
Au plaisir de ! Rens. ici.

ConfrontĂ©e Ă la danse, petit Ă petit se dissout la musique de György Ligeti – singulièrement son troisième livre d’Études pour piano, d’une durĂ©e d’un petit quart d’heure. La chorĂ©graphie
Elisabeth Schilling l’anticipe. Coupe les parasites.Laisse Cathy Krier envoyer « White on white ». Puis pousse IvĂ¡n Merino Gaspar Ă serpenter vers l’horizontalitĂ©. Il inspire ses consÅ“urs danseuses qui s’Ă©rectent itou. Le silence ne les effraye point et fait mĂªme office de groove. Puis les corps se contredisent,
LibĂ©rĂ©s de la musique, les artistes reprennent vie comme hĂ©bĂ©tĂ©s de l’aventure qu’est, pour un danseur, sinon l’immobilitĂ©, du moins l’interdiction de se mouvoir. Et il y a de cette tension, dans la conception de la chorĂ©graphe, entre
Alors des corps restent statufiĂ©s quand d’autres choient. Les hommes tĂ¢chent de rĂ©cupĂ©rer l’usage de leur squelette. Elisabeth Christine Holth leur montre la voie. Gonzalo Alonso lutte comme il peut. Ses complices se retrouvent pour profiter de leur libertĂ© regagnĂ©e, fĂ»t-ce imparfaitement : nous sommes autant humains que finis. Le plateau s’Ă©claire alors de joie, de tournoiement, d’extension, de prĂ©cision, de coordination et de crĂ©ativitĂ©. Énergiques et coordonnĂ©s, les danseurs
Force reste au piano quand les danseurs se regroupent jusqu’au noir final, ce grand macabre qui nous rĂ©unira tous et que, pourtant, nous continuons d’applaudir. Ăˆ finita la commedia !

Pour le mariage d’un ami, un moment cabaret est prĂ©vu lors de la soirĂ©e de noces. Chacun est invitĂ© Ă propulser quelque chose. J’ai proposĂ© un hommage animal Ă l’amour entre deux Ăªtres. RetoquĂ© : cela risquerait de choquer le public. « Mais tu peux proposer autre chose, si tu veux. / – Je sais pas. Un striptize ? AĂ¯e, je sens que je suis re-allĂ© trop loin. Au moins, cette fois, je comprends pourquoi. »

Deuxième livre des Ă©tudes pour piano de György Ligeti, créé au fil du temps et achevĂ© en 1993. Ici augmentĂ© par une crĂ©ation d’Elisabeth Schilling, lancĂ©e en 2020 et rĂ©initialisĂ©e en 2026 pour la Philharmonie de Paris.
Pour « Galamb Borong », le quintette de danseurs se blottit contre le sol. La lumière diminue. Force reste au piano.. Quand les aigus se rĂ©voltent, des corps rĂ©agissent dans la pĂ©nombre. Se relèvent. Pirouettent. « FĂ©m » voient les danseurs mĂ¢les prendre le lead. ÉlĂ©gance. Lutte. Piera Jovic rejoint Gonzalo Alonso et IvĂ¡n Merino Gaspar. Ça tournoie. Elisabeth Christine Holth et Cree Barnett Williams rejoignent la danse jusqu’Ă l’orgasme final.
EnchaĂ®nĂ©, « Vertige » vacille. Balancements. Oscillations. InsaisissabilitĂ© des lignes qui luttent contre la saisissabilitĂ© du monde. Non, le mot n’existe pas, mais le fait, si. Ça dĂ©borde – n’est-ce pas cela, le vertige ? Ça s’aligne pour rentrer dans le rang donc ça bouge encore. Ça s’obstine Ă s’encastrer dans une seule direction. Ça veut vivre – en somme, ça fait du bien.
