes, protides, glucides et lipides qui font fructifier le « gros capital ».

 

Delphine Cadet (Mme Davone) au thĂ©Ă¢tre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

 

Derrière une Ă©criture riche mais accessible, Orlando Bass paraĂ®t interroger le matĂ©riau mĂªme qu’il malaxe, transformant le chant lyrique en une multitude de possibles qui renforcent la narration et donnent de la musicalitĂ© au propos, par-delĂ  la pantalonnade drolatique.

  • La multiplicitĂ© rythmique,
  • l’association entre simplicitĂ© et complexitĂ©, et
  • les trouvailles harmoniques qui brouillent la frontière entre Ă©vidence presque pop et dissonances stimulantes

sĂ©duisent, captent l’Ă©coute et conservent l’attention entière des spectateurs de bout en bout. Le compositeur est habile. Il sait user des sortilèges de l’Ă©criture contemporaine et des parodies tĂ©moignant d’un savoir-faire Ă©poustouflant (grand airs vĂ©ristes, musical Ă  l’amĂ©ricaine, comĂ©die musicale bien franchouillarde). Toutefois, ce qui sĂ©duit dans son travail est qu’il Ă©vite toute tentation rhapsodique. Il ne colle pas un genre après l’autre. Ă€ chaque instant, sa patte est reconnaissable, et l’imitation qui fait sourire (tels l’air de la rencontre chantĂ© par Isabelle Savigny, excellente vocalement malgrĂ© son personnage de niaiseuse, l’air du plan pour Delphine Cadet, rayonnante, l’air du foie offert Ă  Charles Mesrine, convainquant) est toujours Ă©picĂ©e par un orlandobassisme

  • (modulation inattendue,
  • harmonisation spĂ©cifique,
  • mutation thymique…).

Ainsi l’opĂ©ra associe-t-il, en sus de quelques instrumentaux,

  • des passages narratifs,
  • des airs qui « font lyrique »,
  • des comptines Ă  la gloire de la malbouffe,
  • des chÅ“urs fièrement habitĂ©s par les jeunes chanteurs,
  • des quasi chansons et
  • des segments proches du lied,

le tout tuilĂ© par un piano savamment polymorphe. Dans un monde binaire oĂ¹, au choix, on ingurgite de la merde ou l’on file dans sa chambre après avoir ingurgitĂ© son quinoa au gingembre en ne sortant point de chez soi sans son nutritionniste, le choc du « coup de foudre dans un food truck, ce truc de fou », secoue

  • le rĂ©cit,
  • la dĂ©cence et
  • la musique,

convoquant mĂªme une voix de supermarchĂ© pour louer les promotions de Carchan ou d’Aufour. On apprĂ©cie la rĂ©alisation tant musicale que scĂ©nique qui se joue d’un budget sans doute très serrĂ© (costumes remplacĂ©s par des cartons…) sans renoncer Ă  la volontĂ© dramatique et Ă  l’exigence opĂ©ratique sans lesquelles le spectacle serait sympathique au lieu d’Ăªtre, comme ce soir-lĂ , saisissant. C’est drĂ´le comme convenu, oui, mais c’est aussi assez astucieux pour oublier les leçons de moraline que l’on pouvait craindre en lisant le pitch ; et c’est surtout portĂ© par le combo gagnant alliant

  • partition pĂ©taradante,
  • solistes Ă©patants et
  • pianiste exceptionnel.

 

Nicolas Bercet (M. Gernais), Ă  gauche, et, au centre, parmi les choristes, Charles Mesrine et sa perruque au thĂ©Ă¢tre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

 

Résultat ?

  • On jubile pendant la scène de la tentation,
  • on se goberge d’un « merde » Ă©clatant,
  • on savoure l’intermezzo de la gourmandise,
  • on applaudit le chÅ“ur des additifs,
  • on est envolĂ© par le quatuor de la malbouffe, bref,
  • on avale les soixante-dix minutes de l’Å“uvre avec joie en oubliant presque la virtuositĂ© des artistes et l’excellence de l’agencement des diffĂ©rents dispositifs au long de l’opĂ©ra.

