
Jusques Ă quand, Pharaon Ier de la PensĂ©e complexe, abuseras-tu de notre patience ? Combien de temps encore serons-nous le jouet de ton mĂ©pris ? En latin ou en français, c’est le thème du jour. Sur le chemin
- de la révolte tranquille,
- de la colère profonde et
- du folklore gaulois,
nous croisons, dans le métro,
- des humains vintage avec des sacs LenĂ´tre bien garnis,
- un golden-retriever un brin apeuré par la presse, et
- une horde de lycéens qui ont envahi la station Réaumur-Sébastopol pour clapper que nous sommes tous antifascistes.
Une publicitĂ© sur un distributeur automatique de boisson nous apprend, mais un peu tard, que Lipton sera le goĂ»t de notre Ă©tĂ©. Ă€ notre arrivĂ©e, c’est l’automne mais un automne qui vibre
- de chaleur,
- de joie d’Ăªtre ensemble et d’Ăªtre aussi nombreux, et
- d’ire devant le dĂ©sastre qu’ont entraĂ®nĂ© dix ans de macronisme (dĂ©jĂ , un jour, c’Ă©tait trop, alors dix ans…).
La place de la RĂ©publique grouille de monde. Ă€ dĂ©faut de son chat, chacun cherche sa tribu ou l’invente. Ainsi d’un gamin qui participe de facto aux concours de pancartes menaçantes avec un carton oĂ¹ est Ă©crit : « TREMBLE, MACRON, LES CM2 SONT DANS LA RUE ! » Les profiteurs sont lĂ , proposant notamment
- des en-cas cuits selon des règles d’hygiène peu orthodoxes,
- des boissons dont le prix suggère qu’elles sont Ă base d’or liquide, et
- des drapeaux palestiniens.
Cheveux sinon de tout pays du moins de toutes couleurs ajoutent aux teintes courantes un spectre large oĂ¹
- le bleu,
- le rouge et
- le violet,
appliquĂ© totalement ou en dĂ©gradĂ©, tiennent le haut du pavĂ© au dĂ©triment du vert, apparemment devenu so 2025. D’autres rĂ©voltĂ©s, moins chromatiques, se sont accessoirisĂ©es avec
- des lunettes dont les verres forment des cœurs,
- un manteau fuchsia vif (en photo infra),
- des keffiehs ceints comme des bandanas Frère des ours, ou
- des boucles d’oreille en forme de quartier d’orange.
Et pourquoi pas, chĂ©ris ? Ă€ cĂ´tĂ© de nous, un AmĂ©ricain tente d’Ă©moustiller sa compagne Ă l’entrĂ©e de l’avenue Voltaire : « It’s protest atmosphere, soooo French, ain’t it? » Plus tĂ´t, les ateliers pancartes ont bien phosphorĂ©. L’on apprend par exemple que
- « Mon chat mérite mieux que Macron »,
- « Macron, arrĂªte de m’enculer : un non est un non », ou encore que,
- « Avant, les tĂªtes tombaient. C’Ă©tait mieux avant ».

Les photographes, prompts Ă arborer fièrement leur brassard « PRESS » (j’ai essayĂ© : mĂªme en appuyant fort, il n’en sort rien), s’en donnent Ă cÅ“ur joie pour immortaliser ces graffiti Ă©phĂ©mères. Le rĂ©seau 4G semble saturĂ© ou mal en point. Des gens prennent des vidĂ©os depuis leur appartement – pas forcĂ©ment une bonne pub pour la revente de leur bien immobilier. Aucun « ACABEUH » n’est entonnĂ© autour de nous mais, contraints d’Ăªtre en statique, des djeunses s’approchent d’un mur de son transportĂ© par un camion stickĂ© CGT et convulsent comme on le ferait dans une rave gĂ©nĂ©rale.
Des odeurs révolutionnaires, selon la classification dite « de Sébastien » établie par Gad Elmaleh, émanent des fumeurs qui nous entourent.
- Des Ă©pices fuligineuses Ă base de plastique pĂ©rimĂ© le disputent Ă
- la fraise de synthèse défraisifiée qui défie
- le shit solidement dosé. Presque encore solide, en fait.
Devant une batucada dirigĂ©e par une fille Ă capillaritĂ© rosĂ©e, une enseignante se dĂ©hanche en agitant son Å“uvre : « De la didactique, pas la dictature ! » Des gamins qui n’ont certainement pas dix-huit ans pour quelques annĂ©es encore tractent afin d’inciter Ă voter Jean-Luc MĂ©lenchon. Ici, ils semblent moins en danger qu’Ă l’entrĂ©e d’une AG de TotalÉnergies, cette entreprise dĂ©gueulasse, ou Ă la sortie d’un meeting du Medef (donc des JO, dĂ©sormais), ce regroupement d’exploiteurs dont de nombreuses victimes sont ce jour-lĂ dans la rue.
Le concours de pancartes se poursuit. Devant nous candidatent
- « Panpan cucul, la maternelle est dans la rue »,
- « La rue est au peuple comme le ciel est au condor [en un mot; « condor », quoique, si l’on pense Ă Elon Musk, bref] »,
- « Sujet du bac : si Macron rime avec étron, est-ce le simple fruit du hasard ? », le non moins élégant
- « Rien ne ruisselle sauf mes aisselles » ou
- « Plus d’Emmanuel, plus de manuels ».
Merci Ă tous, mais trop tard : j’ai le vainqueur.

Une bande-son improbable suscite l’hystĂ©rie des collĂ©giens et des lycĂ©ens, « Emmenez-moi » de l’Ă©vadĂ© fiscal armĂ©nien se chorĂ©graphiant, finalement, aussi mieux que « RĂ©siste » de celle qui a succĂ©dĂ© Ă VĂ©ronique S. dans la machine Ă Ă©motions de Michel B. Sur un camion de son, un groupe profite de ce que la manif est bloquĂ©e sur place pour chanter ses tubes Ă la gloire du fret ferroviaire ou de la carte Vitale. Des manifestants essayent de retrouver leurs potes en se triangulant : « On est entre
- un drapeau sur les saucisses [en fait, du lard, mais c’est vrai que la chose Ă©tait particulièrement mal dessinĂ©e],
- le ballon Sud solidaire mais pas le premier parce qu’on est rue Jean-Pierre Timbaud alors que le premier, non, et
- une banderole avec des sirènes dessus. »
That’s
- manifestation violente,
- casseurs racailleux et
- dĂ©gradation dangereuse du pays nĂ©cessitant l’Ă©tat d’urgence et l’interdiction d’Internet
in French, guys. DĂ©sormais, les CRS contrĂ´lent les accès Ă la place de la RĂ©publique. L’un d’eux avertit les badauds qui s’approchent : « Ouvrez vos sacs, sauf si vous n’en avez pas. » L’inverse eĂ»t Ă©tĂ© plus logique, mais bon, nous sommes en France oĂ¹ l’on a toujours une lĂ©gère prĂ©fĂ©rence pour
- les CRS,
- les militaires et
- les mĂ©diateurs de la ville de Paris, cette lie de la sociĂ©tĂ© d’inutiles dangereux censĂ©s assurer la sĂ©curitĂ© (la sĂ©curitĂ© des notables en place, hein, pas la nĂ´tre, faut pas dĂ©conner – d’autant qu’on ne leur demande rien).
Cette après-midi-lĂ , l’ambiance est
- vénère,
- déter et
- joyeuse
Ă la fois. Jusqu’Ă quand ?
Le rĂ©cit et les photos du mĂªme Ă©vĂ©nement selon ce torchon qu’est Le Figaro











