
D’abord dire que l’amphithĂ©Ă¢tre de la Philharmonie de Paris est la meilleure salle de concerts de Paris. De loin.
- Il y a un orgue (qui ne sert pas souvent pour des concerts, l’orgue Ă©tant conçu pas les imbĂ©ciles qui dirigent notre Culture Nationale plus comme un luxe qu’il faut afficher que comme un instrument qu’il est pertinent d’utiliser, oui, mais y a l’beau geste),
- on y est Ă l’aise en termes d’espace (largeur et longueur) et, en ce jour de canicule,
- la climatisation est juste parfaite pour kiffer le son.
Ce jour, donc, malgrĂ© l’apocalypse caniculaire promise et partiellement obtenue, un programme inattendu en ces lieux, en dĂ©pit de la tendance Ă popiser la culture qui fait bien quand il s’agit de justifier les subventions nationales : la musique d’Assassin’s Creed transcrite pour piano par une nana dont personne ne prononcera le nom, pas mĂªme sur le gĂ©nĂ©reux programme offert aux spectateurs, et jouĂ©e par un cador du piano français. Oh, pas un cador
- qui aime se la ouèj (pour la dédicace, il se présentera devant ses fans en bermuda et T-shirt),
- que France-Mu adoooore ou
- que Sa Sainteté France-Inter cite,
c’est tout Ă son honneur mĂªme si ça le fait sans doute suer, mais un mec qui a raflĂ© des prix dans les concours internationaux Ă©minents, soit autant de blanc-seings pour l’autoroute de l’Artiste Classique, c’est pas rien. Cette fin d’après-midi, Nicolas Horvath, l’insolent, vient pourtant partager sa passion pour la musique contemporaine et le gaming qu’il pratiqua jadis, comme ceux qui suivent le feuilleton de notre « grand entretien » le savent. Autour de nous,
- plus de vieux (blancs), espèce honnie des médias mainstream, que de jeunes bariolés,
- plus de personnes Ă l’apparence tout Ă fait respectable que de passionnĂ©s Ă crĂªte rouge (j’ai comptĂ© : il n’y en avait qu’un),
- plus de joueurs mélomanes lambda que de zozos arborant des T-shirts officiels.
Pourtant, l’espace est bien rempli, y compris par le mari de Maryvonne, chantĂ© jadis par Anne Sylvestre, qui manifeste sa mauvaise humeur en annonçant : « Maryvonne veut voir le pianiste, moi, j’m’en fous. » Le ton est donnĂ©, d’autant que ce concert se dĂ©roule alors que Le Figaro, journal de permanentes violettes et de nĂ©olibĂ©ralisme sale, annonce malgrĂ© lui, sans doute, une « alerte rouge dans le jeu vidĂ©o français face aux fermetures et aux licenciements en cascade », tant ce monde « de jeu » n’est qu’un monde oĂ¹ l’argent est roi et la sodomie des travailleurs une jouissance, on dirait le nĂ´tre.
Après moult nĂ©gociations, Ubisoft, qui connaĂ®t bien les alertes rouges et s’Ă©tonne peut-Ăªtre d’Ăªtre Ă peu près sempervirens, a autorisĂ© une rĂ©duction de ses musiques de jeux pour piano. Pas par Nicolas Horvath, faut pas exagĂ©rer, pas assez mĂ©diocre Ă son goĂ»t, mais par une musicienne capable de se limiter Ă ce que l’entreprise attend. Quand on connaĂ®t le talent de transcripteur du zozo adoubĂ© pour ploum-ploumer le rĂ©sultat, on se dit que, dĂ©cidĂ©ment, les ex-grandes entreprises sont diablement sottes – mais il s’agit d’espĂ©rer vendre des produits ultra-dĂ©rivĂ©s : après les produits dĂ©rivĂ©s que sont les vinyles de cette BO pianistique (surtout pas de CD, les marges sont trop faibles), il faudrait vendre les produits ultra-dĂ©rivĂ©s de la BO, id sunt les partitions, lesquelles doivent donc Ăªtre jouables, pour la plupart, par tous les fans ayant quelques notions de wabidouwap.
Les consĂ©quences de cette politique commerciale d’unification aplatissante apparaissent petit Ă petit Ă l’oreille du profane. Quand on dĂ©baroule naĂ¯vement dans ce game, voici ce que l’on entend. La pièce tirĂ©e de l’histoire de Connor Kenway, racontĂ©e par Lorne Balfe Ă l’origine, se caractĂ©rise par une utilisation stabylotĂ©e
- des registres du suraigu et du grave,
- de la ligne brisĂ©e (je commence une mĂ©lodie et je l’interromps) et
- du duo (accompagnement / solo) qui se refuse au dialogue.
En une pièce sur les quinze annoncĂ©es, l’interprète synthĂ©tise une grande partie de ce qui attend l’auditeur en exprimant avec sensibilitĂ© le plaisir
- du ressassement d’un motif,
- de la modulation éphémère et
- de la suspension énigmatique.
En musicien savant, Nicolas Horvath ne se laisse pas emporter par la facilitĂ© de l’adhĂ©sion a priori Ă un thème connu. Il
- galbe les attaques,
- maîtrise le sustain et
- donne sens Ă l’agogique.
Fidèle Ă sa poĂ©tique prĂ©fĂ©rĂ©e, vue dans Chopin et Glass Ă Paris, l’artiste enchaĂ®ne les titres de trois Ă six minutes. Reconnaissons d’emblĂ©e que l’idĂ©e, bonne en soi, qui consiste Ă offrir au public une heure cinq hors sol, rencontre une possible limite en la circonstance. Comme Nicolas est quasi un ami et qu’il lira cette chronique, je prĂ©fère le laisser, avec vous, chers lecteurs, dans une expectative quasi fofolle suspectant
- trahison,
- injustice et
- abrutissement pas forcément lié à un coup de soleil, juste à une grosse connerie structurelle.
La « Ville de Jérusalem » de Jesper Kyd articule
- le déséquilibre,
- la régularité et, comme le premier opus,
- l’ouverture dans les suraigus avant l’Ă©largissement de l’ambitus.
Nicolas Horvath joue Ă raison la dramatisation qui sourd
- des graves,
- des octaves,
- du surgissement et
- de la suspension.
ClaquĂ©e originellement par The Flight et Mike Goergiades, la lĂ©gende de l’aigle porteur associe
- médiums et suraigus,
- ruptures et
- travail sur les intensités ici dramatiques, çà grandiloquent à dessein, là onirique.
Le suite d’Iga (qui a peut-Ăªtre commencĂ© avant) signale notre limite de compĂ©tence. En effet, les morceaux sont enchainĂ©s. Mais ces morceaux sont dĂ©sormais composĂ©s de plusieurs morceaux, eux-mĂªmes enchaĂ®nĂ©s. Pour qui ignore les multiples Ă©pisodes du jeu qui les a commandĂ©s, il est impossible de les repĂ©rer en fonction du programme. Nous nous en rendrons compte puisque nous noterons seize morceaux diffĂ©rents et non quinze, avant les bis (extraordinaires, mais on en parle tantĂ´t). Bah, tant pis : s’il s’agit de jouer en musique, nous aussi, Ă notre niveau, nous ferons nos games !
Ă€ suivre.






