Avec l’apprenti sorcier dit « Der Zauberlehring » (pardon pour l’accent), ça travaille la diagonale. Se confronte. Se menace Se fuit. Échange ses positions. S’active. Ă€ jardin, oscille. DĂ©borde du tapis. Se rĂ©aligne. Se redisperse. DĂ©borde,. Se dĂ©plie. Se replie sous des formes complexe sans cesser quand cesse la musique.
« En suspens » offre son solo Ă IvĂ¡n Merino Gaspar et Ă ses tatouages. Le danseur tournoie. Pirouette. S’Ă©croule. Se dĂ©mantibule. Se relève sans effort apparent. Se contorsionne. PĂ©rit avec vitalitĂ©. Le quatuor de non-solistes provisoires sort de sa lĂ©thargie sous l’impulsion de Cree Barnett Williams. Le mouvement s’Ă©tend lentement. Les corps s’extraient dans le silence. Se bravent. S’interrogent. Se redressent. Se cherchent puis cherchent Ă s’orienter.
Le langage radical de György Ligeti semble les inspirer avec « Entrelacs ». Cree Barnett Williams y propose un solo contorsionnĂ© entre volontĂ© d’Ă©lĂ©vation et aspirations telluriques. Gonzalo Alonso la rejoint. Elisabeth Christine Holth se relève, et le silence embrase des mouvements au bord de la gesticulation artistique.
« L’escalier du diable » semble contraindre des corps sans issue, comme en contradiction avec eux-mĂªmes. Ça se rapproche entre ensembles compacts mais jamais solides. Ça pivote. Se tortille. Jaillit. Persiste derrière une apparente stagnation. Ça cherche une issue mĂªme après la fin de la musique. En se regroupant ou en testant les limites physiques de l’espace.
« Coloana infinità  » enjoint les danseurs Ă frĂ´ler l’Ă©pilepsie ou Ă se sentir bien « anywhere out of the world ». On passe de jardin Ă cour. On franchit les limites. On teste le sol, entre immobilitĂ© et secousses, noir et lumière, brièvetĂ© et temps long, jusqu’Ă l’explosion finale. C’est crĂ©atif, stimulant et prenant. Jusque-lĂ , tout va bien. Ă€ suivre, donc pour le bref troisième livre !

On connaĂ®t la blague de Michel Petrucciani. Après qu’il avait terminĂ© son set, Ă©tait sorti en coulisses, Ă©tait revenu saluer le public, s’Ă©tait hissĂ© Ă nouveau sur son siège, devant le piano, il dĂ©clarait : « I think I remember one more… »
Point de facĂ©tie Ă©quivalente quand Pat Metheny revient seul, après la clameur qui a saluĂ© la performance de son groupe. Il s’asseoit avec une guitare Ă©lectroacoustique et festonne
autour de « This is not America », un titre coĂ©crit par David Bowie, Pat et feu Lyle Mays pour la BO du Jeu du faucon – on ne saurait oublier la propension du guitariste pour les BO, dont tĂ©moignait sa très poĂ©tique partition pour A map of the world. Aucun discours antitrumpiste (les paroles de David Bowie ne s’y prĂªtent guère, jouant sur la parophonie « this is not America / this is not a miracle »), aucune leçon pupute de politique consensuelle, juste la musique et la capacitĂ© Ă transcender une plaisante rengaine en minerai de jazz inspirant. Ça transporte !
Justement, le deuxième encore, tuilĂ©, propulse « Last train home » que l’on aurait jurĂ© injouable en solo, tant sa rythmique imitant le passage du train sur les rails est essentielle Ă la chanson. Sauf qu’impossible n’est pas Metheny. Avec ses guitares Ă la main, le gars n’a peur de rien. Après plus de deux heures de concert, il rĂ©ussit Ă scotcher une fois de plus son auditoire.