Un moment

  • dĂ©licieux,
  • piquant et
  • roboratif,

dont on regrette juste les derniers clusters que Yann Stoffel claque avec les mains alors que, stipule la partition, il eût pu les fracasser « éventuellement avec les fesses ». Diable, la délicatesse perdra-t-elle la musique savante ?

Petits papiers – 18

Je crois qu’il est inutile de lĂ©gender cette dĂ©coupure de presse, sauf peut-Ăªtre pour constater qu’il est inutile de la lĂ©gender.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. Ă€ commencer par de bonnes nouvelles du journalisme sportif, mĂªme quand il semble avoir un peu forcĂ© sur le rosĂ©.

 

Autre bonne nouvelle : les lobbies des pollueurs qui nous empoisonnent inventent le cancer sans risque.

 

Tiens, un saint homme a commis 200 infractions sous les camĂ©ras avant qu’on ne le chope. C’est beau, non, un talent pareil ?

 

La culture, version coquetèle.

 

La bravoure de MbappĂ© est admirable dans sa capacitĂ© Ă  profiter de ses souffrances pour aller en villĂ©giature avec sa nĂ©nette pendant que ses coĂ©quipiers galèrent. Ce nonobstant, le courage de certains rugbymen ne saurait Ăªtre passĂ© sous silence, je crois.

 

Bon, au cas oĂ¹ il y aurait des Français parmi les lecteurs de la prĂ©sente notule, je voudrais leur rappeler leur prĂ©fĂ©rence couplistique. Pour moi, c’Ă©tait pas inutile, alors, si j’peux aider d’autres qui auraient oubliĂ© qu’ils prĂ©fèrent des couples afin qu’ils pensent ce qui doit Ăªtre pensĂ©, Ă  votr’ service m’sieursdames !

 

Le journalisme sportif, niveau faut vraiment que j’arrĂªte le rosĂ©. « Les prĂ©sents » ? « Semblent troubler » ? « [Cassandre Beaugrand] se dirigea au dĂ©part » ? AĂ¯e. Incontestablement, aĂ¯e.

 

Paris, cette fameuse ville des Alpes idĂ©ale pour les Jeux olympiques d’hiver.

 

Si je peux aider les rĂ©alisateurs en galère, et pas que parce que, quand tu signes une dĂ©claration de haine, ben, tu peux en subir les consĂ©quences, je voudrais rappeler aux chercheurs de sous-sous la bonne parole qui permet de trouver des financements pour ses sĂ©ries…

 

… et, pas d’inquiĂ©tude, la phrase n’Ă©tait pas finie.

 

En plus, c’est pas vrai, le personnage n’Ă©tait pas du tout aussi tolĂ©rant ou aware que cela. Mais, au moins, la bonne parole est passĂ©e. Ă€ suivre !

Jonathan Benichou joue Olivier Greif (Arion) – 5/5

Première de pochette

Avec Paradisiac Memories s’annonce la neuvième sonate pour piano d’Olivier Greif, un temps intitulĂ©e « Suite » puis dĂ©mantibulĂ©e pour les besoins d’un concours Ă  l’École Normale de Musique. C’est la pièce majeure de l’Ă©difice pianistique du compositeur, et elle est Ă  l’image de sa production Ă  la fois immĂ©diatement reconnaissable et polymorphe. Par

  • la variĂ©tĂ© thymique de ses quatre mouvements,
  • l’Ă©nigmaticitĂ© de ses titres, et par
  • l’Ă©trangetĂ© de sa structure
    • (un miniprologue d’une minute,
    • deux sĂ©quences de trois minutes puis
    • un rondo pour piano enflammĂ© qui dĂ©passe largement les sept minutes),

elle pourrait passer pour

  • un autoportrait contrastĂ©,
  • une synthèse anticipĂ©e (il l’Ă©crit Ă  vingt ans) de sa crĂ©ativitĂ© ou
  • un acte de foi d’un artiste dans sa libertĂ©, par-delĂ  la convocation de classifications a priori canoniques comme la sonate – classifications Ă  la fois
    • bien connues,
    • caricaturales et
    • joyeusement fourre-tout.

 

 

La miniature « A Mourning Brew » (« Café funéraire » aux accents matinaux) descend dans les graves malgré plusieurs tentatives pour élever les registres. En une fraction de minute, elle oscille entre

  • dĂ©gringolade obstinĂ©e,
  • stabilitĂ© inquiète et
  • mystĂ©rieuse suspension.