Après un passage en coulisses, le temps que le public clape comme il se doit (et que des spectateurs amĂ©ricains s’enfuient – c’est le problème du couple, quand monsieur aime le jase et que madame prĂ©fèrerait jaser), la vedette revient avec sa gang pour « Song for Bilbao ». Les zozos sont remontĂ©s comme des pendules, mĂªme si personne n’a dĂ» employer cette expression depuis deux ou trois millĂ©naires. Le groove explose tout sur son passage. Jermaine Paul fracasse son solo de contrebasse en jouant l’ivresse – celle
Étourdissant ! Puis Chris Fishman prend le lead derrière ses claviers. Il s’amuse Ă parcourir le thème sur une sonorité vintage comme pour s’Ă©loigner de toute comparaison avec les soli monstrueux que Lyle Mays claquait au piano Ă semblable occasion. Ă€ la batterie, Joe Dyson sait manipuler ses fĂ»ts de manière Ă se dĂ©tacher du cadre sans jamais l’abandonner. Après la dernière note, la salle se lève comme un seul homme, le Grand Rex tremble !
Troisième bis en solo.
ce pourrait Ăªtre une fin sublime… mais il est encore trop tĂ´t pour se quitter.
Un ultime bis en quintette (avec basse Ă©lectrique) s’impose. « Are you going with me? » et son rythme aussi entĂªtant que contrariant permettent de glisser un dernier solo de Pat Metheny, lequel n’a aucun mal Ă trouver encore quelque chose Ă raconter sur son standard. Sa guitare raconte, croit-on entendre, des histoires
Pas de contradiction. Juste des tensions insolubles et parfois Ă©nergisantes qui traversent l’humanitĂ©. Le mystère de mister Metheny, lui, Ă©tait bien vivant lors de ce live parisien et, comme tant d’Ă©nigmes, il Ă©tait bon de le respirer plutĂ´t que de le percer !

Au grĂ© des invitations, joie de dĂ©couvrir diffĂ©rents recoins de la Philharmonie de Paris : après l’amphithĂ©Ă¢tre frĂ©quentĂ© pour Ă©couter Nicolas Horvath (chronique disponible ici, re-ici et encore re-ici), le studio, super pas bien indiquĂ© pour un nĂ©ophyte et peut-Ăªtre pas que pour lui. D’autant que, ce 26 juin, il y a quelque dĂ©fi Ă se glisser dans un espace rĂ©putĂ© plein oĂ¹, en rĂ©alitĂ©, un tiers des spectateurs annoncĂ©s ont fait dĂ©fection, plus probablement Ă cause de la canicule qui bat son plein qu’Ă cause du match opposant l’Ă©quipe de France et l’Ă©quipe de Norvège. En effet, pas sĂ»r que les clients d’une intĂ©grale des Études pour piano de György Ligeti augmentĂ©e d’un ballet contemporain soient les mĂªmes que les fanatiques de la machine Ă cash de Gianni Infantino le trumpomaniaque !
La crĂ©ation chorĂ©graphique au programme ce soir date de 2020 – Elisabeth Christine Holth et Piera Jovic Ă©taient de la crĂ©ation, pas Cree Barnett Williams, Gonzalo Alonso ni IvĂ¡n Merino Gaspar. Pourquoi la chorĂ©graphe Elisabeth Schilling, assistĂ©e de Brian Ca – qui Ă©tait de la première – et se revendique comme Ă©tant très influencĂ©e par AstĂ©rix, l’a-t-elle intitulĂ©e « ÉCOUTE BOUGER LES YEUX » ? Mystère qu’il est sans doute prudent de laisser mystĂ©rieux.
C’est Ă la Luxembourgeoise Cathy Krier qu’est confiĂ©e l’exĂ©cution d’une Å“uvre monstrueusement difficile, distribuĂ©e en trois « livres ». Le premier, créé en 1985, est ici prĂ©cĂ©dĂ© d’abord par les bruits d’Ă©ventail que ce que les entomologistes du genre humain dĂ©signent sous le nom d’espèce de « connasses » ne peuvent s’empĂªcher de lĂ¢cher alors que l’espace est parfaitement climatisĂ©, puis par l’entrĂ©e dans un espace vide parĂ© de blanc des cinq danseurs et de la pianiste. Le noir domine. Le silence. Les corps se figent. Un danseur tombe. Un autre se plie. Le dĂ©sĂ©quilibre gagne. Tournoiements. Regroupement.
La première Ă©tude, rĂ©solument polyrythmique, s’appelle « DĂ©sordre ». Elisabeth Schilling tient son oxymoron en synchronisant la dĂ©sorganisation de ses danseurs. Au service de la danse, le piano est plus tonique que dĂ©taillĂ©. On investit l’espace en parcourant la diagonale qui va de jardin Ă cour (j’ai notĂ© l’inverse, mais mon souvenir se rebelle, alors bon, laissons le dĂ©bat se poursuivre et mon sens de l’orientation briller). Après la musique, le silence puis les corps prennent le relais. Ils s’Ă©tirent. Se dĂ©ploient. Suspendent le temps aux cordes du regard.

« Cordes Ă vide », oĂ¹ une main ne joue que des touches blanches, une autre que des touches noires, offre un premier solo jouant avec les ombres et les lumières blanches, crues, gĂ©omĂ©triques, créées par Fränz Meyers et Nina Schaeffer. L’espace s’agrandit de hauts et de bas. La danse s’anime de fulgurances contraires et contrariĂ©es. Tensions et extensions s’exposent. Le fond de scène est Ă son tour investit. Le solo se dissipe. Le quatuor absorbe le corps qui lui manquait.
Avec « Touches bloquĂ©es » (oĂ¹ la pianiste ne peut jouer toutes les notes puisque certaines sont dĂ©jĂ utilisĂ©es quand elle est censĂ©e les faire sonner, ce qui crĂ©e du groove), un duo part en quĂªte d’une mobilitĂ© en parallèle. La danse semble provoquĂ©e par des stimulus sonores. Des symĂ©tries apparaissent, se rĂ©sorbent, s’inversent. Les trois danseurs restĂ©s statiques se mettent Ă leur tour Ă explorer ces possibles.
Pour « Fanfares », l’Ă©lectricitĂ© percute tour Ă tour chaque danseur. Le quintette se meut sans sembler connectĂ©, ouvrant le champ des possibles. Les mouvements se dĂ©composent dans l’espace ouatĂ© de la lenteur. Les graves du piano plombent les corps ; les aigus les relèvent.
Avec « Arc-en-ciel », Gonzalo Alonso, qui joue le brun moustachu et barbouillu par contraste avec un IvĂ¡n Merino Gaspar moustachu reconnaissable Ă ses cheveux plus dĂ©colorĂ©s que blonds, s’offre un solo. Convulsions. Course au ralenti, ressorts, ressassement. VolontĂ© de repousser la pesanteur depuis le sol. Ou juste de la pousser. Ou simplement de la contredire. Pas facile, voire perdu d’avance. L’important, c’est la lutte. ÉmoustillĂ©s par le dĂ©fi, les collègues du moustachu barbouillu s’y mettent eux aussi. La bataille est rude, et tous n’ont pas la mĂªme tĂ©nacitĂ©. Pourquoi l’auraient-ils ? Comme nous, ils savent que nous nous retrouverons tĂ´t ou tard au point de dĂ©part, les halètements de fatigue en plus.
Avec le redoutable « Automne Ă Varsovie », le motorisme pianistique contamine le quintette. La troupe s’attire, se retire, se rĂ©accorde. Saccades, imitations, Ă©chos. Aspirations contradictoires vers les cintres et le ras du plateau, l’avancĂ©e et la prudence, l’Ă©nergie et l’affaissement. Les mouvements s’amplifient jusqu’au chaos et Ă l’Ă©clatement. Une vitalitĂ© tantĂ´t souriante, tantĂ´t menaçante, secoue l’ensemble qui se rĂ©unit et se rĂ©tracte sur lui-mĂªme comme le son se concentre dans les graves Ă la fin du premier livre. Il en reste deux. Ă€ suivre, donc.