« The Aegyptian Mathematician » pourrait rendre hommage Ă  Ératosthène, ce qui ne nous avance guère. Sur un rythme latino que le toucher lĂ©ger mais rythmĂ© de Jonathan Benichou rend d’autant plus sĂ©millant que l’on est entrĂ© dans la sonate sous de noires auspices, se dĂ©veloppe une mĂ©lodie tout Ă  fait pimpante. Le compositeur se dĂ©lecte de sonoritĂ©s argentinisantes, et hop, et notamment de cette saudade joyeuse qui associe

  • dynamisme entraĂ®nant,
  • harmonies plaisantes jouant avec l’ambiguĂ¯tĂ© du mode mineur, et
  • savoir-faire rouĂ© de l’Ă©criture que maĂ®trise dĂ©jĂ  un qui gravite alors de Luciano Berio.

« Stars! Stars! » serait un hommage à Marylin Monroe et aux points lumineux qui palpitent dans la voûte céleste. Un unisson

  • se contorsionne,
  • reste en suspens,
  • dialogue avec une basse qui se pose.

Le développement cumule

  • scintillement des aigus en loop,
  • brisure de la narration,
  • grondement des graves et
  • imprĂ©visibilitĂ© du geste compositionnel, cette versatilitĂ© renforçant la puissance narrative et onirique du mouvement.

 

 

Et voici donc ce morceau de concours inspirĂ©, d’une part, par une chanson des annĂ©es 1930, « 42d Street » et, d’autre part, par le « Caprice pour un sou perdu » de Ludwig van Beethoven, un rondo « à la hongroise » rĂ©solument enflammĂ©, limite bien vĂ©nère. L’exposition du thème jazzy offre une première dĂ©monstration de virtuositĂ© presque moins par la digitalitĂ©, pourtant discrètement vertigineuse (les saucisses s’affairent avec hĂ¢te) que par

  • l’Ă©tagement des accents,
  • la rĂ©partition des nuances et
  • le travail sur les touchers assez labiles pour clarifier voire magnifier la polyphonie
    • (accompagnement,
    • mĂ©lodie,
    • Ă©changes de rĂ´le et
    • contrechants).

Un second motif moins dansant que martial fracasse cette évidence guillerette.

  • La rĂ©pĂ©tition dĂ©licieusement renfrognĂ©e des notes et du sujet,
  • le retournement vers une première variation du thème liminaire, et
  • la capacitĂ© du compositeur comme de son porte-voix, Ă  faire chanter chaque registre de l’instrument

impressionnent. L’oreille se goberge

  • de la versatilitĂ© du propos,
  • des trouvailles harmoniques, et
  • de l’exploration fructueuse des possibles du standard.

Jonathan Benichou tire la plus grande expressivitĂ© des mutations de couleur qui tĂ©moignent de la fluctuation d’une Ă©criture jamais en repos,

  • tantĂ´t mĂ©lodique,
  • tantĂ´t presque mondaine dans son astucieuse technicitĂ©, et
  • tantĂ´t massive avec de bons gros coups de colère qui Ă©branlent la partie gauche du clavier.

Sur la dernière partie, l’on ne peut qu’Ăªtre Ă©moustillĂ© par

  • les suspensions prĂ©cautionneuses alla Panthère rose,
  • la formidable prĂ©paration d’une coda explosive qui n’arrivera jamais vraiment mais que l’on aura pieusement imaginĂ©e, et
  • la musicalitĂ© dans laquelle tout cela est trempĂ©.

Le disque, passionnant de bout en bout, s’Ă©coute gratuitement ici et s’achète moins gratuitement par exemple lĂ . Dans un mois, Jonathan Benichou sera en concert Ă  l’hĂ´tel de ville de Versailles, en duo avec la soprano Jessica NaĂ¯m. EntrĂ©e gratuite, programme en marbre de Carrare, affiche ci-dessous (cliquer pour agrandir). Nota bene : ceci n’est pas un publireportage mais un partage pour ceux qui aiment frĂ©tiller des esgourdes. Belles dĂ©couvertes Ă  chacun !