Un guitariste n’est pas obligĂ© d’en faire des caisses pour sĂ©duire son public. Son personnage peut attirer, mais c’est surtout sa musique qui. Au grand Rex, après quelques mots de Pat Metheny, guitar heroe du jour (parmi ces mots : « Merci beaucoup », en français dans le texte), murmurĂ©s au bout de quelque trois quarts d’heure de gling et de glang, se glisse « Urban and western » in a bluesy way avec basse Ă©lectrique pour arrondir les traits. Le solo du compositeur s’amuse Ă
Le solo d’orgue Hammond by Chris Fishman sur une basse de piano se dope Ă
signalant le souci du musicien de ne pas s’en tenir Ă un schĂ©ma d’improvisation unique.
Originellement fomentée avec John Scofield, « The red one » envoie le bois côté groove. Joe Dyson à la batterie induit contretemps et anticipations de la meilleure eau. Le solo de Jermaine Paul à la contrebasse fomente
Après cet accès d’adrĂ©naline, Pat Metheny s’asseoit pour un solo. C’est
Et c’est beau :
HĂ©las, Leonard Patton vient tout gĂ¢cher en miaulant les paroles stupides de « MĂ¡s allĂ¡Â Â», chanson extraite de First circle, avec des trouvailles du type :
argh.
quelle dĂ©ception d’entendre ça ce soir !
Heureusement, succède Ă cette erreur de set-list un sommet du rĂ©pertoire : « Phase Dance », proposĂ©e en version guitare-piano – on aurait prĂ©fĂ©rĂ© guitare-contrebasse ou guitare-batterie, mais bon…
on prend ! Le titre suivant envoie tambourin et grosse caisse. Solo du drummiste. Retour de Pat Metheny en mode jazz psyché pour le combo « Round Trip / Broadway Blues », hommage à Ornette Coleman, originellement capté sur Bright Size Life.
irradient le public, Ă la fois surpris et surpris d’Ăªtre surpris (si). Formidable, Ă ce stade du concert ! Tous les compères reviennent (les lamelles cliquetantes itou) pour « Zenith Blue », dernier titre de la set-list principale. Choix audacieux car thème
Après une mise en place impeccable, le solo de Pat Metheny festonne avec ses chères sonorités vintage autour
Le solo de Chris Fishman joue sur
Cette libertĂ©-lĂ nous plaĂ®t bien… mais c’est la fin du concert. Ă€ suivre ?

C’est le mystère. Un mystère de gros sous derrière, mais nous, auditeurs, on s’en fout, comme les fanatiques de foutchebol aiment Ă oublier que leurs idoles sont avant tout des produits dĂ©rivĂ©s de fonds spĂ©culatifs, donc rĂ©munĂ©rĂ©s Ă prix d’or pour rapporter encore plus. Bah, l’opĂ©ra a chantĂ© le veau d’or, mais pas celui-lĂ .
Comme les golfeurs, allons droit aux puts : le jeu vidĂ©o est une affaire de gros sous ET POURTANT Nicolas Horvath s’est lancĂ© dans une aventure de foufou – qui, donc, lui ressemble – pour prouver que les gros sous sont tout sauf contradictoires avec la belle musique. Avec son concert Ă l’amphithĂ©Ă¢tre de la Philharmonie de Paris, il claque le beignet aux snobs de tout genre – dont nous pouvons Ăªtre Ă l’occasion – et propose une fusion entre
Chris Tilton a signĂ© « Unity » que Julie Lamontagne, la valeureuse transcriptrice, envoie commencer dans l’ultragrave mais Ă©tend habilement Ă l’ensemble du clavier dans un suspense pesant mais peu inquiĂ©tant. Ce prĂ©lude ouvre la voie Ă un joli dialogue entre une main gauche motorique et une main droite volontiers suraigĂ¼e comme l’exige le cahier des charges. Dans le langage pianistique d’Ubisoft,
Nicolas Horvath, pianiste accompli qui n’ignore rien des ruses de la pop entendue comme la musque Ă vocation populaire, a
qu’il faut pour contrecarrer – autant que possible – ces topoĂ¯.
La suite parisienne créditant Chris Tilton et Sarah Schachner est vendue pour associer
Jamais l’interprète ne se limite Ă cette caricature. En live, il parle
La suite du Wessex de Jesper Kyd est passé à semblable moulinette.
font sens sous les doigts aiguisĂ©s d’un maĂ®tre-pianiste. L’Ă©vocation de la famille d’Ezio, cher aux fans, est assez importante pour qu’elle soit placĂ©e en tĂªte de la set-list des disques et du streaming.
semblent prendre le lead sur cette proposition qui Ă©meut les gamers. Les aigus habitent l’incipit de la suite du Valhalla cosignĂ©e par Sarah Schachner et Jesper Kyd (Ă ce niveau friquistique, on suppute l’importance de l’ordre d’apparition, mĂªme les savants connaissent l’importance du premier nommĂ© dans leurs articles, c’est dire). La recherche d’efficacitĂ© dans l’Ă©criture pianistique prive l’auditeur d’Ă©motion, pas de satisfaction devant l’intĂ©gritĂ© d’un interprète qui se goberge Ă l’Ă©vidence de la capacitĂ© narrative d’une transcription par devoir assez plate. Le zozo sait
Dans la version Julie Lamontagne by Ubisoft, l’incipit et l’explicit de la suite de Boston signĂ©e Lorne Bafle sont Ă la fois techniquement exigeantes et engoncĂ©es dans les facilitĂ©s narratives de la musique qui exigent du pianiste
Les trois Ă©tudes de Philip Glass qu’offre Nicolas Horvath en bis sont une preuve de sa confiance dans la jointure entre musique populaire et musique savante, mĂªme si elles cassent le game : la musique entendue avant avait une utilitĂ© fonctionnelle, la musique autrement inspirante qu’il fracasse dans les esgourdes de son public rappelle Ă quel point on ne parle pas de la mĂªme chose. Certes, des bariolages proposĂ©s par Julie Lamontagne peuvent paraĂ®tre glassiens ; cependant, mĂªme pour un glassomane limitĂ© comme votre serviteur, lĂ , on ne parle pas du mĂªme projet.
C’est sans doute la grandeur de Nicolas Horvath de vouloir subsumer la musique. Penser non pas que tout se vaut, car les critères varient, bien fol est qui s’y fie, mais que tout a sa place et mĂ©rite le respect dès lors que la manière de faire advenir l’Ă©motion musicale est construite. Son interprĂ©tation
de transcriptions formatĂ©es avec un mĂ©tier admirable est tout Ă son honneur. Il ne va pas aimer que nous finissions ainsi, mais il est temps d’assumer : le business qui a bridĂ© sa puissance lisztienne Ă transformer une retranscription en moment wow nous inspire peu de kiffance pour Sa SaintetĂ© Ubisoft, mais pas moins d’admiration pour un artiste qui est

L’Ă©tape parisienne de la tournĂ©e europĂ©enne de Pat Metheny (faut suivre) n’a fait l’impasse – et c’est heureux – ni sur de nouveaux titres, ni sur des classiques, comme ce « Better Days ahead », pour lequel percussionniste et contrebassiste dĂ©sertent la scène. L’ambiance carioca de l’original disparaĂ®t, pas la richesse d’impulsions que sous-tend le thème. Le solo du maestro se concentre autour de l’association entre
Le clavier qui joue la basse Ă gauche propose une paraphrase assez plate et pourtant savoureuse car habilement suivie et soutenue par Pat Metheny et Joe Dyson derrière ses fĂ»ts. Le titre permet de se goberger d’une tendance de Pat Ă se laisser aller aux prĂ©ludes distincts du thème et aux codas profuses, ce qui n’est certes pas pour nous dĂ©plaire.
Le deuxième titre en trio, « Timeline », n’est plus vraiment de Michael Brecker depuis que Pat Metheny et ses compères l’ont inscrit Ă leur rĂ©pertoire – un concert de 2019 en porte trace, dĂ©jĂ en trio mais avec James Francies Ă l’orgue Hammond et Marcus Gilmore Ă la batterie. Le principe fonctionne toujours fort bien, et le solo de Pat Metheny s’y insère avec brio. Le gratteux semble s’Ă©tonner, gourmand,
Chris Fishman jongle avec trois ingrédients :
Rien d’Ă©baubissant outre mesure, mais un beau travail. De trop brèves escarmouches solo de la batterie ponctuent et enrichissent la reprise du thème sans remettre en cause la rĂ©gularitĂ© du tempo et des pĂªches. Joli !
« Make a new world », excellent mid-tempo du dernier disque, rappelle que la tranquillitĂ© de la battue n’empĂªche ni les cahots surprenants ni les sursauts rythmiques
Le solo de Pat Metheny joue de la tension entre
Le solo du piano
Le groupe revient au complet pour clapper sur « The first circle » avec, comme armes supplémentaires, une guitare type électro-acoustique pour Pat Metheny et le mystérieux clavier augmenté qui déclenche le tintement des lamelles métalliques. Bien que ce soit un ultraclassique, on reste sous le charme
Tant pis si le solo de piano sĂ©duit d’abord en refusant les formules prĂ©fabriquĂ©es pour se chercher avec franchise… mais sans vĂ©ritablement Ă©blouir, Ă l’arrivĂ©e, par une crĂ©ativitĂ© spectaculaire. Disons que la prise de risque valait l’Ă©coute !
Ă€ suivre…

Il y a quelque paradoxe Ă proposer, comme l’a fait Nicolas Horvath sous la houlette d’Ubisoft, 65′ de musique tirĂ©e d’Assassin’s Creed et rassemblant, en une quinzaine d’Ă©pisodes, des bribes de thèmes Ă©crits pour diffĂ©rentes occasions ludiques. En effet, contrairement Ă la musique de film, par exemple, la musique de jeu vidĂ©o est par essence non linĂ©aire. Le plus souvent, elle va s’adapter, entre autres,
du joueur. Dans Le Monde du 20 juin 2026, p. 24, Fanny Rebillard, cocommissaire de l’exposition « Video Games & Music » (ha, ce goĂ»t des Français pour leur langue…) Ă la Philharmonie de Paris, dans le cadre de laquelle est proposĂ© ce rĂ©cital, a expliquĂ© le succès hors contexte (sans que l’on joue) de cette musique par deux aspects. D’une part, « la dimension mĂ©morielle » ou « nostalgique » qui rattache telle ligne mĂ©lodique Ă tel « souvenir très viscĂ©ral de notre expĂ©rience de jeu ». D’autre part, « l’appropriation collective des communautĂ©s de joueurs » qui se sont appropriĂ© ces musiques
de manière sauvage (id est sans autorisation), suscitant une attitude ambivalente chez les majors du secteur : fureur devant le non-respect du copyright, satisfaction devant cet acte de fanitude qui nourrit l’enthousiasme des addicts. Nous pourrions ajouter une troisième explication : la relinĂ©arisation d’une musique souvent vĂ©cue dans son Ă©clatement ludique. Face Ă la fragmentation et Ă la primautĂ© souvent accordĂ©e par le joueur Ă l’action, la transcription permet d’Ă©couter un thème de bout en bout, et, tout en l’institutionnalisant, de le rapprocher de ce qu’il est couramment convenu d’appeler « la musique classique ». Au reste, les codes d’Ă©criture d’Assassin’s Creed sont des codes d’une musique
ce qui n’est pas toujours une critique. En confiant les transcriptions des thèmes du jeu – rĂ©alisĂ©es par Julie Lamontagne selon les codes maison – Ă Nicolas Horvath qui les a suscitĂ©es, Ubisoft a renforcĂ© la lĂ©gitimation voire la prĂ©miumisation de son stock de BO, tant le recours Ă un grand musicien – et non Ă un de ces fakes qui jouent avec succès au Richard Clayderman en plus prĂ©tentieux et peut-Ăªtre moins bons pianistes que l’ancĂªtre – signe un dĂ©sir de surfer sur le dĂ©sir de produits dĂ©rivĂ©s en imposant une exigence de qualitĂ© pour justifier l’intransigeance de l’entreprise vis-Ă -vis de l’appropriation des mĂ©lodies par les fans… et par les curieux, Ă en juger par la prĂ©sence de moult tĂªtes chenues, ce jour caniculaire de juin 2026. Assise sur
l’incipit de la suite Ragnarök de Stephanie Economou cède devant un passage ouvertement dramatique (notes graves rĂ©pĂ©tĂ©es jouĂ©es forte puis en grondement) d’oĂ¹ s’extrait un embryon de mĂ©lodie, fixĂ© dans les mĂ©diums. Un fondu-enchaĂ®nĂ© conduit Ă un troisième Ă©pisode plus calme oĂ¹ le pianiste Ă©grène des notes en laissant habilement cliqueter le thème au-dessus d’un double accompagnement.
La suite florentine de Jesper Kyd, croisĂ© plus tĂ´t dans JĂ©rusalem, s’ouvre sur le fond musical de la saison :
(alors qu’il fait agrĂ©ablement frais, mais si l’on peut ennuyer un voisin et se dĂ©sennuyer ainsi, pourquoi se gĂªner ? Ici, c’est Paris !). Dans l’incipit ternaire, les Ă©lĂ©ments de langage obligĂ©s sont lĂ :
Quand commence « Black Flag Suite » de Brian Tyler, si le formatage ubisoftien peut dĂ©jĂ faire frĂ´ler une certaine lassitude dans le cadre d’une Ă©coute continue (sans doute faut-il prĂ©fĂ©rer une Ă©coute par « faces », le disque n’Ă©tant disponible qu’en vinyle, non en CD), l’on essaye d’oublier la rĂ©pĂ©titivitĂ© de l’Ă©criture – qui est aussi la marque de fabrique du studio – en se laissant sĂ©duire par les effets d’un interprète acquis Ă cette cause : il y a
Dans cette Ă©criture sciemment uniformisĂ©e, on s’accroche aussi aux petites rĂ©ussites :
D’autant que ledit piano n’est pas n’importe lequel. Choisi avec soin par Nicolas Horvath parmi la collection du musĂ©e de la musique local, c’est un Steinway A (donc un quart de queue) de 1928 ayant appartenu Ă Nadia Boulanger. Au-delĂ du storytelling,
participent de l’intĂ©rĂªt de l’expĂ©rience musicale que nous vivons.
La suite romaine de Jesper Kyd sert d’interlude entre les deux sĂ©ries autour du drapeau noir de Brian Tyler. Suspendue dans les suraigus puis accrochĂ©e Ă eux, la rhapsodie dĂ©bouche sur des intervalles quasi sinisants que dissipe le combo bien connu associant bariolages descendants et octaves dans les aigus. Une nouvelle volte envoie une main gauche puissante impulser le groove avant qu’une coda presque apaisĂ©e ne revienne implorer les suraigus de nous envoler.
L’incipit de « Black Flag » s’appuie sur
Une dernière partie retourne se vouer aux suraigus, oĂ¹ nous resterons accrochĂ©s jusqu’Ă une prochaine chronique chargĂ©e de couronner ce moment Ă©tonnant.
Ă€ suivre !
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